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Morale

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La morale est un ensemble de principes et règles de conduite, qu'un individu ou groupe d'individus entretiennent dans leurs relations, et qui peuvent varier selon la culture, les croyances, les conditions de vie et les besoins de la société. Éthique et morale ont un sens très proche et sont ensemble parfois qualifiées de « science » des mœurs.

D'une façon succincte, la morale est acceptée comme étant la théorie normative des actions humaines. Elle porte principalement sur la finalité de l'action et cherche à résoudre les questions qui peuvent se poser dans la délibération et la prise de décision :

  • Que faire pour mieux agir ?
  • Comment agir en toute bonne considération ?
  • Quelles limites à mes actions pour ne pas nuire à autrui ?

Les philosophes divisent la morale en trois domaines dont les frontières ne sont pas toujours parfaitement précises :

  • Méta-éthique : traite des questions descriptives et relatives aux concepts moraux, l'étude et comparaison des valeurs et normes morales, les énoncés évaluatifs et prescriptifs, etc;
  • Morale ou éthique normative : position normative ou évaluative sur la morale, concerne les critères de nos comportements et actions (les principales questions posées sont : que faut-il faire ? que devons-nous faire ?) ;
  • Morale ou éthique appliquée : application concrète des deux premières à des problèmes spécifiques et controversés (par exemple, avortement, environnement, droits des animaux, etc.).

Dans l'histoire de la philosophie morale, c'est surtout à partir et à travers le philosophe grec Socrate que les premières prémisses ont été posées. En effet, la morale socratique et ses interrogations posent les premiers concepts moraux qui sont le souverain Bien, le bonheur, la juste mesure etc. Aujourd'hui, la connotation moderne de la morale est associée à des sermons moralisateurs, à une dogmatique, davantage colorée par le scepticisme, jusqu'au au point que l'idée de la qualité des actions qui forme l'identité des hommes semble lointaine et égarée dans le temps. Les temps modernes semblent ainsi renvoyer la morale à quelque chose de démodé appartenant à un passé n'ayant plus lieu d'être. Pourtant, les actions humaines démontrent l'existence d'un besoin de moralité, de ce fait son actualité sans cesse renouvelée.

Morale du devoir et morale d'aspiration

Lon L. Fuller, philosophe américain, développe une distinction fondamentale entre deux sortes de morale.

D’un côté, la morale du devoir (les règles essentielles de la vie en société) ; et de l’autre, la morale d’aspiration (la Vie bonne, la réalisation complète des potentialités humaines). Fuller s’oppose à la distinction entre l’être et de devoir-être, distinction classique de David Hume, qu’Hans Kelsen a développé dans le cadre du droit. Pour Fuller, cette distinction ne saurait être opérante que dans le cadre de la morale du devoir, dont l’injonction relève de la loi, par exemple : « tu ne tueras point », formule qui ne peut être dérivée d’une simple observation de la nature.

A contrario, la morale d’aspiration relève, elle, de l’esthétique, au sens où celle-ci concerne avant tout la sensibilité. Socrate, par exemple, n’enseignait pas une morale du devoir, mais bien une morale d’aspiration. Max Weber en distinguant l’éthique de responsabilité et l’éthique de conviction ne disait pas autre chose.

Comme le souligne Philippe Simonnot, l’économie relève, elle aussi, de ces deux morales. La morale du devoir, c’est celle de l’échange. En effet, les obligations (morales ou légales) proviennent d’un échange, qui peut être soit l’échange d’une promesse de l’une des parties pour un acte présent de l’autre, soit un échange de promesses des deux côtés (Même si tout devoir ne provient pas d’une relation de marchandage : la société tient sa cohérence d’un lien "envahissant" de réciprocité, qui se répand partout. Le devoir répond de l’impératif catégorique kantien.).

La morale d’aspiration, c’est l’économie de l’utilité marginale. Elle a comme but un bien considéré comme le plus élevé, tant sur le plan moral que sur le plan économique : l’équilibre, le juste milieu.

Pour que la morale du devoir puisse fonctionner, il faut trois conditions indispensables :

  • un accord volontaire des parties, qui se créent elles-mêmes des devoirs ;
  • une certaine égalité entre les résultats obtenus par les parties (mais Condillac a montré que cette condition de Fuller peut être dépassée)
  • une relation réversible.

Or, c’est dans la société des marchands que ces trois conditions sont les mieux réunies. La conclusion, étonnante, la voici : c’est seulement dans le capitalisme que la notion d’obligation morale et légale peut atteindre son plein développement.

Citations

  • « La vertu morale est fille des bonnes habitudes ». Aristote
  • « Il n’y a d’actions morales que volontaires et choisies. Dès lors qu’une action est forcée, elle perd sa dimension éthique et ne peut être celle d’un homme vertueux. Nous sommes moralement bons, responsables et dignes de respect dans la mesure où nos actes découlent de notre propre volonté, et non de contraintes extérieures ». Damien Theillier, Libres ! 100 idées, 100 auteurs
  • « N'oubliez jamais que ce qu'il y a d'encombrant dans la morale, c'est que c'est toujours la morale des autres ». Léo Ferré
  • « Dire que le monde a purement une signification physique, et non morale, c’est l’erreur la plus grande et la plus pernicieuse, l’erreur fondamentale, la véritable perversité d’opinion, et c’est au fond ce que la foi a personnifié sous la désignation de l’Antichrist ». Arthur Schopenhauer
  • « Notre morale n’est pas une création de notre raison et ne peut être la création de notre raison ». David Hume
  • « Il n'existe guère de moraliste qui n'ait fait l'éloge de la liberté ». Isaiah Berlin

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