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Gauche

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Le terme gauche dans la vie politique désigne aujourd'hui surtout des partis ou doctrines défendant des thèses socialistes, communistes, social-démocrates ou assimilées en économie, et des thèses libérales sur les sujets de société ou les questions de mœurs. Le positionnement du libéralisme face à la droite ou à la gauche est plus complexe qu'une opposition ou une adhésion, comme l'illustre le diagramme de Nolan ou la célèbre citation de José Ortega y Gasset via Raymond Aron : « Qu'on soit de droite ou qu'on soit de gauche, on est toujours hémiplégique. »

Point de vue libéral

Une grande partie des libéraux refuse la distinction simpliste entre « gauche » et « droite » et préfère par exemple une classification sur deux axes telle que le diagramme de Nolan :

« Les libéraux sont « ailleurs » et il est erroné de les situer à droite ou à gauche. Ils sont favorables à la liberté individuelle dans tous les domaines, précisément parce que la vie des hommes ne peut pas se découper en tranches, avec une partie économique, une partie sociale ou une partie familiale. » (Pascal Salin)

Les libertariens contestent l'opposition droite/gauche ; pour eux, ce dualisme simpliste est dépassé si l'on pose comme point de départ à la politique l'impérieuse nécessité de respecter d'abord les libertés individuelles. Extrait du Manifeste libertarien de Murray Rothbard :

« Si personne n’a le droit d’agresser quelqu’un d’autre, en bref, si chacun a le droit absolu d’être « libre » de toute agression, il s’ensuit immédiatement que le libertarien approuve pleinement ce qu’on appelle généralement les « libertés civiles » : liberté d’expression, de publication, d’association, liberté de « commettre » des délits sans victimes tels que la pornographie, les « déviations » sexuelles, la prostitution, la drogue, toutes choses que le libertarien ne considère pas du tout comme des délits, puisqu’il ne s’agit pas d’agression à l’encontre d’une autre personne ou de sa propriété. En outre, il considère la conscription comme un esclavage à grande échelle. Et puisque la guerre, et plus particulièrement la guerre moderne, entraîne l’exécution massive de civils, le libertarien considère de tels conflits comme du meurtre de masse, et donc comme quelque chose d’absolument illégitime.
« Tous ces points de vue sont considérés comme « de gauche » sur l’échelle idéologique contemporaine. D’autre part, le libertarien s’opposant à l’agression contre le droit de propriété privée, il s’oppose tout aussi vigoureusement à l’intrusion du gouvernement dans les droits de propriété et dans l’économie de marché au travers de contrôles, règlementations, subventions ou interdictions. Car si chaque individu a le droit de posséder et de ne pas être agressé et volé, alors il a aussi le droit de se défaire de sa propriété (par la transmission ou l’héritage) et de l’échanger contre la propriété d’autres personnes (liberté de contrat et économie de marché libre) sans subir d’intrusion. Le libertarien est donc en faveur d’un droit de propriété sans restriction et du libre-échange, c’est-à-dire d’un système capitalistique de laissez-faire.
« Le libertarien ne voit aucune incohérence à être « de gauche » dans certains domaines et « de droite » dans d’autres. Au contraire, il considère que sa position est quasiment la seule qui soit cohérente du point de vue de la liberté individuelle. »

Les libéraux jugent incohérents ceux qui soutiennent les libertés individuelles mais refusent la liberté économique. Certains se définissent comme libéraux de gauche et rappellent que le terme de « gauche » n'a pas toujours été associé au collectivisme ou à l'étatisme.

La gauche en France

En France, historiquement, à partir de 1789, les libéraux constituent un mouvement de gauche jusqu’à la fin du XIXe siècle. Benjamin Constant est le chef de la gauche libérale. Alexis de Tocqueville siège au centre gauche et il en sera de même plus tard de Léon Say, le petit-fils « libéral-conservateur » de Jean-Baptiste Say, ou encore d’Yves Guyot[1] et de Jules Simon.

Un constat qui fait dire à l'essayiste Philippe Manière dans L'Aveuglement français[2] : « Si l'histoire est un guide de quelque valeur, s'il est vrai que la droite incarne l'ordre et la conservation, alors le libéralisme, incontestablement est de gauche. »

Selon les pays et les circonstances, les libéraux se retrouvent à « gauche » (lorsque le libéralisme économique est majoritaire et que le conservatisme s'exerce sur les mœurs : cas des USA, ou de la France du XIXe siècle), à « droite » (inversement quand l'interventionnisme économique et les services publics sont majoritaires mais les mœurs relativement libres : cas de la France) ou « nulle part » (cas du Royaume-Uni où le parti libéral de Lloyd George n'a pas survécu à la deuxième guerre mondiale).

Même historiquement, toute la gauche a loin d'avoir été libérale cependant. Analysant la « gauche » et ses mythes dans L'Opium des intellectuels, le philosophe français Raymond Aron en propose une typologie en trois catégories :

  • la gauche organisatrice, autoritaire, nationale sinon nationaliste, parfois impérialiste (en faveur de la colonisation au XIXe siècle) ;
  • la gauche libérale qui se dresse contre le socialisme et qui est internationaliste ;
  • la gauche égalitaire, qui semble condamnée à une constante opposition contre les riches et puissants.

Dans une lecteur différente, pour le philosophe Philippe Nemo, la caractéristique de la gauche, en France, est d'être « antilibérale, anticapitaliste, de prôner toujours plus d’État : la solution aux problèmes est que l'État s'en occupe, et il ne peut s'en occuper qu'en prenant plus d'impôts »[3].

Une explication à l'antilibéralisme d'une partie des gens de gauche peut être simplement économique : la plupart d’entre eux auraient un niveau de vie bien moins important s’ils étaient confrontés aux lois du marché, plutôt que dépendants de l’État ou des privilèges que celui-ci leur octroie.

Le camp du bien ?

Pour ses critiques, on peut parfois caractériser la gauche, dans la plupart des pays, par une prétention à représenter le camp du bien, ou le camp de la morale, ce qui l'amène à soutenir des positions antilibérales (par exemple des restrictions à la liberté d'expression, le soutien à certains dictateurs (communistes par exemple), l'exigence de privilèges au bénéfice de minorités, l'apologie d'un étatisme forcené, l'accusation d'islamophobie envers les critiques de la religion, etc.) sans référence ni aux faits ni aux droits individuels (« mieux vaut avoir tort avec Sartre que raison avec Aron »). Ce dernier écrivait ainsi dans L'Opium des intellectuels en 1955 : « Cherchant à expliquer l'attitude des intellectuels, impitoyables aux défaillances des démocraties, indulgents aux plus grands crimes, pourvu qu'ils soient commis au nom des bonnes doctrines, je rencontrai d'abord les mots sacrés : gauche, Révolution, prolétariat. »

Cette supposée prééminence morale lui permet d'exercer ce qui est vu par ses critiques comme du « terrorisme intellectuel » tel qu'il obligerait la droite à adopter les mêmes points de vue qu'elle sous peine de diabolisation. En France, en détournant l'attention sur les turpitudes de l'adversaire, elle parvient même à faire oublier ses propres turpitudes (colonialisme au XIXe siècle, soutien au régime de Vichy et à la collaboration avec l'occupant allemand pendant la Seconde Guerre mondiale ; soutien aux dictateurs communistes ; apologie de la pédophilie, du négationnisme ; antisémitisme[4] ; etc.) :

« Alors que la droite incarnait les valeurs morales, et la gauche au contraire une certaine exigence historique et politique contradictoire, aujourd’hui, celle-ci, dépouillée de toute énergie politique, est devenue une pure juridiction morale, incarnation des valeurs universelles, championne du règne de la Vertu et tenancière des valeurs muséales du Bien et du Vrai, juridiction qui peut demander des comptes à tout le monde sans avoir à en rendre à personne. » (Jean Baudrillard, article de Libération, 1997)
« Il y a beaucoup plus de mensonges de gauche que de droite. (...) L’évocation des crimes de gauche n’est possible de façon suivie que dans quelques revues spécialisées, dans quelques colloques dont les participants se voient aussitôt classés à l’ultra-droite. » (Jean-François Revel, La connaissance inutile)
« Quiconque étudie l'histoire des idées devrait remarquer à quel point les gens de la gauche politique, plus que les autres, dénigrent et diabolisent ceux qui ne sont pas d'accord avec eux, au lieu de répondre à leurs arguments. » (Thomas Sowell)

Citations

  • « À gauche comme à droite cette allergie au libéralisme est d'autant plus curieuse que les deux camps pourraient y retrouver des racines et y nourrir un projet : la gauche, revendiquant l'héritage des grands mouvements de lutte contre la tyrannie, devrait aimer le mot même de "libéralisme", la promesse de progrès qu'il porte en lui, son culte de la différence. La droite, plus soucieuse, elle, d'ordre et d'épanouissement personnel, devrait chérir cette doctrine fondée sur un droit à la réussite garantissant la stabilité sociale. L'une et l'autre devraient y trouver, surtout, comme le montrent les expériences étrangères, les moyens et les instruments pour enfin lutter efficacement contre le chômage qu'elles dénoncent justement comme le fléau de notre temps, le cancer de notre pays. » (Philippe Manière, L'Aveuglement français[5])
  • « Je n'ai jamais cessé de me considérer comme étant de gauche. À l'origine, être de gauche, c'est lutter pour la vérité et la liberté, et pour le maximum de justice sociale. Mais une justice sociale établie selon des méthodes qui marchent, pas selon des méthodes qui échouent, comme la redistribution à tout-va qui ne fait qu'affaiblir l'économie. (...) Ce qu'on appelle la gauche n'est plus aujourd'hui qu'un clan, une espèce de tribu, un ensemble de spécialistes de l'escroquerie dans les relations publiques, de manipulateurs habiles, qui ont l'art de présenter des idées et des théories qui ont amené les plus grandes catastrophes dans l'histoire de l'humanité comme étant des choses progressistes. » (Jean-François Revel, Entretien dans Lire, février 1997[6])
  • « C'est pas grave d'être de gauche... en général ça passe au premier relevé d'ISF. » (Gaspard Proust) (humour)
  • « Pour moi, les gens de gauche ça n'existe pas. Vous en connaissez des gens de gauche qui, lors de la chute du mur de Berlin, se soient enfuis à l'est ? » (Gaspard Proust) (humour)
  • « J’adorerais être de gauche. C’est un souhait, mais je trouve que c’est tellement élevé comme vertu que j’y ai renoncé. C’est un gros boulot, un dépassement de soi, c’est une attitude, une présence à l’autre… Il faut être "exceptionnel" quand tu es de gauche. Quand tu n’es pas de gauche, tu peux être moyen. Quand tu es de gauche, c’est l’excellence, le génie moral, le génie de l’entraide. C'est trop de boulot ! » (Fabrice Luchini, France 2, 17/10/2013) (humour)
  • La vision égalitaire de la gauche n’est pas seulement incompatible avec le libertarisme. Elle est si déconnectée de la réalité qu’on doit se demander comment on peut la prendre au sérieux. L’homme de la rue ne croit certainement pas à l’égalité de tous les hommes. Le simple bon sens fait obstacle à cela. Et je suis assuré que personne parmi les vrais partisans de la doctrine égalitaire ne croit vraiment, au fond, à ce qu’il proclame. Mais comment, alors, la vision de gauche du monde a-t-elle pu devenir l’idéologie dominante de notre époque ? Pour un libertarien, la réponse devrait être évidente : la doctrine égalitaire a atteint ce statut non pas parce qu’elle est vraie, mais parce qu’elle fournit la parfaite couverture intellectuelle qui permet le contrôle social totalitaire par une élite dirigeante. (Hans-Hermann Hoppe)
  • Être de gauche, pour beaucoup de militants, c’est préférer l’idéologie au réel, le manichéisme à l’intelligence, et les bons sentiments à l’efficacité. De là ses échecs répétés. (André Comte-Sponville, Causeur, 14/05/2019)
  • Derrière l’apparence avenante d’un politicien de gauche qui se dit modéré, il y a toujours un totalitaire qui ne demande qu’à jeter le masque. (David Horowitz)

Notes et références

  1. Idée reçue : le libéralisme, une doctrine de droite ?
  2. Manière, ibid, p.129
  3. Entretien avec Claude Reichman sur Reichmantv le 9 mars 2012.
  4. Voir Les Antisémitismes Français de l'historien David Shapira (2011, p.54, acheter en ligne) à propos de l'antisémitisme de gauche de la 2ème moitié du XIXe siècle : Karl Marx, Fourier, Jaurès, Proudhon, etc.
  5. Philippe Manière, L'aveuglement français, 1998, p.178-179
  6. Jean-François Revel, Entretien avec Olivier Todd dans le magazine Lire, février 1997, [lire en ligne]

Bibliographie

Articles connexes

Liens externes


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