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Liberté de la presse

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La liberté de la presse est l'un des principes fondamentaux des sociétés libérales en liaison avec la liberté d'opinion et la liberté d'expression. La liberté de la presse inclut entre autres la protection des sources d'information des journalistes.

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La liberté de la presse, une composante essentielle des démocraties libérales

Tous les auteurs libéraux s'accordent pour que l'État n'ait pas à intervenir dans le contenu rédactionnel de la presse, sinon il porterait atteinte aux Droits individuels. Des auteurs comme Émile Faguet, Benjamin Constant ou Paul-Louis Courier ont été parmi les plus ardents défenseurs de la liberté de la presse. La liberté de la presse est assimilable en un sens à la liberté d'expression, essentielle pour tous les libéraux.

En 1789, le penseur libéral Jean-Baptiste Say dénonçait ainsi les méfaits de la censure : « La pensée est destinée à voler d’un esprit dans un autre, et personne n’a le droit de l’arrêter au passage. Cependant, chez nous, et dans notre siècle, l’homme de génie doit encore soumettre l’élan de ses conceptions au compas d’un censeur souvent inepte, toujours mercenaire et craintif. »[1] Cruelle ironie, pour avoir refusé de céder aux demandes de Napoléon, Say se vit par la suite interdire la réédition de son fameux Traité d'économie politique[2].

Le philosophe français Jean-François Revel rappelait encore au XXe siècle dans La Tentation totalitaire cet impératif de liberté de la presse, peu importe son contenu :

« Une presse libre n’est pas une presse qui a toujours raison et qui est toujours honnête, pas plus qu’un homme libre n’est un homme qui a toujours raison et qui est toujours honnête. S’il avait fallu, pour autoriser la littérature, attendre d’avoir appris d’abord à en bannir la mauvaise, nous serions encore occupés à corriger le premier jeu d’épreuves de l’histoire de l’imprimerie. Ne pas comprendre que la liberté est une valeur par elle-même, dont l’exercice comporte nécessairement un bon et un mauvais pôle, c’est démontrer que l’on est décidément réfractaire à la culture démocratique. »

Même dans des démocraties occidentales, la liberté de la presse ne va pas nécessairement de soi à notre époque, et celle-ci est largement entravée par l'Etat avec des moyens plus ou moins visibles. La France était ainsi en 2021 uniquement 34ème au classement mondial de la liberté de la presse publié par l'ONG Reporters sans frontières[3]. Les États-Unis n'étaient eux qu'en 44e place. Encore en 2021, l'Etat français essayait de faire passer l’article 24 de la loi Sécurité globale qui était gravement attentatoire à la liberté de la presse, et fût heureusement retoqué par le conseil constitutionnel[4].

Liberté de la presse et soutien à la presse

Sociaux-démocrates et libéraux s'opposent sur l'approche à tenir en termes de « soutien à la presse ». Pierre-Joseph Proudhon a dit qu'« il n'y a pas de véritable démocratie sans pédagogie ». Comme la presse est censée être diversifiée et formatrice, la multiplicité des supports de presse est considérée comme une forme de campagne électorale permanente. Les sociaux-démocrates considèrent qu'il faut soutenir cette diversité de l'offre en subventionnant la production et la distribution de la presse. Puisqu'ils considèrent que le pluralisme n'est pas respecté, ils sont prêts à intervenir pour équilibrer les différentes tendances. Ils parviennent donc à intervenir sur le contenu rédactionnel, ce qui était contraire à leur initiative. Les libertariens considèrent que le socle de la liberté n'est pas la démocratie en elle-même mais les Droits que chaque individu dispose sur lui-même. La démocratie est une forme de défense de ses droits, elle peut être dévoyée et dénaturée de son objectif et impliquer une mise en danger des Droits des individus. En agissant, ainsi, l'État ne garantit pas la liberté des citoyens, il la menace.

Les sociaux-démocrates considèrent ainsi que l'État est la garantie de la démocratie, que ce serait une de ses missions essentielles. Et il n'existe pas de démocratie sans liberté de la presse. Par un faux syllogisme, on arrive à ce que la liberté de la presse soit défendue par l'État. On aboutit alors à des aberrations qui rappellent l'Union soviétique : des journaux que presque plus personne ne lit sont tenus à bout de bras par des subventions étatiques.

Les libéraux sont donc eux opposés à tout soutien étatique apporté à la presse (en général sous prétexte de liberté de la presse ou de pluralisme). Un tel soutien serait d'ailleurs antidémocratique, puisque l'on contraint le contribuable à subventionner des organes de presse dont il ne se soucie pas (voire qui peuvent être contraires à ses propres opinions). Certains rares libéraux sont néanmoins favorables à de telles aides. Ainsi l'ancien ministre Alain Madelin d'écrire[5] :

« L'aide de l'État à la presse écrite pourrait être appelée aide à la liberté de l'information et de la communication. Et cette liberté n'est pas négociable. Elle renvoie à l'un des droits naturels de l'homme, tel que les libéraux du XVIIe siècle et du XVIIIe siècle, à la suite de John Locke, puis de Montesquieu, Hume, Voltaire ou des hommes des lumières l'ont défini. Tel que les libéraux de 1789 l'ont inscrit dans la déclaration de Droits de l'Homme et du Citoyen, tel qu'ils l'ont toujours défendu au cours de notre histoire, dans les périodes les plus sombres au risque de leur vie ou tel qu'ils l'ont toujours propulsé dans les Républiques successives, au gouvernement ou dans l'opposition. La vie libre de la presse écrite est une condition majeure de la liberté de conscience mais aussi de la démocratie, de son pluralisme. [..] Et je regrette que l'État n'ait pas assuré son rôle pour permettre à des journaux comme Combat, pour ne citer qu'un de ces journaux qui ont disparu, de poursuivre, sur leur ligne éditoriale, leur diffusion. Il est donc nécessaire que l'État assure cette vie, qu'il aide la presse écrite. C'est l'une de ses missions essentielles. »

La dépendance aux aides de l'Etat et cependant largement vue comme néfaste. Jean-Philippe Feldman écrivait ainsi en 2020[6] :

« Même hostiles à la gauche et à l’extrême gauche, les groupes de presse dépendent des aides de l’État et des commandes publiques pour les groupes industriels qui en sont propriétaires. La liberté de la presse s’étiole d’autant. Cela explique la médiocrité du classement de la France au terme de l’enquête de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse. 11e à l’origine en 2002, le pays a régressé à la 32e position en 2019. Cela explique aussi le traitement qui est généralement réservé au libéralisme par les journalistes et celui qui est réservé à leurs collègues qui oseraient se démarquer de la ligne dominante. »

Des subventions à la presse nombreuses et massives en France

Peu importe l'orientation idéologique, on ne peut que constater en France des aides massives et nombreuses à la presse, estimées entre 500M€ et 1 milliard d'euros. De longue date, l'État intervient massivement en faveur de la presse, mais ces aides ont explosées (39 millions d'euros en 2002 et 578 millions en 2010 selon les chiffres de l'IREF[7]).

L'État intervient dans 4 domaines :

  • L'aide à la diffusion afin de diversifier le circuit de distribution (portage) et de le moderniser (subvention à l'aménagement des magasins)
  • L'aide à la presse à faibles ressources publicitaires (comme La Croix ou L'Humanité)
  • Les fonds de modernisation de la presse quotidienne et assimilée, destinés aux entreprises éditant au moins un quotidien ou un hebdomadaire régional d'information politique et générale. Cette subvention est financée par un compte d'affectation spéciale au budget (taxe sur hors média)
  • Fonds spécial destiné à aider la presse dans sa diversification multimédia sous forme d'avances remboursables ou de subventions plafonnées.

Une liste officielle non exhaustive des aides à la presse[8] liste ainsi :

  • Aides directes : Les réductions tarifaires de la SNCF, l’aide à l’impression décentralisée des quotidiens, l’aide à la modernisation des diffuseurs, l’aide exceptionnelle au bénéfice des diffuseurs de presse spécialistes et indépendants, le fonds d’aide à la distribution et à la promotion de la presse française à l’étranger, l’aide au portage de la presse, aide à la distribution de la presse quotidienne, nationale d’information politique et générale, le fonds d’aide aux quotidiens nationaux d’information politique et générale à faibles ressources publicitaires, le fonds d’aide aux quotidiens régionaux, départementaux et locaux d’information politique et générale à faibles ressources de petites annonces, l’aide aux publications hebdomadaires régionales et locales, le fonds d’aide à la modernisation de la presse quotidienne et assimilée d’information politique et générale, le fonds d’aide au développement des services de presse en ligne, etc.
  • Aides indirectes : Le taux réduit de TVA, le régime spécial des provisions pour investissements, l’exonération de la cotisation foncière des entreprises (anciennement taxe professionnelle) des éditeurs et agences de presse, le régime dérogatoire des taux de cotisations de Sécurité sociale des vendeurs-colporteurs et des porteurs de presse, le calcul des cotisations sociales des journalistes, le statut social des correspondants locaux de presse, les tarifs postaux préférentiels, la niche fiscale de l'imposition des journalistes, etc.

Une étude de 2010 de Benjamin Dormann estime qu'en France la presse est subventionnée à hauteur de 20 %, avec des pics à 50% pour certains journaux. En 2021, la situation avait encore empirée puisque selon les chiffres du syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (Spiil) : « En 2021, les aides représentent 23,3 % du chiffre d’affaires du secteur, contre 12,9 % en 2008, soit une augmentation de plus de 10 points en 13 ans »[9].

En France, le journal libéral de référence, Contrepoints, refuse toute subvention publique pour préserver son indépendance.

La distribution de la presse, un marché au paroxysme de l'étatisme

Aujourd'hui, les points de vente traditionnels sont de plus en plus nombreux à souffrir d'une baisse de fréquentation au bénéfice de la presse en ligne, des grandes surfaces et des galeries marchandes, tandis que les ventes globales de la presse diminuent. Les difficultés récurrentes du secteur ne sont pas étrangères à l'intervention massive de l'Etat dans le secteur de la distribution de la presse C'est ainsi que le marché de la distribution de la presse est régi en France par la Loi Bichet du 2 avril 1947 à l'allure marxisante. Il s'agit encore d'un rare secteur où on se réfère au plan quinquennal. L'organisation en coopérative mène à une production totalement déconnectée de la demande. Il n'y a pas d'écoute de la part des intervenants dans la chaîne de distribution, ce qui conduit à une économie de gaspillage. 44% de la production de la presse, vendue au numéro, repart en invendus. Soit presque la moitié de la richesse qui est créée s'en va en fumée à cause d'une organisation désuète.

La Loi Bichet a organisé le marché de façon structurée, hiérarchique et rigide. Elle établit un marché de duopole (niveau 1) entre les éditeurs et les messageries de presse (Nouvelle Messagerie de Presse Parisienne, NMPP et Messagerie Lyonnaise de Presse, MLP) et un marché de monopole (niveau 2) entre les dépositaires de presse et les détaillants (diffuseurs de presse). La volonté de ces organisateurs est d'imposer une capillarité absolue de la France avec plus de 30 000 points de vente. Le commerce de la vente de la presse est administré tant par les quantités que par les rémunérations des agents de la vente. Les règles sont imposées de haut en bas. Celui qui est en contact avec les acheteurs de presse (niveau 3), communément appelé kiosquier ou marchand de journaux, n'a aucune possibilité de mettre en concurrence les acteurs de la production et de la distribution de la presse.

Plus largement, les méthodes du syndicat CGT du livre pour garantir son quasi monopole ne sont pas sans rappeler des pratiques mafieuses. Ainsi, en 2010, « un commando de 30 à 40 personnes a dégradé 150 000 exemplaires de Direct Matin chez l’imprimeur dans le cadre de la décision du groupe Bolloré de changer d’imprimeur pour échapper à l’emprise du syndicat du livre CGT »[10].

Pourquoi un déclin de la presse

Alors que la presse est déjà massivement aidée et décline quand même, il convient de s'interroger sur les raisons de cet effondrement. Pourquoi l'offre ne correspond t-elle pas à la demande ? Cette réponse appartient aux entrepreneurs en place aujourd'hui ou à ceux qui émergeront demain (éditeurs, dépositaires, diffuseurs, lecteurs, annonceurs publicitaires). La liberté de la presse sous la forme de magazines et de journaux n'est qu'une forme d'informations. En fait, les lecteurs et les annonceurs, qui sont apporteurs de recettes, pour le circuit de la presse, cherchent des substituts d'informations qui correspondent à leur attente (télévision, radio, internet, wap etc).

Pour les libertariens, il n'existe pas de liberté de la presse sans entrepreneur libre qui utilise les données, les capte, les interprète et les découvre par lui-même ou grâce à d'autres entrepreneurs. Le meilleur soutien que l'État puisse faire à l'individu c'est qu'il s'abstienne d'enfreindre ses droits fondamentaux.

L'école autrichienne, par l'intermédiaire de la théorie de la concurrence (Friedrich Hayek) par le processus de découverte, de la théorie du monopole (Dominick Armentano) ou de la théorie des cartels (Pascal Salin), montre que le phénomène de concentration d'un secteur d'activité s'accélère ou se pérennise à cause de l'intervention de l'État et de ses règlementations. Chercher à renforcer plus encore l'étatisation de la presse risque de n'avoir qu'une conséquence : accentuer sa concentration et sa chute, par manque d'adaptation aux attentes des lecteurs.

Informations complémentaires

Citations

  • « Dans tout ce qui s'imprime il y a du poison plus ou moins délayé selon l'étendue de l'ouvrage, plus ou moins malfaisant, mortel. » (Paul-Louis Courier)
  • « Si vous ne lisez pas les journaux vous n'êtes pas informé, et si vous les lisez vous êtes mal informé... » (attribuée à Mark Twain)
  • « Le despotisme étouffe la liberté de la presse; l'usurpation la parodie. Or, quand la liberté de la presse est tout à fait comprimée, l'opinion sommeille, mais rien ne l'égare. Quand, au contraire, des écrivains soudoyés s'en saisissent, ils discutent comme s'il était question de convaincre ; ils s'emportent comme s'il y avait de l'opposition ; ils insultent comme si l'on avait la possibilité de répondre. » (Benjamin Constant)
  • « Un journal n’influe pas sur ses lecteurs par ce qu’il imprime, mais par ce qu’il n’imprime pas. » (Pierre Lance)

Notes et références

Bibliographie

Liens externes

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