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Georg Wilhelm Friedrich Hegel

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Georg Wilhelm Friedrich Hegel
Philosophe

Dates 1770 - 1831
Hegel
Tendance Antilibéral étatiste
Nationalité Allemagne Allemagne
Articles internes Autres articles sur Georg Wilhelm Friedrich Hegel

Citation
Interwikis sur Hegel

Georg Wilhelm Friedrich Hegel (27 août 1770 - 14 novembre 1831) est un philosophe allemand. Son œuvre est l'une des plus représentatives de l'idéalisme allemand et a eu une influence décisive sur Marx ou sur l'école de Francfort. Il est célèbre pour son analyse de la dialectique du Maître et de l'esclave, pour la Phénoménologie de l'esprit ainsi que pour la dialectique, conceptualisation du devenir au travers de processus de contradictions (négation, puis négation de la négation).

Théorie politique

En lecteur attentif d'Adam Smith, Hegel reconnaît l'importance de la division du travail, de la main invisible (réinterprétée comme « Ruse de la Raison »), de la société ouverte. Il est un des premiers à opérer clairement la distinction entre société civile et État. Il n'en est pas pour autant un libéral classique. Il refuse de considérer la propriété comme un droit naturel, et sa conception de l'État relève davantage du holisme que du libéralisme. Pour lui, l'économie doit être régie par l'État ; elle ne constitue pas une science autonome, mais relève de l'histoire.

Pour lui, l'État n'est pas au service de la société civile, car il la transcende. Son fondement n’est pas le contrat social, mais « la force de la Raison qui devient effective en tant que volonté ». Il n'est pas là simplement pour assurer la liberté individuelle ou défendre la propriété, comme le voudraient les libéraux, mais il intègre les intérêts privés à l’intérêt général :

« L’État est la réalité en acte de la liberté concrète ; or, la liberté concrète consiste en ceci que l’individualité personnelle et ses intérêts particuliers reçoivent leur plein développement et la reconnaissance de leurs droits pour soi, en même temps que d’eux-mêmes ils s’intègrent à l’intérêt général, ou bien le reconnaissent consciemment et volontairement comme la substance de leur propre esprit, et agissent pour lui, comme leur but final.
« L'État est la réalité en acte de l'idée morale, l'esprit moral comme volonté substantielle révélée, claire à soi-même, qui se connaît et se pense et accomplit ce qu'elle sait et parce qu'elle sait. »
« Du moment que l'État est Esprit objectif, l'individu même n'a d'objectivité, de vérité et de réalité morale qu'en tant qu'il en est membre. » (Principes de la philosophie du droit)

Ce point de vue est donc une espèce d'étatisme ontologique :

« Tout ce que l'homme est, il le doit à l'État : c'est là que réside son être. Toute sa valeur, toute sa réalité spirituelle, il ne les a que par l'État. » (La Raison dans l'histoire)
« L’État est l’Idée divine telle qu’elle existe sur terre. » (Leçons sur la philosophie de l’Histoire)

Position libérale

Pour Ludwig von Mises, la philosophie hégélienne de l'Histoire, comme celle de Comte et celle de Marx, est une adaptation de l'idée de « progrès » des Lumières, elle-même une adaptation de la philosophie chrétienne du salut. La Raison est la Providence qui dirige le monde, affirme Hegel, tel que Mises le comprend : "(...) l'histoire humaine n'est rien d'autre que le plan de la Providence. Dieu dirige le monde ; le contenu de son gouvernement, la réalisation de son plan, c'est l'histoire de l'humanité." Hegel affirme effectivement que « l’État est l’Idée divine telle qu’elle existe sur terre » (Leçons sur la philosophie de l’Histoire), d'où l'accusation de statolâtrie que formule Mises à son égard.

Pour la plupart des libéraux, cette conception mystique de l'État ouvre la voie au dirigisme, à l'étatisme, voire au totalitarisme. Ce sera tout le « travail » des hégéliens de gauche (Ludwig Feuerbach, Bruno Bauer, mais principalement Friedrich Engels et Karl Marx), qui vont conserver l'idée hégélienne du mouvement dialectique de l'histoire et celle d'aliénation, mais vont abandonner l'idéalisme absolu de Hegel en faveur du matérialisme. L'histoire a toujours un sens, mais celui-ci n'est plus transcendant : il s'agit de l'avènement de la société sans classe, promise par le socialisme « scientifique ».

La définition de la liberté par Hegel

La conception de la liberté par Hegel est complexe et diffère significativement de la notion libérale de liberté négative (liberté par absence de contraintes externes) ou de la notion anarchiste d'autonomie individuelle. Au lieu de cela, le concept de liberté de Hegel est profondément lié à sa méthode dialectique et à sa philosophie de l'histoire.

  • . La liberté comme réalisation de soi. Dans la philosophie de Hegel, la liberté n'est pas simplement l'absence de contraintes externes, mais plutôt la réalisation de sa vraie nature et de son potentiel. La liberté est atteinte à travers un processus de développement personnel et d'accomplissement personnel où les individus reconnaissent et réalisent leurs propres capacités et désirs. Ce processus se déploie dialectiquement à travers l'interaction des individus avec leurs contextes sociaux et historiques.
  • . La liberté par la reconnaissance. Au cœur de la conception de la liberté de Hegel se trouve l'idée de reconnaissance, qu'il explore dans sa célèbre dialectique du maître et de l'esclave. Selon Hegel, les individus atteignent une véritable liberté grâce à la reconnaissance mutuelle et à l'acceptation de leur autonomie par les autres. Cette reconnaissance est essentielle pour que les individus développent un sentiment de valeur personnelle et d'agence, et elle forme la base de la vie éthique et sociale.
  • . La liberté dans l'État. Hegel soutient que la véritable liberté se réalise dans le contexte de l'État ou de la société civile. Contrairement aux anarchistes qui prônent l'abolition de l'État pour libérer l'individu, Hegel voit l'État comme l'incarnation institutionnelle de la liberté, où les individus peuvent participer à la prise de décision collective et contribuer au bien commun. Selon Hegel, l'État fournit les conditions nécessaires pour que les individus réalisent leur liberté à travers l'État de droit, la participation civique et la coopération sociale.
  • . L'esprit objectif. Le concept de liberté de Hegel est étroitement lié à sa notion d'esprit objectif, qui englobe les normes, les valeurs et les institutions partagées qui régissent la vie sociale. Selon Hegel, les individus n'atteignent pas la liberté en échappant aux contraintes sociales, mais en participant à et en transformant l'esprit objectif à travers leurs actions et leurs contributions. La liberté est donc à la fois individuelle et collective, émergeant à travers l'interaction dynamique des individus avec leur contexte social et historique.
  • . Développement historique. La philosophie de l'histoire de Hegel met l'accent sur le développement progressif de la liberté à travers le temps. Il soutient que l'histoire humaine est guidée par un processus dialectique de thèse, d'antithèse et de synthèse, conduisant à la réalisation progressive de la liberté dans des formes de plus en plus complexes d'organisation sociale. La vision de Hegel de l'histoire comme le déploiement de la liberté façonne sa compréhension du changement politique, social et culturel.

Dans l'ensemble, la définition de la liberté par Hegel est complexe et multifacette, mettant l'accent sur la réalisation de soi, la reconnaissance mutuelle, la participation sociale et le développement historique dialectique. Contrairement aux conceptions libérales ou anarchistes de la liberté, Hegel voit la liberté comme étant intrinsèquement sociale et historique, émergeant à travers l'interaction dynamique des individus avec leur contexte social et institutionnel.

Postérité de l'hégélianisme

Dès le XIXe siècle, la doctrine hégélienne a été critiquée, tant pour son postulat de la rationalité du monde extérieur (hérité de Spinoza et de Schelling), son panlogisme, que pour sa vision de l'histoire comme "processus d’autoréalisation de l’Idée". Elle a été principalement contestée par les philosophes individualistes :

  • pour Max Stirner (qui était très proche du contexte de la philosophie jeune-hégélienne), le système hégélien est une aliénation du particulier, une identification de l'individu à l'universel ;
  • Kierkegaard (précurseur de l'existentialisme) rejette sa "pensée de la totalité" au nom de l'absolu qu'est l'individu ("la vérité c'est la subjectivité") ;
  • Nietzsche refuse "l'esprit de pesanteur" au nom d'une légèreté revendiquée ; pour lui, toute théorie "englobante" ferme la recherche humaine de la vérité ; de plus, l'État n'est pas l'incarnation d'un quelconque « intérêt général », mais un « monstre froid » au service d'intérêts égoïstes ;
  • pour Schopenhauer, l'hégélianisme est une philosophie d'université, une philosophie étatique destinée à faire vivre les professeurs, malhonnête qui plus est, puisqu'elle s'écarte de l'acquis kantien pour verser dans un "pénible charabia" et qu'elle hypostasie la raison comme une nouvelle divinité ;
  • Karl Popper (chapitre 12 de La Société ouverte et ses ennemis) critique l'historicisme hégélien, son style obscur, son opportunisme intellectuel et sa philosophie de l'histoire, qu'il voit comme un des fondements du totalitarisme.

En revanche, l'hégélianisme continuera à avoir un certain succès au XXe siècle, consacrant la domination de trois grands courants philosophiques : l'existentialisme, la phénoménologie et le marxisme. La critique de Schopenhauer de la "philosophie d’État, philosophie d'université" reste toujours valable aujourd'hui, alors que la seule "traduction pratique" de l'hégélianisme en politique, via le marxisme, a échoué.

Littérature secondaire

  • 1946, Carlo Antoni, "Considerazione su Hegel e Marx" ("Considération sur Hegel et Karl Marx"), Napoli: Riccardo Ricciardi e Associati

Citations

  • « Il y eut Hegel. C'était un penseur profond et ses écrits sont un trésor d'idées stimulantes. Mais il œuvrait sous l'emprise d'une illusion : celle que l'Esprit (Geist), l'Absolu se révélait à travers ses paroles. Rien dans l'univers n'était caché pour Hegel. Le malheur était que son langage fût si ambigu qu'on pouvait l'interpréter de diverses manières. Les hégéliens de droite l'interprétaient comme une adhésion au système prussien de gouvernement autocratique et aux dogmes de l'Église de Prusse. Les hégéliens de gauche y lisaient l'athéisme, l'extrémisme révolutionnaire intransigeant, et des doctrines anarchisantes. » (Ludwig von Mises, L'Action humaine)
  • « Hegel parut enfin, auteur de la plus grossière, de la plus gigantesque mystification qui fût jamais ; il obtint un succès que la postérité tiendra pour fabuleux et qui restera comme un monument de la niaiserie allemande. (...) Hegel, dont la profondeur apparente n'est qu'un abîme d'absurdités. » (Arthur Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation)
  • « L'apothéose hégélienne de l'État conduit par la suite au communisme. » (Arthur Schopenhauer, Parerga et Paralipomena, Sur la philosophie dans les universités)
  • « Voilà le secret bien simple des abominables triomphes de l’hégélianisme. Le charlatan de la métaphysique avait eu pour complices intéressés les charlatans de la politique. » (Arthur Schopenhauer, Entretien avec Frédéric Morin, 1858)
  • « La statolâtrie doit beaucoup aux doctrines de Hegel. » (Ludwig von Mises, L'Action humaine)
  • « La philosophie hégélienne, en tant qu’elle s’abstient de déterminer ses relations avec l’existant, en tant qu’elle ignore l’éthique, introduit le désordre dans l’existence. » (Søren Kierkegaard, Post-scriptum aux Miettes philosophiques)
  • « Selon certaines sources, l'hégélianisme aurait fait à ce jour plus de 185 millions de morts, et au moins le triple de migraineux. » (Basile de Koch, Histoire universelle de la pensée, 2005) (humour)
  • « Nous [les intellectuels] voulons nous faire remarquer et parlons un langage incompréhensible mais très impressionnant, un langage docte, artificiel, que nous tenons de nos maîtres hégéliens. » (Karl Popper, La Leçon de ce siècle)
  • « Hegel, c'est le moment de la résolution, au sens harmonique du terme, de toutes les dissonances, de toutes les perspectives philosophiques concurrentes et apparemment inconciliables, qui apparaissent au cours de l'Histoire. Il veut réintroduire la métaphysique classique, celle de Leibniz et Spinoza, après l'ouverture à l'expérience, à la finitude qui caractérise la philosophie de Kant. » (Luc Ferry, La plus belle histoire de la philosophie, Laffont, 2014)
  • « Son grand crime est d'avoir créé une énorme mythologie dans laquelle l’État est une personne, l'histoire est une personne, et où il n'existe qu'une unique configuration que seule une perspicacité métaphysique peut discerner. Il a créé une école de l'histoire a priori qui ignore les faits ordinaires parce que le philosophe, armé d'une intelligence supérieure, peut déduire ce qui se passe par une espèce de double-vue rationnelle, une sorte de clairvoyance qui lui permet de décrire avec une certitude mathématique ce qui a eu lieu, par opposition à la façon de procéder imparfaite, pointilleuse et désespérément empirique de l'historien ordinaire. » (Isaiah Berlin, Freedom and Its Betrayal: Six Enemies of Human Liberty)
  • « Hegel est le grand responsable de l'optimisme moderne. Comment n'a-t-il pas vu que la conscience change seulement ses formes et ses modalités, mais ne progresse nullement ? Le devenir exclut un accomplissement absolu, un but : l'aventure temporelle se déroule sans une visée extérieure à elle, et finira lorsque ses possibilités de cheminer seront épuisées. » (Emil Cioran, Précis de décomposition, 1949)
  • « La philosophie traditionnelle de l'histoire trouve son achèvement dans le système de Hegel. La philosophie moderne de l'histoire commence par le refus de l'hégélianisme. » (Raymond Aron)

Liens externes


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