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Marché

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En économie, le « marché » est l'ensemble des règles (juridiques ou informelles) qui permet la réalisation d'un échange libre entre individus, en permettant l'interaction entre acheteurs et vendeurs confrontant leurs offres et demandes, réelles ou potentielles, aboutissant à déterminer la valeur d'un produit, service ou actif, ou d'un ensemble de produits, services ou actifs.

Le marché est un concept central en économie. Le marché porte tout aussi bien sur les échanges de biens que de services et d'actifs financiers et immobiliers, tant au niveau local que mondial. On parle aussi par extension du marché du travail. En marketing, on divise le marché en segment. Car, l'échange permet à la fois de délivrer des biens et des services et de révéler des préférences. On s'aperçoit, par exemple que dans une économie ouverte, les innovations de biens et de services sont de plus en plus développées. Nous ne sommes plus à l'heure de la Ford T du début du xxème siècle où le vendeur déclarait ironiquement qu'il était possible de choisir la couleur de sa voiture dans la mesure où on l'acceptait noire. Dans le secteur de la parfumerie, il y avait dans les années 1980, six nouvelles créations de parfums par an. On dépasse la centaine aujourd'hui. Dans la grande distribution (hors hard discount), à superficie égale, il y a 70% de références supplémentaires qu'il y a 20 ans. Pour une surface de 7 000 m2, il existe désormais 100 000 références. Dans la presse, également, il sort plus de 1000 titres nouveaux par an avec un fort taux de mortalité. Le marché libre accompagne l'hétogénéité des choix des consommateurs.

Les libéraux, tenants du libre-échange, estiment que lorsque des contraintes étatiques portent sur les échanges, au niveau des quantités pouvant être offertes ou achetées, ou du niveau des prix, on s'éloigne en partie ou totalement du concept de marché. Dans cette vision, on considère que le marché est dit efficace s'il concourt à approcher le juste prix et une allocation des ressources optimum.

Erreurs fréquentes

Les libéraux ramènent tout au marché

Dans des discussions économiques à propos du « marché », ceux qui essayent d'apporter une définition plus exacte sont accusés de « tout ramener au marché », c'est à dire, tout expliquer que sur l'optique d'un processus de marché.

Le libéral n'a aucune dévotion irraisonnée envers le marché, et n'affirme pas que le libre marché soit la solution magique à tous les maux de la vie en société; il affirme que c'est le processus le plus juste, celui qui respecte le mieux le droit de l'individu. Comme le dit Pascal Salin: « les libéraux ne sont pas concernés par le marché, ils sont concernés par les droits, ce qui n'est pas du tout la même chose »[1].

Par ailleurs, tout n'est pas « marchandise » : le don, le bénévolat, la solidarité non contrainte, la mise en commun volontaire de biens, constituent autant de façons d'échapper au marché, toutes respectables tant qu'elles ne sont pas coercitives. Elles illustrent en fait la thèse libérale de la subjectivité de la valeur : une personne peut accorder plus de valeur à telle forme d'échange (peut-être non marchand, non monnayé ou non monnayable) qu'à telle autre.

Autre élément important : pour un libéral, l'homme n'est pas une marchandise, car il ne peut faire l'objet d'un droit de propriété. Comme philosophie politique opposée à l'esclavage et à la servitude, le libéralisme ne cautionne donc pas l'idée selon laquelle un individu pourrait être cédé ou vendu comme le serait un produit commercialisé. A ceux qui assimilent le salariat à l'esclavage, il convient de répondre qu'en tant que salarié un individu est payé pour le service qu'il rend à son employeur, et non pas parce qu'il aurait loué ou, a fortiori, vendu son corps. Ensuite, le contrat de travail a été signé librement par celui qui a accepté de devenir employé.

Les adversaires du libéralisme, qui prétendent souvent que les libéraux « déifient » le marché, cherchent en fait des justifications à l'interventionnisme et au constructivisme étatiques, censés remédier aux « défaillances » du marché. De telles interventions n'aboutissent qu'à perturber l'économie, au bénéfice des uns et au détriment des autres, ce qui justifie de nouvelles interventions toujours plus liberticides, dans un processus de cercle vicieux dont se nourrit l'étatisme. « Optimiser », « planifier », « corriger », tels sont les mots d'ordre de tous ceux qui veulent régenter la vie des autres.

Le marché est immoral (ou amoral), c'est pour cela qu'il doit être régulé

Il n'est pas dans la nature du marché d'être ou de ne pas être moral. Le marché existe parce que c'est le lieu naturel où peuvent s'effectuer les échanges des acteurs en toute liberté. Cela gêne beaucoup de monde parce que ça fonctionne tout seul (la fameuse main invisible) et beaucoup se sont essayés à moraliser ce processus : il lèserait celui-ci, avantagerait celui-là, etc. Mais au nom de quelle chimérique échelle de valeur neutre et non-idéologique pourrait-on apporter un jugement moral sur le fonctionnement du marché ? Au nom de quel criterium une poignée d'hommes, même sous prétexte qu'ils sont élus, peuvent-ils intervenir sur ce marché en décrétant qu'il fonctionne mal ? Au nom de quoi apporter un correctif, si ce n'est par orgueil, par suffisance ? Et pour apporter quoi ? Des bons sentiments plus que de la morale (ils constituent la morale de celui qui n'en a pas).

Pourquoi les libéraux exigent-ils le libre-échange ? Par respect du droit de propriété, de chaque personne comme de chaque entreprise. Les mêmes qui demandent la mise en place de toutes sortes d'entraves fiscales ou règlementaires sont les premiers qui s'insurgeraient si on prétendait les empêcher de jouir de leur propriété individuelle. En bons égoïstes, ils réclament pour les autres ce qu'ils n'accepteraient pas pour eux.

Le marché est coercitif

Il y a souvent dans le public, même chez les personnes supposées bien informées (journalistes, commentateurs) un "fantasme du marché coercitif", avec l'idée non exprimée que l'acheteur (appelé "prédateur" s'il s'agit d'une OPA "inamicale") peut faire ce qu'il veut à coups de millions ou de milliards. Comme si en face d'un acheteur, il n'y avait pas un vendeur, ou des vendeurs (les actionnaires), qui sont libres de vendre ou de ne pas vendre.

Ce fantasme antilibéral voit le marché comme une bête immonde, comme la "loi de la jungle", alors que ce n'est qu'un lieu d'échanges volontaires. Le marché est vu aussi comme une machine, comme un distributeur automatique : on met l'argent d'un côté, et de l'autre on récupère ce qu'on voulait acheter. Comme si la vie économique revenait à faire ses courses au supermarché, où l'on a ce qu'on veut du moment qu'on peut payer.

Le marché ne permet pas forcément à l'acheteur d'acheter au prix qu'il souhaite ni au vendeur de vendre au prix qu'il désire. C'est pour cela que le marché est l'objet de toutes les critiques (la "loi du marché", s'aligner sur les "prix du marché", etc.). On oublie que le marché n'est pas un être en soi, mais résulte de décisions d'une multitude d'individus. Fausser le marché par une décision étatique (au nom d'une fiction telle que le juste prix) revient toujours à léser certaines personnes au profit d'autres.

Le marché ne se soucie que du court terme

En réalité, les prix du marché intègrent toutes les informations pertinentes sur les produits, y compris leur rareté actuelle et leur rareté à venir. En effet, dans le cas des actions, ce sont les bénéfices futurs des entreprises qui sont les plus importants dans la valorisation de l'entreprise. Ainsi, pratiquement et rapidement, les investisseurs évaluent quels seront les bénéfices futurs de l'entreprise et, en en faisant la somme, obtiennent la valeur actuelle de l'entreprise.

De nombreuses études académiques se sont intéressés à la question de la myopie supposée du marché, toujours avec les mêmes conclusions : comme le note les économistes Augustin Landier et David Thesmar, « la théorie économique confirme les faits : le marché n'est pas myope » mais valorise correctement les entreprises dont on attend des bénéfices même à long terme[2]. Ainsi, comme l'ont noté les économistes Steve Kaplan et Per Stromber en 2005, 82% des entreprises qui s'introduisent en bourse ne sont pas bénéficiaires. 85% font encore des pertes trois ans plus tard[3]. Formulé autrement, les entreprises qui font des pertes mais dont on peut attendre des bénéfices importants dans le futur trouvent des capitaux en bourse, contredisant l'idée reçue de la myopie du marché. Comme le remarque Agnès Verdier-Molinié, « si les marchés étaient myopes, comment pourraient-ils accepter de continuer à financer ces entreprises ? »[4].

On peut également remarquer que les marchés financiers organisés (Bourse de valeurs) sont nés aux Pays-Bas, en partie pour permettre aux armateurs de lever des fonds d'expéditions futures. Là encore, le marché était là pour apporter des capitaux à des entreprises déficitaires sur le moment mais porteuses d'espoirs de bénéfices futurs. Non seulement le marché ne se soucie que peu du court terme mais il se soucie surtout du long terme.

Le marché existe, on peut le rencontrer

Dans certains discours altermondialistes ou étatistes, on parle de « dictature du marché » ou de « règne du marché », comme si le marché existait comme entité. Cette personnalisation sert généralement des fins de diabolisation facile. Ainsi, « le grand méchant marché » est-il souvent présenté par ses opposants comme un épouvantail à abattre.

Ce raisonnement est faux, car le marché n'existe pas en tant qu'entité. Le marché, c'est chacun d'entre nous, chacun de ses acteurs, producteurs et consommateurs ou intermédiaires. Le marché ce sont des acteurs, plus ou moins nombreux selon le type de produit échangé. Ainsi, le marché du pain en France est constitué des millions de consommateurs qui achètent leur baguette, des dizaines de milliers de boulangers, d'agriculteurs, etc.

Le “Marché” ? Je ne connais pas cette personne

Une erreur semblable est commise, aussi bien par les partisans que les adversaires de l’économie de marché, lorsqu’ils disent que le marché est “impersonnel”. Ainsi, l’on trouve souvent des gens qui se plaignent que le marché serait trop “impersonnel” parce qu’“il” ne leur “accorde” pas une part suffisante des biens de ce monde. C’est oublier que le “marché” n’est pas une espèce d’être conscient, qui prendrait de bonnes ou de mauvaises décisions : le concept n’est qu’une étiquette dont on se sert pour désigner un type d’interactions volontaires entre des personnes singulières. Si Untel pense que “le marché impersonnel” ne le paie pas assez, la réalité concrète dont il se plaint en fait, c’est que les citoyens Dupont, Durand, Duchmolle et Tartempion ne sont pas prêts à le payer autant qu’il voudrait recevoir. Ce n’est pas une sorte de monstre qui s’appellerait “Marché”, et qui le frustrerait dans ses efforts.

Murray Rothbard extrait de Les oripeaux de la science - Chapitre premier d'Economistes et Charlatans

Citations

  • « Le marché ne désigne que l’ensemble des relations à la fois volontaires et potentielles entre les personnes. Volontaires, cela veut dire que tout le monde y entre exprès en relation, et c’est une preuve suffisante qu’elles y trouvent toutes leur intérêt. Potentielles, cela veut dire qu’il y a marché tant qu’il y a choix. Si l’échange est à long terme, on entre alors dans un contrat, et quand les contrats sont multiples, dans une organisation. »
(François Guillaumat)
  • « Le marché est le mode d’organisation et de coopération « co-essentiel » à l’état de droit libéral. »
(Henri Lepage)
  • « Le marché est une démocratie de consommateurs. »
(Ludwig von Mises, L'Action humaine[5])
  • « Les tentatives pour "corriger" l'ordre de marché conduisent à sa destruction. »
(Friedrich von Hayek, Droit, législation et liberté)
  • « Comme nous le savons, la justification fondamentale du marché, ou plus précisément d’un système de droits de propriété privés et de choix individuels, n’est pas l’efficacité d’un tel système - pourtant indéniable - ou sa capacité à assurer le « bien commun ». Sa justification est d’ordre moral : le marché fondé sur des droits de propriété légitimes est « juste » parce qu’il est conforme à la nature humaine et qu’il permet donc l’exercice de la responsabilité individuelle. »
(Pascal Salin, Libéralisme[6])

Notes et références

  1. Pascal Salin repris sur Quitter la Sécu
  2. Augustin Landier & David Thesmar, Le Grand méchant marché, Flammarion, édition 2008, p.21
  3. Steve Kaplan & Per Stromber, "What are firms ? Evolution from birth to public companies", NBER Working Paper, 2005
  4. Agnès Verdier-Molinié, La Mondialisation va-t-elle nous tuer?, JC Lattès, 2008, p.48
  5. Ludwig von Mises, L'Action Humaine, 1949, 6e partie, chap. XXXIII, [lire en ligne]
  6. Pascal Salin, Libéralisme, Odile Jacob, 2000, p.383

Annexes

Bibliographie

  • 1992, Kunal Sen et Rajendra Vaidya, Move towards a Market Economy: Modern Austrian and Post-Keynesian Perspectives, Economic and Political Weekly, Vol 27, n°30, Jul. 25, pp73-80
  • 1999, Sandye Gloria, Discovery versus creation: implication in the Austrian view of the market process, in Vromen, J., Groenenwegen, J. eds. The Institutions of Capitalism. Edward Elgar;
    • Repris en 2002, In: Geoffrey Hodgson, Dir., A Modern Reader in Institutional and Evolutionary Economics: Key Concept, Aldershot and Lyme, NH: Edward Elgar
  • 2003, Naomi Lamoreaux, D. M. Raff et P. Temin, Beyond Markets and Hierachies: Toward a New Synthesis of American Business History. American Historical Review 108. 2:404-433.
    • Ces auteurs critiquent Hayek et l'émergence spontané de celui-ci. Ils argumentent qu'il y a eu dans l'histoire des périodes où des gouvernants ou des rois ont initié des marchés, où acheteurs et vendeurs et des organisations ont créé le marché en inventant de nouvelles institutions pour le faire fonctionner. Ils citent comme exemple le marché des citrons de Chicago. Cette critique a été effacée par Judit Kapas, entre autres auteurs, qui expliquent la différence entre le Marché et les marchés (formes organisationnelles). Le Marché est une émergence spontanée, les autres sont des formes organisées de marchés.

Articles connexes

Liens externes

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