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Mutualisme

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Le mouvement mutualiste est un mouvement assez hétéroclite mais dont un courant (Kevin A. Carson, Gary W. Chartier) est inspiré par les individualistes anarchistes du XIXe siècle[1] et notamment des penseurs associés au journal Liberty. Ce courant cherche à combiner une théorie politique basée sur une souveraineté individuelle et la propriété sur soi-même avec une théorie économique fondée sur la théorie objective de la valeur travail. Comme les marxistes, ils ont tendance à condamner le système des salaires jugé oppressif, et ils interprètent les profits, les loyers et les taux d'intérêt comme des formes d'exploitation. Ils jugent la séparation des travailleurs de la propriété des moyens de production comme injuste. À la différence des marxistes, cependant, ils considèrent cette exploitation comme le résultat de l'intervention des pouvoirs publics et non pas le produit du marché libre. Ils recommandent donc de supprimer l'État.

Tout en préconisant la concurrence et (une forme de) propriété privée, ces penseurs se dénomment souvent "socialistes", c'est-à-dire adversaires du capitalisme parce que le "capitalisme" signifie pour eux l'intervention de l'État sur le marché (en particulier, l'interdiction d'émettre de la monnaie privée, l'exécution des titres de propriété ne reposant pas sur l'occupation personnelle, le protectionnisme, la propriété intellectuelle[2], les subventions...). Une autre origine du mutualisme est liée au christianisme social : un des pionniers du mutualisme en Europe est le Prussien Frédéric-Guillaume Raiffeisen (1818-1888), qui se réclamait du protestantisme social, et crée autour de 1850 les premières caisses de prêts et d'épargne sous forme coopérative.

Point de vue libéral

Le mutualisme est du ressort de la liberté d'association et a donc toute sa place dans une société libérale. Il se traduit en pratique par la création de "sociétés mutuelles" qui sont des entités de droit privé à but non lucratif, qui ont des points communs avec les coopératives[3] et les associations (les clients sont en fait des associés) et se différencient des services publics et des sociétés commerciales (la société mutuelle n'apporte de service, d'assistance ou de secours qu'à ses propres membres et cela dans la limite de leur participation).

On peut présenter le mutualisme comme la seule forme de socialisme qui fonctionne, la raison étant qu'il repose uniquement sur le consentement des membres de la société mutuelle, contrairement aux autres formes de socialisme, qui reposent sur la coercition et la violence.

Le risque est que cette organisation libre selon le principe d'association volontaire soit dévoyée par l'étatisme et transformée peu ou prou en service public coercitif (c'est le cas en France avec les mutuelles santé à cotisation forcée dans le cadre de la Sécurité sociale, ainsi qu'avec les mutuelles d'entreprise à adhésion obligatoire).

Du point de vue strictement économique et capitalistique, la structure coopérative ou mutualiste semble moins efficace que l'entreprise par actions : pas de recherche claire de la rentabilité ou du profit faute de motivation des sociétaires, dilution de la responsabilité, système de décision "démocratique" aboutissant à des décisions incohérentes, ou au contraire accaparement du pouvoir par une technostructure et une administration centrale, etc. Le système « un homme, une voix » ne permet pas d'attirer les capitaux, ce qui entraîne souvent une sous-capitalisation menant à de fréquentes difficultés financières, d'où la récupération progressive du système par l'État, alors que le but originel était d'échapper tant au capitalisme qu'à l'étatisme. Le mutualisme s'est développé principalement dans le secteur de l'assurance (sociétés de secours mutuels, devenues mutuelles de santé), de la banque et du crédit (coopératives de crédit ou banques mutualistes, crédit mutuel). Son poids économique reste mineur.

Voir aussi

Notes et références

  1. Benjamin Tucker, Lysander Spooner
  2. Intellectual property : A libertarian Critique par Kevin A. Carson
  3. Dans une société coopérative, le capital est détenu par les "sociétaires" : salariés ou clients, qui élisent le dirigeant, selon le principe « un homme, une voix » et non « une action, une voix » ; dans une mutuelle, ce sont les adhérents (usagers) qui ont ce rôle.

Bibliographie

Citations

  • Seule la mutualité, qui tient à la fois de l’intelligence et de la conscience ; le pacte synallagmatique, si longtemps méconnu, mais qui rallie secrètement tous les travailleurs, oblige l’homme en même temps qu’elle féconde son œuvre ; seule la mutualité est inoffensive et invincible : car la mutualité, dans les sociétés humaines et dans l’univers, est tout à la fois le droit et la force. (...) Pour qu’il y ait mutualité parfaite, il faut donc que chaque producteur, en prenant certain engagement vis-à-vis des autres, qui de leur côté s’engagent de la même manière vis-à-vis de lui, conserve sa pleine et entière indépendance d’action, toute sa liberté d’allure, toute sa personnalité d’opération : la mutualité, d’après son étymologie, consistant plutôt dans l’échange des bons offices et des produits que dans le groupement des forces et la communauté des travaux. (Proudhon)

Liens externes



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