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Leo Strauss

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Leo Strauss
philosophe

Dates 1899-1973
Leo strauss.jpg
Tendance jusnaturaliste
Origine Allemagne Allemagne
Articles internes Autres articles sur Leo Strauss

Citation « Rejeter le droit naturel revient à dire que tout droit est positif, autrement dit que le droit est déterminé exclusivement par les législateurs et les tribunaux des différents pays. Or, il est évident et parfaitement sensé de parler de lois et de décisions injustes. En portant de tels jugements, nous impliquons qu'il y a un étalon du juste et de l'injuste qui est indépendant du droit positif et qui lui est supérieur : un étalon grâce auquel nous sommes capables de juger du droit positif.  »
inter lib.org sur Leo Strauss

Leo Strauss est un philosophe politique juif allemand du XXe siècle, né à Kirchhain (Allemagne) le 20 septembre 1899 et mort à Annapolis (Etats-unis) le 18 octobre 1973. Il est contemporain de Hannah Arendt, Martin Heidegger, Hans Jonas, Raymond Aron et d'Alexandre Kojève. Lors de la montée du nazisme, il quitte l'Allemagne en 1932 pour s’installer d'abord à Paris pendant un an, ensuite à Cambridge en Angleterre, en 1938 il s'exile définitivement aux Etats-unis. Il fut élève de Heidegger à l'Université de Marbourg.

Sa pensée

Lecteur de Nietzsche dans sa jeunesse, Strauss mène, au fil de ses réflexions, une critique de la pensée moderne issue des Lumières, notamment en rouvrant la querelle entre les Anciens et les Modernes. En rouvrant cette question, Strauss situe la crise de la modernité avec Machiavel, Hobbes et Descartes. La situation de la pensée politique et philosophique contemporaine représente une rupture avec le cadre de la tradition de la philosophie politique classique. Strauss estime que malgré sa « victoire » auto-proclamée, les Lumières et son idéal civilisateur n'a pas réussi à réfuter les fondements de la Révélation, l'idée de perfectionnement de l'homme et les sources du bien et du vrai propres aux anciens. Cette rupture est notamment qualifiée comme un mépris accentué par la croyance moderne à l’autosuffisance de la raison, à la maîtrise des passions humaines et au positivisme au nom de la neutralité scientifique où les questions d'immoralité ou moralité sont laissées aux convictions de chacun.

S'interrogeant sur la signification originelle de la philosophie en tant que quête de la vérité sur les commencements, il considère que celle-ci est la tentative de remplacer les opinions, qui sont l'élément de la vie sociale et politique, par une connaissance véritable. Dans la vie sociale, la philosophie est essentiellement subversive, elle corrompt la jeunesse, l'enseignement de la philosophie peut devenir dangereuse pour la vie en société. L'interprétation straussienne de la philosophie prend appui sur cette relation entre la philosophie, ou le philosophe, et la vie de la société. Dans ce sens, il propose une lecture et reconsidération des auteurs médiévaux juifs et arabes comme Fârâbî (870-950) ou Maïmonide (1138-1204), traducteurs et interprètes de la philosophie de Platon.

Strauss reprend la dimension politique développée par Platon dans les Lois et la République : ce qui est premier pour nous, et qui apparaît à la lettre comme des phénomènes manifestes à tous, ce sont les opinions (doxa). Leo Strauss, préférant l'expression philosophie politique à celle de théorie politique, trouvant cette dernière essentiellement arbitraire, nous enseigne que la loi naturelle est un concept politique d'origine philosophique, la découverte décisive de la nature est la première découverte de la philosophie. L'idéal de la cité vertueuse n’est pas une construction théorique, mais l'indication pratique en vue d'une amélioration ou perfectionnement de la manière dont les hommes devaient se conduire. La tradition de la philosophie politique se distingue ainsi de la théorie politique moderne : cette dernière vise à se réaliser en enseignant aux princes comment être efficaces en réduisant les critères de conduite en une focalisation étroite de l'intérêt personnel des hommes.

En 1949 Leo Strauss prononce une série de conférences à l’Université de Chicago, les Walgreen Lectures[1], qui furent plus tard publiées dans un recueil intitulé Natural Right and History (Droit naturel et histoire).

Il est particulièrement connu pour son travail continu sur la tradition classique et les conceptions modernes du droit naturel. Selon lui, le problème du droit naturel est un problème philosophique, mais ne se retrouvant plus au centre de la discussion proprement philosophique, il estime nécessaire, l'aborder du point de vue d'une histoire critique du droit naturel. Pour mieux tracer l'histoire du déclin du droit naturel, qu'il considère comme un étalon indépendant de l’arbitraire humain, Strauss identifie, dans la variété des changements, trois vagues de la modernité :

  • première vague, Machiavel, suivi de Hobbes, séparation du domaine de la loi naturelle avec le politique ou rupture entre la nature et l’institution du politique, affirmation du pouvoir de la raison sur la nature, réduction du chaos (conflits ou discordes) en ordre des possibles.
  • deuxième vague, Rousseau, radicalisation du concept hobbesien d’état de nature (état pré-humain), généralisation des volontés particulières par la transformation des désirs humains en lois (auto-législation).
  • troisième vague, Nietzsche, sentiment de l’existence historique tragique, tous les idéaux sont des créations humaines, dissolution de toute référence à l'ordre absolu et intemporel du vrai, du bien et du juste.

Strauss n'entendait pas par modernité quelque chose de simplement chronologique, pour lui la pensée moderne est aussi marquée par certains traits caractéristiques, l'anthropocentrisme comme trait dominant, l'idée que l'homme se fait lui-même ce qu’il est, que l'humanité même de l’homme est acquise. De cette manière la pensée moderne est principalement caractérisée par l'idée que tout est produit de l’activité humaine, comme une prise de conscience de l'histoire en tant résultat d’un progrès, que tout peut être contredit ou confirmé par la Science (avec un grand S).

Selon une opinion courante moderne, toute connaissance digne de ce nom est scientifique, tout jugement sur les valeurs devient suspect et, par conséquent, rejeté au nom de critères rationnels. Les modernes admettent majoritairement que les principes d’évaluation sont historiquement variables. Strauss discerne ici un préjugé très répandu selon laquelle toute la pensée humaine est déterminée par les conditions historiques, l'historicisme, la perte des repères liée au nihilisme, et le relativisme, en particulier s'insurgeant contre la thèse de Max Weber selon laquelle la pluralité de principes et valeurs (polythéisme des valeurs en sciences sociales) mènent à des conflits que demeurent insolubles pour la raison humaine.

Strauss s'interroge sur la « crise de notre temps » en réfléchissant sur le libéralisme antique et le libéralisme moderne et en apportant des réponses qui mettent en accusation le relativisme des valeurs, relativisme présent au cœur des sciences sociales modernes. Il prône un retour réflexif sur les problématiques élaborées par les classiques, notamment Aristote et Platon, mais surtout cherche à penser les raisons pour lesquelles le libéralisme antique a été abandonné.

Pour certains, Strauss est un penseur politique conservateur, notoirement considéré comme une figure tutélaire de la pensée néoconservatrice américaine[2].

Citations

  • « Montrer que les conceptions de la justice ont varié n'est pas prouver l'inexistence du droit naturel ou l'impossibilité de le connaître. Cette diversité, on peut la comprendre comme la diversité des erreurs qui, loin de réfuter l'existence de la vérité unique, l'impliquent au contraire. (...) il est parfaitement possible que le droit naturel informe, pour ainsi dire, la diversité infinie des conceptions de la justice et des lois, ou autrement dit, qu'il soit à la racine de toutes les lois. »
        — Droit naturel et histoire, 1953

  • « Si tout se vaut, le cannibalisme n’est qu’une question de goût culinaire. »

  • « L'éducation libérale qui consiste en un commerce permanent avec les plus grands esprits est un entraînement à la modestie la plus haute, pour ne pas dire l'humilité. Elle est en même temps un entraînement à l'audace : elle exige de nous une rupture complète avec le bruit, la hâte, l'absence de pensée, la médiocrité de la Foire aux Vanités des intellectuels, comme de leurs ennemis. Elle exige de nous l'audace impliquée dans la résolution de considérer les opinions ordinaires comme des opinions extrêmes ayant au moins autant de chances d'être fausses que les opinions les plus étranges ou les opinions les moins populaires. L'éducation libérale est libération de la vulgarité. »
        — Qu'est-ce qu'une éducation libérale ?, Le libéralisme antique et moderne

  • « La vie civile est en son essence un compromis entre la sagesse et la folie, c'est-à-dire entre le droit naturel tel qu'il apparaît à la raison ou à l'entendement et le droit fondé sur l'opinion seule. La vie civile requiert l'amendement du droit naturel par le droit simplement conventionnel. Le droit naturel ferait l'effet d'une bombe incendiaire dans la vie civile. »
        — Droit naturel et histoire, 1953)

  • « Si nos principes n'ont d'autres fondements que notre préférence aveugle, rien n'est défendu de ce que l'audace de l'homme le poussera à faire. L'abandon actuel du droit naturel conduit au nihilisme ; bien plus, il s'identifie au nihilisme. »

  • « Le nihiliste est un homme qui connaît les principes de la civilisation, ne serait-ce que d'une manière superficielle. Un homme simplement non-civilisé, un sauvage, n'est pas un nihiliste. »
        — Nihilisme et politique

  • « L’éducation libérale est libération de la vulgarité. Les Grecs avaient un mot merveilleux pour vulgarité ; ils la nommaient apeirokalia, manque d’expérience des belles choses. L’éducation libérale nous donne l’expérience des belles choses. »

  • « La philosophie est la tentative, constamment renouvelée, de trouver la vérité, le terme même de philosophie sous-entend que nous ne possédons pas la vérité. La philosophie, est, au mieux, la possession d’une connaissance claire des problèmes — elle n’est pas la possession d’une connaissance claire des solutions des problèmes. »
        — Que pouvons-nous apprendre de la théorie politique ?, 1942

Bibliographie

  • 1952, Persecution and the Art of Writing
  • 1953, Natural Right and History
  • 1958, Thoughts on Machiavelli
  • 1959, What is Political Philosophy ? & Other Essays
  • 1963, avec Joseph Cropsey, "History of Political Philosophy", Chicago: Chicago University Press

Conférences

Articles

Littérature secondaire

  • 2004, Raimondo Cubeddu, Giovanni Giorgini, Flavia Monceri, “Leo Strauss sui diritti naturali e il liberalismo", Élites, Vol 2, pp118–124

Notes et références

  1. six Walgreen lectures by Leo Strauss, libre consultation en ligne au format pdf Natural Right and History
  2. voir Leo Strauss : le philosophe et les faucons, Roger Philippe, Critique, vol. 682, no. 3, 2004, pp. 161-162.

Liens externes


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