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Théorie de la firme

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Fondée sur la connaissance et sur l'idée d'évolution de l'entreprise, certains auteurs (Nicolai J. Foss, Pierre Garrouste, Peter G. Klein, Stavros Ioannides, Richard Langlois, Brian Loasby, Desmond Ng, Frédéric Sautet, Ulrich Witt) ont mis en avant la théorie autrichienne de la firme en complément de l'approche schumpetérienne, de la théorie modulaire de la firme et de l'entreprise réseau. Avant cette approche, il existait plusieurs grandes tendances d'organisation [1] industrielle [2], notamment celles qui prennent en compte le processus de décision[3], les droits de propriété[4] et les ressources[5]. L'approche autrichienne, dans sa nouvelle orientation, s'attache plus à l'aspect stratégique et aux relations d'échange analysées par les disciplines du marketing[6], de la publicité et du macromarketing[7] ainsi que les nouvelles théories de la finance de l'entreprise intégrant la notion d'incertitude[8] dans les actifs de l'entreprise, thèmes qui sont plutôt discutés dans les départements de sciences du management (Greg Young, Robert Jacobson) que de ceux des sciences économiques et de sciences politiques.

Introduction à la théorie autrichienne de la firme

L'apport de l'école autrichienne à la science du management est relativement récente. Il faut remonter au début des années 1990 pour voir apparaître les premiers signes dans des écrits spécifiques et académiques. Peter Dickson, est l'un des premiers à s'y intéresser. Cet auteur développe une théorie de la rationalité concurrentielle qui suppose que le succès de la firme dépend de la rationalité procédurale imparfaite des responsables marketing de l'entreprise. Peter Dickson intègre des éléments de la théorie économique de la psychologie d'Herbert A. Simon avec la théorie de l'information de l'école autrichienne afin d'étayer théoriquement la science du management.

La théorie behavioriste de la firme, de son côté, cherche à comprendre comment les organisations agissent efficacement en partant du postulat d'un commandement hiérarchique de l'organisation et de l'apprentissage (réactif) de l'organisation. L'école autrichienne prend en compte, à la fois, les contraintes organisationnelles et d'environnement impliquant des adaptations de comportement et d'apprentissage des collaborateurs à l'intérieur de la firme. Mais, elle n'en fait pas une mesure irréductible. L'école autrichienne tient compte également de l'approche cognitive des membres de l'entreprise, et particulièrement des flux d'informations qui transitent à l'intérieur et à l'extérieur par l'intermédiaire des collaborateurs (intégrés ou non).

L'analyse autrichienne rejoint la théorie des coûts de transaction sur l'importance des coûts de marché pour expliquer la présence des entreprises. Mais l'école autrichienne n'a pas une vision analytique dans un monde de décision fermée où les coûts seraient des coûts objectifs. Pour les autrichiens, les coûts sont subjectifs. Cette position les distingue des théoriciens des droits de Propriété de l'école de Chicago qui recherchent comment la richesse est distribuée efficacement. L'école autrichienne prend en compte les Droits de propriété pour comprendre l'émergence de l'organisation. Elle s'attache à la justice et au respect de la dotation (entitlement) et au développement de la richesse, non pas en fonction de l'équité de la répartition de cette richesse, à un moment du temps "t". Il s'agit d'une analyse évolutionniste, où l'organisation est davantage analysée comme un process[9] et donc une organisation dynamique et non pas statique.

Elle est prête à comprendre les blocages aux changements. Comme la théorie de l'agence, les économistes autrichiens prennent en compte l'asymétrie d'information en renforçant leur analyse sur les concepts de connaissance tacite (Michael Polanyi) et d'informations action (Israel Kirzner) sans devoir focaliser toute son attention sur la résolution des problèmes d’asymétrie. La firme n’est pas considérée comme un répertoire de connaissances mais comme un processeur de connaissances car l'analyse autrichienne ne confond pas information et connaissance. L’accent est donc mis sur la dynamique de création des connaissances et sur la coordination de savoirs dispersés et non pas uniquement sur la seule problématique d’allocation de la « ressource connaissance ».

Avec des jeunes chercheurs ingénieux, comme Nikolai Wenzel et Anthony Evans, la théorie autrichienne s'intéresse de plus en plus à la théorie constitutionnelle de la firme en faisant le lien entre la théorie contractualiste des institutions et la théorie cognitive de Friedrich Hayek. Alors que ces auteurs prennent leur source dans la théorie du Public Choice de James Buchanan et de Gordon Tullock et d'Adam Gifford, une autre branche d'origine française[10] s'appuie sur la théorie institutionnaliste du juriste, libéral et catholique, Maurice Hauriou. Cette dernière approche se concentre beaucoup plus sur l'existence de pratiques (routines, règle de conduite) qui réalisent les liens entre organisation et institution.

Autre point de démarcation, l'école autrichienne intègre de plus en plus une vision réaliste de la gestion de la firme. Alors que la plupart des économistes, qui s'intéressent à l'entreprise, ont leur attention portée sur la coordination, l'échange ou la production de richesses, les auteurs autrichiens se positionnent davantage dans l'angle de vision interne de l'entreprise. Pour beaucoup de managers, la gestion stratégique des ressources humaines est encombrée par des problèmes quotidiens de réglementation du Droit du travail (arbitrage des conflits par les Prud'hommes, privilèges des syndicats, implications du monopole de la sécurité sociale, etc.). Sylvester Petro peut être considéré comme le premier des auteurs autrichiens à traiter de l'analyse du Droit du travail. Il s'écarte d'une analyse néo-classique des relations entre le capital et le travail pour en faire devenir définitivement un sujet de la théorie générale autrichienne qu'il verse au compte de l'analyse de la firme. Aujourd'hui, Walter Block continue cette orientation d'analyse.

Critique d'une théorie de la firme sans conflit

Dans une économie de marché en équilibre, dans le modèle de Léon Walras, toute forme de mauvaise coordination ou de conflit est retirée ex ante puisque chaque agent a recueilli toutes les informations qui lui est nécessaire pour obtenir un résultat effectif égal à celui qu'il attendait. Dans le monde walrassien, tous les agents doivent être d'accord ex ante sur toutes les variables pertinentes :

Comme la structure de l'information est complète, le temps est hors de propos et les termes de l'échange sont toujours connus des agents ex ante. les conflits d'intérêts et les problèmes connexes pour faire respecter les termes des transactions ne remontent pas à la surface car ils peuvent être résolus par un contrat sans coût de long terme ". L. Basile et P. Casavola[11]

Trop souvent, les économistes ou les théoriciens en organisation (sociologues) ont considéré le conflit comme un élément négatif et d'échec. La tentation fut d'éliminer les conflits par la réglementation (Traitement des conflits sociaux par une vision de l'échange entre dominant/soumis, d'une domination du bon sur le "méchant", de l'oppresseur sur l'oppressé) ou par le jugement qui va se contenter d'un compromis et donc laisser une amertume d'insatisfaction de la chose jugée aux deux parties. Hors, ces démarches conviennent aussi à éliminer la diversité des individus qui est essentielle à l’évolution institutionnelle de la société et à la performance des organisations. Comme le précisait Mary Parker Follett, « Le conflit n’est pas nécessairement l’expression brutale et coûteuse d’incompatibilités, mais un processus normal par lequel des différences précieuses pour la société s’affirment et font progresser tous ceux qui sont concernés » [12]. C'est pourquoi elle proposait de sortir de ce cadre domination-compromis en élargissant le problématique du conflit à l'intégration des intérêts des parties en présence.

Les théoriciens autrichiens de la firme montrent la capacité de coordination du marché par le biais des entrepreneurs (Tyler Cowen, Jerry Ellig, Peter Lewin) à la fois dans le management interne de l'entreprise que dans ses effets sur le marché global. Ils rejoignent l'approche de Friedrich Hayek et d'Israel Kirzner sur la tendance à l'équilibre du marché ou équilibration. Friedrich Hayek considère que les règles de conduite sont des "subsidiaires" aux commandes des cadres supérieurs dans l'entreprise, ces règles remplissent les vides laissés par les commandes. Ce genre de règles est donc différent de l'ordre spontané et abstrait que l'on rencontre sur le marché mais n'en est pas étranger, elles en sont conjointes. Les individus adoptent un comportement en respectant des règles qui doivent correspondre aux exigences de l'organisation. Il n'est pas possible de croire que toutes les règles satisfont à la situation.

Une théorie de la culture entrepreneuriale évolutive

Une variante de la théorie de la firme autrichienne, appelée également Market Based Management (MBM), se rapproche de celle de la théorie des ressources et de la théorie de l'information (Knowledge based View). Bien que ces dernières théories fournissent une compréhension importante de l'organisation et du développement de la connaissance de l'entreprise, les apports de l'école autrichienne d'économie présente une troisième voie malheureusement négligée. Selon cette école, le problème clef de la connaissance est de comprendre comment l'entreprise s'adapte à des changements non anticipés quand la connaissance est dispersée dans le marché. La découverte de ressources complémentaires explique l'adaptation en terme de coordination de diverses connaissances issues des expériences inter-temporelles. Ces auteurs mettent en valeur, le potentiel des organisations, y compris les entreprises (corporate), de gérer leur connaissance et de contrôler l'information, via les acteurs en place. Ces phases de croissance de l'information ou d'inhibition ont des effets sur l'évolution des organisations[13], tel que le présente Chris Argyris et la théorie évolutionniste autrichienne.

Bien sûr, les origines de l'esprit d'entreprise sur des marchés locaux ou sur des marchés plus larges remonte à des milliers d'années. Selon la théorie Hayekienne de l'évolution culturelle, la croissance de la civilisation a pour origine des membres de la société émergente issue de petits groupes isolés qui ont développé et noué de nouvelles relations. Le processus de cette émergence ne comportait pas de planification formelle, elle était du type "spontané". Tandis que la population a augmenté du fait de la réussite des règles proactives de l'évolution, des règles adjacentes furent établies par certains membres de la société afin d'encourager et faciliter la croissance. Hors, comme lé précise Friedrich Hayek, ces règles structurelles vont finalement étouffer une nouvelle progression évolutive, conduisant à la chute de la société. Le paradoxe est donc que les règles et la structure nécessaires pour le développement de la culture conduisent, à terme, à la disparition de la culture.

"Chaque organisation a sa propre culture, et des similitudes peuvent être observées entre la vision de l'évolution culturelle chez Friedrich Hayek et la progression d'une culture au sein d'une organisation. Souvent, les organisations sont fondées par des entrepreneurs ayant peu ou pas de planification"[14]. Mais, tandis que l'organisation se développe, les règles et les procédures sont mises en œuvre en fournissant la structure nécessaire à l'entreprise pour qu'elle puisse prospérer. Toutefois, cette croissance mène très souvent à une bureaucratie interne de l'organisation, qui étouffe l'innovation et, inévitablement, affaiblit la capacité de l'entreprise face à la concurrence.

Selon Friedrich Hayek, les commandes ou les ordres qui, par définition, sont destinés à atteindre un résultat particulier, ne peuvent pas servir de méthode complète et ouverte de coordination. Par contre, les individus peuvent être guidés par leur compréhension des règles de conduite. La concurrence implique une "procédure de découverte" et les organisations fonctionnent donc toujours dans un climat de changement apparent ou non. Au fur et à mesure que les organisations deviennent plus complexes, les individus ont donc davantage tendance à adopter un comportement suivant des règles. L'entreprise suit alors un processus évolutif qui consiste à rencontrer des fins de plus en plus importantes à accomplir. Elle vise donc non pas à des fins concrètes mais s'oriente vers des fins inconnues et floues qu'elle précise au fur et à mesure de son avancée.

Annexes

Notes et références

  1. On associe souvent au mot « organisation » le dessin d’un organigramme dans le cadre d'une entreprise. Lorsque le mot organisation est associé à l'industrie, on fait référence à l'ensemble du marché ou à une partie de celui-ci.
    • La théorie néo-classique de concurrence pure et parfaite. Jusque dans les années 1970, la théorie théorie néoclassique de la firme était la théorie dominante, à savoir qu'elle considérait qu'il existe des économies d'échelle (ou d'envergure) qui justifient que les activités de production dépassent une certaine taille pour être efficace et qu'elles sont donc concentrées au sein d'une même entreprise plutôt que dispersées entre plusieurs producteurs.
    • L'école de Havard avec Joe S. Bain (1956. Barriers to New Competition. Harvard University Press: Cambridge, MA.; 1968, "Industrial Organization", 2nd ed., New York: John Wiley and Sons), Michael Porter, F. M. Scherer
    • La théorie de la concurrence opérationnelle (workable) :
      • John Maurice Clark, 1940, "Toward a Concept of Workable Competition", American Economic Review, Vol XXX, June
      • John Maurice Clark, 1955, "Competition: Static Models and Dynamic Aspects", American Economic Review, Vol XLV, May
      • John Maurice Clark, 1961, "Competition as a Dynamic Process", New York: Brookings
    • La théorie des marchés contestables (William J. Baumol, J. C. Panzar et R. D. Willig)
    • La théorie de l'organisation industrielle de l'école de Chicago-UCLA (Harold Demsetz, Yale Brozen, Sam Peltzman)
    • La théorie des jeux de la nouvelle organisation industrielle (Jean Tirole)
  2. * La théorie behavioriste ou néo-rationaliste ou théorie comportementale de la firme (Chester Barnard, Herbert A. Simon, James G. March, Richard M. Cyert) est centrée sur la résolution des problèmes par le traitement de l’information.
  3. Wroe Alderson, Richard P. Bagozzi, Donald F. Dixon, Philip Kotler
  4. L'École du Macromarketing examine l'impact des pratiques marketing sur la société et de la société sur le marketing. Donald F. Dixon, un de ses représentants
  5. Vendre est l'objectif de l'entreprise mais cela peut devenir vite problématique dans une approche de gestion de la trésorerie de l'entreprise. Il existe des décalages entre le moment où l'entreprise engage son processus de vente et de production avec le moment où elle sera payée. La lettre de change et l'affacturage permettent de gérer cette incertitude. L'incertitude est encore plus forte lorsque le client s'avère douteux ou défaillant. Elle augmente encore plus en fonction de la structure par taille des contrats de vente. La vente à un "gros" client peut engendrer un volume d'incertitude élevé chez l'entreprise et gêner sa dynamique de développement. Ce frein est est évident si, dans l'historique des ventes, l'entreprise ou les responsables ont déjà connu un problème de trésorerie marquant. Par exemple, une vente de 100 k euros margée à 10% nécessite un chiffre d'affaires compensateur de 1 million d'euros en cas de défaillance pour couvrir cette incertitude. Les responsables de l'entreprise doivent donc gérer le risque client sans tomber dans une prudence excessive qui les feraient renoncer trop facilement à des collaborations commerciales fructueuses envisageables. La pratique de prises des garanties vient combler cette incertitude.
  6. * Tor Hernes s'est intéressé à l'organisation en tant que process en s'appuyant sur le philosophe Alfred North Whitehead, sur les sociologues, Niklas Luhmann, Bruno Latour, et sur les théoriciens en organisation, Karl Weick et James G. March mais sans effectuer malheureusement, à ce jour, de liens avec la théorie autrichienne.
    • Tor Hernes, 2007, "Understanding Organization as Process: Theory for a Tangled World", Routledge Studies in Management, Organizations and Society
  7. * Rémi Jardat, 2008, « How democratic internal law leads to low cost efficient pocesses : practices as a medium of interaction between institution and organization », Society and Business Review, Vol 3, n°1
  8. L. Basile et P. Casavola, 1992, “The firm as an institution: recent evolution in the contractual perspective”, Quaderni del Dipartimento di Scienze Economiche e Sociali, Università di Napoli Federico II, 5, p10
  9. Mary Parker Follett, 1924, cité par Marc Mousli, 2005, « Éloge du conflit. Mary Parker Follett et le conflit constructif », Négociations, vol 4
  10. Sylvia Maxfield, 2008, "Reconciling Corporate Citizenship and Competitive Strategy: Insights from Economic Theory", Journal of Business Ethics, Vol 80, pp367–377
  11. * Matthew Kenney et Bahaudin G. Mujtaba, 2007, "Understanding Corporate Entrepreneurship and Development: A Practitioner View of Organizational Intrapreneurship, Journal of Applied Management and Entrepreneurship, July

Bibliographie

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  • 1992,
    • Peter Reid Dickson, "Toward a General Theory of Competitive Rationality", Journal of Marketing, Vol. 56, No. 1 (Jan.), pp69-83
    • Robert Jacobson, "The Austrian School of Strategy", Academy of Management Review, vol 17, n°4, pp782-807
  • 1993, J. Hennart, Explaining the Swollen Middle: Why Most Transactions Are a Mix of “Market” and “Hierarchy”. Organization Science 4:529-544
  • 1995,
    • Westgren, Randall E., "Firm Resources, Industrial Organization, and Austrian Economics: The Bases for a New Strategic Management Approach to Competitiveness." In G.H.. Peters and Douglas D. Hedley, eds. Agricultural Competitiveness: Market Forces and Policy Choice: Proceedings of the Twenty-Second International Conference of Agricultural Economists. Aldershot, U.K.: Dartmouth
    • Greg Young, Comment: The Resource-Based View of the Firm and "Austrian" Economics / Integration to Go Beyond the S-C-P Paradigm of Industrial Organization Economics Journal of Management Inquiry, Vol. 4, No. 4, 333-340
  • 1996,
    • Greg Young, Ken G Smith et Curtis M Grimm, "'Austrian' and Industrial Organization Perspectives on Firm-level Competitive Activity and Performance." Organization Science 7: 243-54
    • Charles W. Hill et David L. Deeds, "The importance of industry structure for the determination of firm profitabil-ity: A neo-Austrian perspective." Journal of Management Studies. 33 (July): 429-451
  • 2004,
    • Judit Kapás, Mutant-Firms in the New Economy. Economie et institutions 5.2:77-96
    • Thomas W. Malone, Bringing the Market Inside, Harvard Business Review, 82, April, pp106–114
    • Luc Tardieu, Knowledge and the Maintenance of Entrepreneurial capability, Working paper Centre d'Analyse économique d'Aix en Provence

Liens externes

Voir aussi


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