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Égoïsme

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Ce qu'on appelle égoïsme recouvre pour les libéraux au moins deux sens distincts :

  1. l'ensemble des tendances ou instincts qui poussent l'individu dans le sens de sa conservation et de son développement ;
  2. l'attitude de celui qui ne se préoccupe que de son intérêt ou de son plaisir propre au détriment de celui d'autrui.

Si l'égoïsme au sens 1 est légitime et conforme à la nature de l'homme (dans la mesure où il respecte les droits d'autrui), l'égoïsme au sens 2 peut être illégitime quand il lèse autrui dans son droit naturel, au travers le plus souvent des faux droits octroyés par l'État. Dans cette dernière acception, le collectivisme est souvent le paravent de l'égoïsme - d'autant plus immoral qu'il se réclame de l'altruisme pour justifier les privilèges accordés à quelques-uns, et qu'il ne cherche qu'à collectiviser les risques et coûts liés à ses actes de prédation.

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L'égoïsme dans les théories libérales

Alexis de Tocqueville oppose égoïsme et individualisme :

«  L'individualisme est une expression récente qu'une idée nouvelle a fait naître. Nos pères ne connaissaient que l'égoïsme. L'égoïsme est un amour passionné et exagéré de soi-même, qui porte l'homme à ne rien rapporter qu'à lui seul et à se préférer à tout. L'individualisme est un sentiment réfléchi et paisible qui dispose chaque citoyen à s'isoler de la masse de ses semblables et à se retirer à l'écart avec sa famille et ses amis ; de telle sorte que, après s'être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même. »
    — Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique

Max Stirner emploie le terme d'égoïsme dans deux sens différents :

  • l'égoïsme involontaire, le plus souvent inconscient : chacun n’agit que pour l’amour de soi, même dans le sacrifice (par exemple travailler au "salut de son âme") ;
  • l’égoïsme supérieur, règle d'action, manifestation de l'autonomie du moi, créateur de lui-même.

Max Stirner fait de l'égoïsme le centre de sa pensée et la source de toute légitimité :

«  L'Homme passe pour l'universel ; mais s'il est quelque chose de réellement universel, c'est le Moi et son égoïsme, car chacun est un égoïste et fait de soi le centre de tout. »

«  Être un homme ne signifie pas représenter l'idéal de l'Homme, mais être soi, l'individu. Qu'ai-je à faire de réaliser l'humain en général ? Ma tâche est de me contenter, de me suffire à moi-même. C'est Moi qui suis mon espèce ; je suis sans règle, sans loi, sans modèle, etc. Il se peut que je ne puisse faire de moi que fort peu de chose, mais ce peu est tout, ce peu vaut mieux que ce que pourrait faire de moi une force étrangère, le dressage de la Morale, de la Religion, de la Loi, de l'État, etc. »

Pour Ayn Rand, qui a écrit La Vertu d'égoïsme, l’égoïsme ne devrait pas être découragé, mais plutôt célébré en tant que seul comportement rationnel et conforme à la nature humaine. Elle emploie le terme « égoïsme » dans le sens d'« ambition morale » :

«  L'expression « ambition morale » est la meilleure façon de désigner la vertu de fierté [...]. L'on doit mériter de se considérer soi-même comme notre plus grande valeur en réalisant notre propre perfection morale. »
    — Ayn Rand, La Vertu d'égoïsme

Selon Ayn Rand, l'égoïsme objectiviste ne doit pas être confondu avec l'égoïsme subjectiviste, partisan de l'intérêt personnel à court terme, irrationnel, irresponsable et hédoniste. L'égoïste rationnel refuse à la fois d'être un « animal sacrificiel » et de voir autrui comme un moyen en vue d'une fin :

«  L'égoïste dans le sens absolu n'est pas l'homme qui en sacrifie d’autres. C’est l'homme qui a dépassé la nécessité de mettre les autres à son service de quelque manière que ce soit. Il ne fonctionne pas à travers eux, car ils ne constituent pas la source principale de ses préoccupations, ni dans sa finalité propre, ni dans ses motivations, ni dans sa pensée, ni dans ses désirs, ni dans la source de son énergie. Il n'existe pas pour un autre — et il ne demande à personne d'exister pour lui. C'est la seule forme de fraternité et de respect mutuel possible entre les hommes.[1] »
    — Ayn Rand, La Source Vive

Pour les libéraux, il n'y a pas d'incompatibilité, dans une société libérale, reposant sur la division du travail et la liberté individuelle, entre l'intérêt général et l'intérêt personnel :

«  Dans l'ordre naturel des sociétés, le chacun pour tous naissant du chacun pour soi, est beaucoup plus complet, beaucoup plus absolu, beaucoup plus intime qu'il ne le serait au point de vue communiste ou socialiste. Non seulement nous travaillons pour tous, mais nous ne pouvons réaliser un progrès, de quelque nature qu'il soit, que nous n'en fassions profiter la communauté tout entière. »
    — Frédéric Bastiat, Harmonies économiques

C'est aussi ce que démontrent le marché et l'échange volontaire, apparemment « égoïstes » aux yeux de l'observateur superficiel, qui ne voit pas (ou refuse de voir) les interdépendances sociales qui se créent ainsi :

«  Ni l’amour, ni la charité, ni aucun autre sentiment de sympathie, mais l’égoïsme bien compris est ce qui à l’origine poussa l’homme à s’adapter aux exigences de la société, à respecter les droits et libertés de ses semblables et à remplacer la haine et le conflit par la collaboration pacifique. »
    — Ludwig von Mises, L'Action humaine

«  Une erreur commune consiste à identifier les buts de chacun exclusivement avec son « intérêt personnel », qui est alors confondu à son tour avec « l'égoïsme ». Les buts des gens sur les marchés sont en effet des buts d'« égos », mais en tant qu'« égos » avec des buts nous sommes également préoccupés par les intérêts et le bien-être des autres (les membres de notre famille, nos amis, nos voisins, et même de parfaits inconnus que nous ne rencontrerons jamais). En effet, les marchés aident à conditionner les gens à considérer les besoins des autres, y compris de parfaits inconnus. »
    — Tom G. Palmer, Adam Smith et le mythe de la cupidité

Pour les défenseurs de l'égoïsme, les comportements des individus égoïstes produisent des résultats sociaux bénéfiques à la condition éthique d'adopter des bons comportements[2].

Inadéquation du concept d'égoïsme

Certains moralistes ne manquent jamais de fustiger l'égoïsme des individus comme la cause de tous les problèmes de la société. Pour les libéraux, l'égoïsme n'est jamais un problème, tant qu'il ne contrevient pas au principe de non-agression.

En outre, la subjectivité de la valeur fait qu'il est absurde de juger comme « égoïste » le comportement d'un individu, et comme « altruiste » le comportement d'un autre individu. Les jugements qui déclarent égoïste l'avare et altruiste le philanthrope ne sont que des jugements de valeur péremptoires simplistes et totalement subjectifs. L'altruisme peut être égoïste, car un comportement altruiste satisfait l'ego d'une personne portée sur la générosité. Chaque individu agit dans ce qu'il estime être son intérêt, et opte pour les choix qui le satisfont le plus (voir aussi axiome de l'action rationnelle), même si ces choix peuvent sembler absurdes aux yeux de certains (prodigalité, masochisme, etc.) ; aussi, quelle que soit son action, on peut la taxer d'égoïste, ce qui vide de tout contenu le concept d'égoïsme :

Pour employer le langage moral, il se peut qu'aimer le prochain, vivre pour d'autres et autre chose devienne une mesure de protection capable de sauvegarder l'égoïsme le plus dur. C'est là le seul cas où j'épouse, contre ma règle et ma conviction, le parti des instincts « désintéressés » : car ils travaillent alors au service de l'égoïsme, de la discipline du moi. (Friedrich Nietzsche, Ecce homo)

On voit donc que l'utilisation de la notion d'égoïsme dans son sens courant ne peut être qu'idéologique : elle vise à culpabiliser les comportements individualistes non agressifs qui ne correspondent pas à une doxa collectiviste ; tout comme la « solidarité » collectiviste, l'altruisme n'est conçu que comme sacrificiel et coercitif. L'accusation d'égoïsme est alors un préliminaire à la spoliation et au vol légal, justifiés par des motifs apparemment éthiques.

Si l'on tient vraiment à donner un contenu objectif à la notion d'égoïsme, la seule possibilité consiste à considérer comme réellement égoïste toute action qui contrevient au principe de non-agression ; cet « égoïsme négatif » serait l'opposé de l'« égoïsme positif » rationnel randien :

L'égoïste n'est pas celui qui vit comme il lui plait, c'est celui qui demande aux autres de faire ce qu'il lui plait. L'altruiste est celui qui laisse les autres vivre leur vie, sans intervenir. (Oscar Wilde)

Citations

  • «  Il est beaucoup plus facile de faire son devoir envers les autres qu'envers soi-même. Dans le premier cas, vous passez pour un homme de bien, dans le second pour un égoïste ! »
        — Thomas Szasz

  • «  Comme on ne peut convaincre, comme on ne peut diriger, sans un substratum moral minimum, les intellectuels de gauche et les hommes de pouvoir, qui ont les uns et les autres une mentalité de prédateurs, se sont accaparés la morale comme ils accaparent tout le reste. Leur méthode est simple : il leur suffit de faire passer pour égoïste tout individu qui ose penser tout seul, pour exploiteur tout individu qui ose entreprendre, et pour ennemi du peuple tout individu qui met ses intérêts avant ceux de l'État. Ils prétendent qu'eux seuls possèdent les vertus d'altruisme et de solidarité. »
        — Jacques de Guenin[3]

  • «  De l'extrême gauche à une grande partie de la droite, les Français se disent "sociaux", et anti-libéraux. Ils veulent dire par là qu'ils s'intéressent au sort des plus défavorisés, alors que nous, les libéraux, qui défendons l'individu et l'économie de marché - rebaptisée loi de la jungle pour la circonstance - sommes des égoïstes, avides de profit. Or il se trouve que c'est exactement le contraire : c'est nous les généreux, et eux les prédateurs ! »
        — Jacques de Guenin[3]

  • «  Le phénomène le plus effarant dans le socialisme est que ceux qui assurent leur subsistance et celle de leur famille sont considérés comme égoïstes. En réalité, celui qui assure par ses propres moyens sa subsistance et qui ne tombe pas à la charge de personne se comporte de manière réellement solidaire et sociale. »
        — Christoph Blocher

  • «  On dit de Dieu : « Les noms ne le nomment pas. » Cela est également juste de Moi : aucun concept ne m'exprime, rien de ce qu'on donne comme mon essence ne m'épuise, ce ne sont que des noms. On dit encore de Dieu qu'il est parfait et n'a nulle vocation de tendre vers une perfection. Et Moi ? Je suis le propriétaire de ma puissance, et je le suis quand je me sais Unique. Dans l'Unique, le possesseur retourne au Rien créateur dont il est sorti. Tout Être supérieur à Moi, que ce soit Dieu ou que ce soit l'Homme, faiblit devant le sentiment de mon unicité et pâlit au soleil de cette conscience. Si je base ma cause sur Moi, l'Unique, elle repose sur son créateur éphémère et périssable qui se dévore lui-même, et je puis dire : Je n’ai basé ma cause sur Rien. »
        — Max Stirner, L'Unique et sa propriété[4]

  • «  A cause du bien-être des autres, quelque grand qu'il puisse être, le propre bien-être de soi-même ne doit pas être négligé. »
        — Dhammapada, 166

  • «  Égoïste : personne de mauvais goût, qui s'intéresse davantage à elle-même qu'à moi. »
        — Ambrose Bierce (humour), Le dictionnaire du diable

  • «   L’égoïsme, chez la bête comme chez l’homme, est enraciné bien fortement dans le centre même de l’être, dans son essence : disons mieux, il est cet être même. »
        — Arthur Schopenhauer, Sur le fondement de la morale

  • «  La haine de l'égoïsme, que ce soit celui qui vous est propre (chez le chrétien) ou celui des autres (chez le socialiste) apparaît comme une évaluation où prédomine la vengeance ; et d'autre part, comme une ruse de l'esprit de conservation chez ceux qui souffrent par l'augmentation de leurs sentiments de mutualité et de réciprocité... »
        — Friedrich Nietzsche, Volonté de Puissance, II, 227

  • «  La décadence, c'est quand on commence à faire des choix qui ne sont pas favorables à soi-même. »
        — Friedrich Nietzsche

  • «  Jamais un homme n’a agi exclusivement pour autrui et sans motif personnel ; comment pourrait-il même faire quelque chose qui n’aurait aucun rapport à lui, sans obéir par conséquent à une impulsion intérieure (qui supposerait un besoin personnel) ; comment l’ego pourrait-il agir sans ego ? »
        — Friedrich Nietzsche, Humain, trop humain, II, 137

  • «  L'égoïsme ne consiste pas à vivre comme on en a envie, mais à demander aux autres de vivre comme on a soi-même envie de vivre. »
        — Oscar Wilde

  • «  L'égoïsme bien compris de chacun le porte à coopérer avec autrui, ce qui rend inutile et incertaine (si ce n'est nuisible au plus haut point) toute théorie collectiviste. »
        — Thierry Falissard, Faut-il avoir peur de la liberté ?

  • «  Pour moi, j'aime mieux avoir recours à l'égoïsme des hommes qu'à leurs « services d'amour », à leur miséricorde, à leur charité, etc. L'égoïsme exige la réciprocité (donnant, donnant), il ne fait rien pour rien, et s'il offre ses services, c'est pour qu'on les achète. Mais le « service d'amour », comment me le procurer ? »
        — Max Stirner

  • «  L’État est le plus beau type de l’égoïsme individuel, et ce serait un leurre de croire, en nos temps où le gouvernement se proclame émané du peuple, que les deux volontés populaire et gouvernementale soient coïncidantes. Il est manifeste que l’État a une volonté distincte, absolument propre et d’autant plus puissante qu’elle est plus individuelle ; car si elle n’était que la moyenne des volontés individuelles, elle serait quelque chose d’indéterminé, d’essentiellement fluctuant, indécis, et qui aboutirait à l’immobilité. Il a une volonté d’individu, parce que, derrière le concept État, il y a effectivement des oligarques en nombre déterminé qui lui donnent sa vie réelle. »
        — Henri Lasvignes, Max Stirner

  • «  La confusion de l'individualisme avec l'égoïsme permet de condamner au nom des sentiments humanistes et d'invoquer ces mêmes sentiments pour défendre le collectivisme. »
        — Karl Popper

  • «  Tout homme est un égoïste ; quiconque cesse de l'être est une chose. Celui qui prétend qu'il ne faut pas l'être est un filou. L'abnégation, c'est l'esclavage, l'avilissement, l'abjection ; c'est le roi, c'est le gouvernement, c'est la tyrannie, c'est la lutte, c'est la guerre civile. L'individualisme, au contraire, c'est l'affranchissement, la grandeur, la noblesse ; c'est l'homme, c'est le peuple, c'est la liberté, c'est la fraternité, c'est l'ordre. »
        — Anselme Bellegarrigue

  • «  L’ego est un phénomène préjudiciable dans la perspective où il se clôt sur lui-même ; dans le cas nocif où l’individu s’attache par trop aux choses terrestres au point d’oublier qu’il est l’heureux possesseur d’une conscience l’incitant à voir les choses « d’en-haut » ; lorsque l’homme devient prisonnier de ses projections, qu’il est hypnotisé par ses chimères et s’apprête, par manque de discernement, à passer sa vie à côté de la plaque. Mais l’ego devient avantageux, utile, constructif, positif, si on l’emploie pour aller au-delà de sa petite condition. Pour se transcender sont nécessaires une individualité constituée et la formation d’un être sachant ce qu’il fait et où il va. Se dompter, soigner ses maux, résister aux propagandes diverses, s’extraire de la masse amorphe sont des aspirations qui requièrent de solides fondations. »
        — Paul-Éric Blanrue, Sécession - L'art de désobéir, 2018

  • «  Qu’un homme d’État ne se soucie pas plus de nous que nous ne nous soucions de lui, c’est compréhensible. Le scandale n’est pas là. Ce qui est scandaleux, ce qui est intolérable, c’est que notre égoïsme soit moins légitime que le sien. »
        — Henri Roorda, Proclamation aux électeurs intelligents, 1917

Informations complémentaires

Notes et références

  1. The egoist in the absolute sense is not the man who sacrifices others. He is the man who stands above the need of using others in any manner. He does not function through them. He is not concerned with them in any primary matter. Not in his aim, not in his motive, not in his thinking, not in his desires, not in the source of his energy. He does not exist for any other man — and he asks no other man to exist for him. This is the only form of brotherhood and mutual respect possible between men.
  2. Joe Cobb, 1995, "The Economics of Good Intentions", The Freeman, August, Vol 45, n°8, pp484-485
  3. 3,0 et 3,1 Oui, le libéralisme est social, Jacques de Guenin sur Catallaxia
  4. Max Stirner, L'Unique et sa propriété, Seconde partie, III, [lire en ligne]

Publications

  • 1993, Milton L. Myers, "The Soul of Modern Economic Man: Ideas of Self-Interest from Thomas Hobbes to Adam Smith", Chicago, IL: University of Chicago Press
  • 2002, Craig Biddle, "Loving Life: The Morality of Self-Interest and the Facts that Support It", Glen Allen.
  • 2004, Norman Frohlich, Joe Oppenheimer, “Self-Interest", In: Charles K. Rowley, Friedrich Schneider, dir., "The Encyclopedia of Public Choice", vol 2, New York: Kluwer Academic Publishers, p517
  • 2007,
    • Oliver James, "The Selfish Capitalist: The Origins of Affluenza", London: Vermilion
    • Pierre Force, "Self-Interest Before Adam Smith: A Genealogy of Economic Science", Cambridge, MA: Cambridge University Press

Voir aussi

Liens externes

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