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Métaphysique

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La métaphysique (Μετὰ τὰ φυσιϰά, Meta ta physika, signife après la Physique), désigne le titre d'un ensemble de quatorze livres écrits par Aristote dont sa publication est posthume. La métaphysique désigne la science de l’être en tant qu’être, ses formes et attributs essentiels. Aristote n'a jamais utilisé le terme « métaphysique » mais plutôt l'expression « philosophie première », science des causes premières.

Problématique de la connaissance métaphysique

Le questionnement métaphysique part du postulat que le réel ne se limite pas à ce que nous percevons d'une manière brute. Un des premiers soucis du métaphysicien est donc d'introduire des arguments ou aider à mettre en lumière la substance fondamentale de toute réalité. La métaphysique peut alors être précisée comme une démarche de recherche sur les conditions du réel : ses possibles et limites, ses principes, son unité et multiples. La métaphysique pose les questions, tentant d'y répondre, de ce qui présuppose l'activité scientifique. Elle est aussi une quête de sens et significations sur la réalité. Il s'avère que notre compréhension de la réalité passe un moment ou un autre par une quête métaphysique.

Ce qui relève de la métaphysique se caractérise par le fait que ne sont utilisées ni la méthode expérimentale (on ne propose pas d'expérience reproductible) ni une méthode purement logico-déductive ou axiomatique (celle de la logique et des mathématiques). Le métaphysicien s'appuie uniquement sur la logique de sa pensée ou sur une intuition personnelle non forcément transmissible qu'il cherche à expliciter. Les concepts mis en œuvre ne sont pas toujours définis clairement ni de façon univoque, et sont souvent pris pour des réalités en soi (ce que Kant appelle "illusion transcendantale").

La métaphysique a longtemps été étroitement mêlée tant à la science qu'à l'éthique ou à la religion (théologie). Kant signe la fin de la métaphysique dogmatique (héritée de la Scolastique) avec sa Critique de la raison pure et ses Prolégomènes à toute métaphysique future où il pose la question de la possibilité même de la métaphysique (si elle veut prétendre accéder au statut de science, ce qu'elle n'a jamais encore été selon Kant), ce qui implique pour lui un examen des limites de la Raison (tel qu'il a tenté de le faire avec sa Critique). Les questions métaphysiques restant problématiques et ne pouvant avoir un traitement scientifique, la métaphysique cesse avec Kant d'être cognitive pour devenir normative : elle ne peut que proposer des postulats (des "croyances rationnelles") pour orienter l'action de l'homme dans un sens éthique.

Un grand nombre de questions philosophiques sont de nature métaphysique : la question du libre arbitre, le problème corps-esprit, la nature du temps ou de la conscience, etc.

Par extension, on qualifie parfois de "métaphysique" tout concept dont le fondement semble douteux ou non prouvé (par exemple le contrat social, le matérialisme historique, etc.).

La métaphysique et les autres savoirs

Les questions d'ordre métaphysique peuvent être présentes dans d'autres branches du savoir :

  • ontologie : étude de l'être en tant qu'être, branche centrale de la métaphysique ; elle devient ontothéologie quand elle prétend traiter également de l'Absolu ;
  • religion : en tant que reposant sur des dogmes ou des concepts de type métaphysique, théologiques ou non (la philosophie ancienne, jusqu'à la Scolastique y comprise, mêlait étroitement religion et métaphysique) ;
  • la science, même si la métaphysique est discréditée par le positivisme scientiste, la métaphysique élabore aussi une théorie relative à la réalité, non pas sur un tel ou tel autre détail de la réalité, mais d'une façon globale. Les contemporains estiment que la « science physique » a toujours le dernier mot, la métaphysique nous enseigne que la physique peut être dépassée. Le dépassement du monde sensible est une des caractéristiques propres de la métaphysique.
  • éthique : repose souvent sur des concepts ou critères métaphysiques dès lors qu'elle sort d'un cadre strictement normatif (voir par exemple la notion de "dignité humaine", de "caractère sacré de la personne", etc.) ;
  • épistémologie : peut pencher vers la métaphysique (ou la combattre) si on la considère davantage comme théorie de la connaissance (Kant) que comme philosophie des sciences ; certains sujets comme le problème de l'induction (Hume) ou la distinction phénomène / chose en soi (Kant) sont considérés comme métaphysiques ;

Voir aussi les articles suivants :

Métaphysique et libéralisme

Le libéralisme constitue clairement, et sciemment, une philosophie incomplète et une éthique incomplète. Il n'a pas de métaphysique ni de "conception du monde" clé en mains à proposer, mais il peut en être le résultat, car la plupart des "conceptions du monde" ont un point de vue sur ce que devraient être la société humaine et les relations interpersonnelles, et donc sur la façon dont les rapports sociaux devraient s'organiser.

Ainsi, la plupart des considérations religieuses ou métaphysiques peuvent motiver une philosophie politique libérale, mais elles ne constituent pas pour autant un argument opposable dans un discours rationnel, car elles se placent précisément en-dehors, ou au-delà, de la rationalité : les désaccords dogmatiques mettent toujours fin au débat.

Les divergences entre les différentes conceptions libérales du droit découlent souvent de positions métaphysiques. En effet, il y a un lien étroit entre droit, éthique et métaphysique. Comme il n'y a pas de consensus au niveau de la métaphysique, il ne peut y avoir de consensus au niveau du droit, si ce n'est sur un "plus petit dénominateur commun" qui est, pour les libertariens, la non-agression entre sujets de droit.

Citations

  • La source de la métaphysique doit absolument ne pas être empirique ; ses principes et concepts fondamentaux doivent n’être puisés ni dans l’expérience interne, ni dans l’expérience externe. (Kant, Prolégomènes à toute métaphysique future)
  • C'est une mer sans rivage, sur laquelle le progrès ne laisse aucune trace, et dont l'horizon ne renferme aucun but visible en fonction duquel on pourrait percevoir combien l'on s'en est approché. (Kant, Les progrès de la métaphysique, posthume, 1793-1795)
  • Le devoir de la métaphysique n’est point de passer par-dessus l’expérience, en laquelle seule consiste le monde, mais au contraire d’arriver à comprendre à fond l’expérience, attendu que l’expérience, externe et interne, est sans contredit la source principale de la connaissance ; si donc il est possible de résoudre le problème du monde, c’est à la condition de combiner convenablement et dans la mesure voulue l’expérience externe avec l’expérience interne, et par le fait d’unir ensemble ces deux sources de connaissance si différentes l’une de l’autre. (Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation, Critique de la philosophie kantienne)
  • ... ce besoin métaphysique de l’homme qui, tout-puissant et indélébile, vient aussitôt après le besoin physique. Sans doute un satiriste pourrait ajouter que ce besoin-là est bien modeste, et qu’il se contente à peu de frais. La plupart du temps, il se laisse amuser par des fables ridicules et des contes de mauvais goût ; pour peu qu’on les ait inculqués de bonne heure à l’homme, ce lui sont des explications suffisantes de son existence, et des soutiens pour sa moralité. (Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation, Sur le besoin métaphysique de l'humanité)
  • La métaphysique ne fait pas partie de l'édifice de la connaissance, mais elle constitue l'échafaudage indispensable pour poursuivre la construction. (Schrödinger, Ma conception du monde)
  • La question fondamentale de la métaphysique est : pourquoi, somme toute, y a-t-il de l'étant plutôt que rien ? (Heidegger, Qu'est-ce que la métaphysique ?)
  • La métaphysique est la plus ennuyeuse des sciences inexactes. (Ernest Renan)
  • Quand un homme parle à un autre homme, qui ne comprend pas, et que celui qui parle ne comprend pas non plus, ils font de la métaphysique. (Voltaire)
  • Étant donné que toute métaphysique s'est principalement occupée de substances et de la liberté de la volonté, on peut la désigner comme la science qui traite des erreurs fondamentales de l'homme, mais comme si c'étaient des vérités fondamentales. (Friedrich Nietzsche, Humain, trop humain)
  • Puisque la métaphysique ne veut pas de propositions analytiques [vraies d'emblée de par leur seule forme, comme en logique ou en mathématiques], pas de science expérimentale, elle se trouve confinée dans l'emploi de mots sans critère, partant sans signification, ou dans les alignements de mots possédant peut-être du sens, mais tels qu'ils ne forment ni un énoncé analytique (ou contradictoire) ni un énoncé expérimental. Quoi qu'elle fasse, elle ne peut aboutir qu'à des pseudo-propositions. (Carnap, La Science et la métaphysique, VI, 1934)
  • Nous nous débarrasserons en dernier de notre plus ancien substrat métaphysique − à supposer que nous puissions nous en débarrasser un jour −, de ce substrat qui s'est incarné dans la langue et les catégories grammaticales, et s'est rendu à tel point indispensable qu'il semblerait que nous perdrions la capacité de penser si nous renoncions à cette métaphysique. (Friedrich Nietzsche, Fragments posthumes)
  • Que pensez-vous des doctrines métaphysiques en général ? Je les regarde comme des poèmes et je les aime pour leur beauté. Qu'est-ce qui constitue la beauté des poèmes métaphysiques ? Une métaphysique est belle à deux conditions : 1° Elle doit être considérée comme une explication possible et hypothétique, non comme un système de certitudes et elle ne doit pas nier les poèmes voisins ; 2° Elle doit expliquer toute chose par une harmonieuse réduction à l'unité. (Han Ryner, Petit manuel individualiste, 1903)
  • La philosophie comme métaphysique, c'est-à-dire comme tentative de trouver la vérité au sujet du tout de la réalité, ne peut pas être de la même nature qu'une science. Elle est de la nature d'un essai, non d'une possession : il y a plusieurs métaphysiques possibles, parce qu'on ne peut trancher quant à ce qui est la vérité au sujet de la façon de concevoir la totalité du réel. La métaphysique n'est donc pas affaire de démonstration, mais de méditation. (Marcel Conche)
  • En métaphysique, il n'y a ni preuves intellectuelles, ni connaissance, mais seulement des arguments. (Marcel Conche)
  • S’il existe un moyen de posséder une réalité absolument au lieu de la connaître relativement, de se placer en elle au lieu d’adopter des points de vue sur elle, d’en avoir l’intuition au lieu d’en faire l’analyse, enfin de la saisir en dehors de toute expression, traduction ou représentation symbolique, la métaphysique est cela même. La métaphysique est donc la science qui prétend se passer de symboles. (Henri Bergson, Introduction à la métaphysique)
  • Si l’on entend par métaphysique le droit et le pouvoir qu’a l’homme de s’élever au-dessus des faits, d’en voir les lois, la raison, l’harmonie, la poésie, la beauté (toutes choses essentiellement métaphysiques en un sens) ; si l’on veut dire que nulle limite ne peut être tracée à l’esprit humain, qu’il ira toujours montant l’échelle infinie de la spéculation (...) ; si la science qu’on oppose à la métaphysique est ce vulgaire empirisme satisfait de sa médiocrité, qui est la négation de toute philosophie, oui, je l’avoue, il y a une métaphysique : rien n’est au-dessus de l’homme, et le vieil adage quae supra nos, quid ad nos ? est un non-sens. Mais si l’on veut dire qu’il existe une science première, contenant les principes de toutes les autres, une science qui peut à elle seule, et par des combinaisons abstraites, nous mener à la vérité sur Dieu, le monde, l’homme, je ne vois pas la nécessité d’une telle catégorie du savoir humain. (Ernest Renan, De la Métaphysique et son avenir)
  • La métaphysique a cela d’admirable qu’elle ôte au monde tout ce qu’il a et qu’elle lui donne ce qu’il n’avait pas, travail merveilleux sans doute, et jeu plus beau, plus illustre incomparablement que les dames et que les échecs, mais, à tout prendre, de même nature. Le monde pensé se réduit à des lignes géométriques dont l’arrangement amuse. Un système comme celui de Kant ou de Hegel ne diffère pas essentiellement de ces réussites par lesquelles les femmes trompent, avec des cartes, l’ennui de vivre. (Anatole France, Le Jardin d’Épicure, 1921)
  • Si nous nommons le sensible, selon la tradition, le « physique », alors la raison, le supra-sensible, se montre comme ce qui va au-dessus et au delà du physique. « Au-dessus et au delà » se dit en grec μετὰ. Mετὰ τὰ φυσικὰ -au-dessus et au delà du physique, du sensible; le supra-sensible, dans son « au delà et au-dessus » du physique, est le métaphysique. L'homme, en tant qu'il est représenté comme l'animal rationale, est le physique dans le dépassement du physique. Bref, dans l'essence de l'homme comme animal rationale se ramasse l'au-delà du physique vers le nonphysique et le supra-physique : L'homme est ainsi le Méta-physique même. (Martin Heidegger, Qu'appelle-t-on penser ?, 1954)

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