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Protestantisme

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Le protestantisme est un mouvement chrétien de rupture et réforme qui prend naissance en Europe durant la période de la Renaissance au XVIe siècle. En rupture avec le catholicisme romain, le moine Augustin Martin Luther puis Jean Calvin mais aussi Ulrich Zwingli, forment une voix discordante et fondent les principes de la Réforme protestante.

Le mouvement de réforme

Les cinq solas

Selon la tradition, le 31 octobre 1517 Martin Luther a affiché sur la porte de son église, à Wittenberg (Allemagne), 95 thèses contre le commerce et trafic des indulgences (pénitences) organisé par l'Église. Luther affirme alors que le gain et la cupidité ne doivent en aucun cas remplacer la grâce de Dieu, seul ce dernier peut accorder le salut.

La foi protestante repose sur 5 bases ou socles :

  • sola fide : par la foi seule. Ce premier socle signifie que les protestants réaffirment le principe biblique selon lequel les justes vivent par la foi. Le salut s’obtient par la foi, l'engagement et l'humilité, ce sont là les dons de la volonté divine.
  • sola gratia : par la grâce seule. Ce deuxième socle signifie que ce n’est que par la grâce de Dieu que nous justifions nos preuves ou mérites. C'est par la seule grâce que nous apprenons la gratitude et à être reconnaissants en relation à autrui mais surtout envers les œuvres de Dieu.
  • sola scriptura : par l’Ecriture seule. Ce troisième socle signifie que l'Ecriture sainte seule (la Bible) est l'unique et ultime autorité. Selon ce principe seule la Parole de Dieu est au-dessus de toute norme humaine. La Parole de Dieu ne peut être confisquée ou détournée par les croyants selon leur arbitraire. Ce principe est aussi indispensable pour comprendre le sens du texte biblique.
  • solo Christo : par le Christ seul. Ce quatrième socle signifie que c’est le Christ seul qui sauve. Il est notamment énoncé par le réformateur protestant suisse Ulrich Zwingli (1484-1531).
  • soli Deo gloria : pour la gloire de Dieu seul. Ce cinquième socle constitue la devise de jean Calvin, il signifie que seul Dieu donne un sens à notre vie, c'est à lui qui revient toute gloire.

La théorie du pouvoir

Dans le protestantisme, il y a affirmation d'une dualité entre l'ordre politique et l'ordre spirituel, bien que l'un soit soumis à l'autre, selon la formule de Saint Paul : « il n'est de pouvoir que de Dieu, et ceux qui existent sont institués par Dieu ».

Pour Luther, le rôle du pouvoir civil est uniquement le maintien de l'ordre. L'ordre politique est une expression de l'ordre divin en ce monde, ce qui condamne toute révolte contre lui. Luther donne une prééminence à l'autorité temporelle dans le domaine qui lui est propre (celui de l'ordre social), ce qui est un moyen pour lui de contester l'autorité de l'Église dans sa volonté de placer le pouvoir spirituel au-dessus du temporel. En revanche, pour le réformateur suisse Ulrich Zwingli, pouvoir temporel et pouvoir spirituel constituent un seul pouvoir, ce qui justifie la théocratie.

Calvin souligne la noblesse de la fonction politique, "vocation sainte et légitime" ; de ce point de vue, sont justifiés aussi bien la monarchie que le régime collégial ; les magistrats sont "vicaires de Dieu". La résistance au pouvoir est légitime quand celui-ci trahit sa mission de garantir la liberté du peuple.

L'éthique protestante comme genèse de l'esprit du capitalisme

Dans L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme, Max Weber soutient que le capitalisme occidental se développe en liaison avec l'ascèse protestante, orientée davantage vers la production de richesses que vers la consommation. Dans le calvinisme notamment, selon une interprétation de la doctrine de la prédestination, la richesse témoigne de l'élection du juste, qui y trouve la confirmation de son salut.

Si l'on fait remonter la naissance de la science économique à Adam Smith dans le bain des Lumières écossaises, en oubliant l'apport de L'École de Salamanque, alors le monde protestant paraît plus favorable au capitalisme (Angleterre libre-échangiste, Pays-Bas commerçants)... Cependant, les républiques de Gênes et de Venise, l'Espagne des rois catholiques, etc., tendraient à faire penser que ce ne sont pas des raisons religio-culturelles mais plutôt géographiques qui conduisent à un esprit du commerce".

Les protestants et la mort

Jean Calvin voulait libérer les gens de l’obligation onéreuse d’en passer par une institution (église ou autre) qui serait là pour faire payer aux vivants les rites funéraires de passage des morts. Le troisième Synode de l’Église Réformée de France, en 1562, a interdit aux pasteurs de faire des prières à l’enterrement des morts. Cet interdit a tenu trois cents ans. Ce n’est qu’au début du XXe siècle et à l’image du rituel catholique que les corps des morts ont été introduits au Temple avant l’inhumation.

Dans le protestantisme luthérien, réformé ou anglican, il n'existe pas de notion de sacrement de l'extrême-onction comme dans le catholicisme. Même si une cérémonie funéraire existe, elle n'est pas considérée comme obligatoire. Aussi le protestantisme n'a pas développé de position contre la crémation ni de préférence pour les ensevelissements. Dans la liturgie protestante, il n'y a pas de culte des morts, de prière pour les morts, de messes faites à leur intention ou de croyance dans un purgatoire. Chez les protestants la cérémonie des obsèques se déroule au temple par le pasteur qui peut être un homme ou une femme. Une cérémonie a également lieu au cimetière lors de la mise en terre du cercueil. Il n'y a pas de prière d'intercession pour le repos de l'âme du défunt. Ainsi le culte n'est pas rendu au défunt mais permet aux vivants d'écouter la Parole de Dieu, celle de l'amour dépassant la mort. L'Église protestante est présente surtout pour les vivants dans le deuil, elle veut les accompagner et les entourer de son affection fraternelle.

Il n'existe pas de rituel d'encensement car les protestants ne vénèrent pas le défunt bien qu'il fasse l'objet d'une bénédiction par le pasteur avant d'être mis en terre. C'est le pasteur qui conduit les obsèques depuis le culte jusqu'au cimetière. Puis il accompagne la famille par des paroles et des actes de consolation. Auparavant, la célébration des funérailles protestantes commençait d'abord au cimetière et ensuite au temple. Mais cela a tendance à s'inverser de nos jours, suivant la liturgie catholique.

La sépulture comporte une croix et quelquefois un verset de la bible. Par souci de simplicité, les protestants souhaitent pas ou peu de fleurs. La famille demande quelquefois d'effectuer à la place une donation à une œuvre caritative. Le cercueil est orné d'une croix simple, une croix huguenote ou, rien, par pure simplicité.

Bibliographie

  • 1969, Harold B. Barclay, "The Protestant Ethic versus the Spirit of Capitalism?", Review of Religious Research, Vol 10, n°3, Spring, pp151-158
  • 1970, Philippe Besnard, dir., Protestantisme et capitalisme. La controverse post.weberienne, Paris, Armand Colin
  • 1983, Rogene A. Buchholz, The Protestant Ethic as an ideological justification of capitalism, Journal of Business Ethics, Vol 2, n°1, pp51-60,

Citations

  • Le protestantisme a proprement organisé en l'homme un véritable service de "police occulte". L'espion, le guetteur "Conscience", surveille chaque mouvement de l'esprit, et tout geste, toute pensée est à ses yeux une "affaire de conscience", c'est-à-dire une affaire de police. C'est cette scission de l'homme en "instincts naturels" et "conscience" (canaille intérieure et police intérieure) qui fait le Protestant. (Max Stirner)
  • On peut avoir deux visions du christianisme : celle d'Hegel, pour qui le christianisme avait préparé lui-même la sortie de la religion. Pour Hegel, la raison allait triompher de la foi et reléguer le christianisme dans les lames du passé. Et puis on peut avoir une deuxième vision, celle de Tocqueville, qui consiste à dire que l'homme moderne peut parfaitement être un croyant s'il garde une liberté d'action. C'est là qu'on voit la supériorité d'un certain protestantisme, même s'il ne protège pas de certaines dérives sectaires, arrive à concilier parfaitement l'autonomie des individus avec un cadre collectif qui est réconfortant. (Pascal Bruckner, Capitalisme sauvage et perte d'identité : l'Europe est-elle en train de payer le prix de l'abandon de la religion ?, Atlantico, 10 mars 2013)
  • Le protestantisme, par l’exclusion de l’ascétisme et de ce qui en est le centre, le côté méritoire du célibat, a renoncé proprement à la substance intime du christianisme et ne peut être regardé ainsi que comme un rameau détaché de ce tronc. Ce caractère s’est manifesté de nos jours par la transformation insensible du protestantisme en un plat rationalisme : ce pélagianisme moderne aboutit en dernier lieu à la doctrine d’un père aimant qui a créé le monde, pour que tout s’y passe à la satisfaction et à l’agrément de chacun (en quoi, à la vérité, il n’aurait guère réussi) et qui, pour peu que nous nous accommodions à sa volonté sur certains points, nous ouvrira dans la suite un monde plus joli encore (dont le seul défaut est d’avoir une entrée si pernicieuse). Ce peut être là une bonne religion pour des pasteurs protestants, aisés, mariés et éclairés : mais ce n’est pas un christianisme. Le christianisme enseigne que la race humaine s’est rendue gravement coupable du fait même de son existence, que le coeur aspire à en être affranchi, mais ne peut gagner son salut qu’au prix des plus lourds sacrifices, du renoncement à soi-même, par suite au prix d’une conversion totale de la nature humaine. (Arthur Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation)
  • Le virtuose religieux [der religiöse Virtuose] peut s’assurer de son état de grâce en se considérant soit comme le « vase d’élection », soit comme l’instrument de la puissance divine. Dans le premier cas, la vie religieuse incline vers le sentiment mystique ; dans le second, elle porte à l’action ascétique. Luther est très proche du premier type, les calvinistes appartiennent au second. (Max Weber, L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme)

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