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Gary S. Becker

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Gary S. Becker
Économiste

Dates 1930 - 2014
Gary Becker
Tendance École de Chicago
Origine États-Unis États-Unis
Articles internes Autres articles sur Gary S. Becker

Citation « Un salaire minimum plus élevé réduira encore les occasions d'emploi des travailleurs peu qualifiés. »
inter lib.org sur Gary Stanley Becker
Catallaxia

Gary Becker (né le 2 décembre 1930 et mort le 3 mai 2014) est un économiste américain connu pour ses travaux, au sein de l'école de Chicago, visant à élargir le champ de l'analyse microéconomique à de nombreux comportements humains, notamment l'analyse économique du droit. Il a notamment été parmi les premiers à explorer la notion de capital humain. Ses travaux sur l'analyse économique de la criminalité lui ont également valu une grande notoriété.

Quoique parfois décrié pour ses idées très libérales, beaucoup considèrent que Gary Becker a largement contribué aux progrès de la science économique au cours de la seconde moitié du vingtième siècle. Il fut président de la société du Mont-Pèlerin de 1990 à 1992, succédant à Antonio Martino et cédant sa place à Max Hartwell.

Le Capital humain

Le Capital humain, une analyse théorique et empirique, Gary Stanley Becker, 1964.

En publiant, en 1964, Human Capital, A Theoretical and Empirical Analysis (Le Capital humain, une analyse théorique et empirique), l’Américain Gary Becker donne une impulsion déterminante à la théorie du capital humain (ce qui lui vaudra le Prix Nobel d'Économie en 1992). Beaucoup d’économistes, d’Adam Smith à Alfred Marshall et Irving Fisher, s’étaient déjà intéressés au concept de capital humain, mais sans construire de cadre général d’analyse.

L’ouvrage se situe à la croisée de deux corps théoriques : d’une part, les théories de la croissance qui, autour des travaux quantitatifs de Theodore Schultz notamment, tentent d’expliquer la nature et les sources de la croissance ; d’autre part, les théories de la distribution du revenu qui essaient d’expliquer et de justifier les différences de salaires entre les individus. Mais construire une théorie du capital humain est aussi pour Becker un moyen de poursuivre sa tentative, entreprise dans son livre de 1957 sur la discrimination raciale, d’étendre la science économique à de nouveaux champs d’analyse.

Une autre sorte de capital

Becker définit le capital humain comme un stock de ressources productives incorporées aux individus eux-mêmes, constitué d’éléments aussi divers que le niveau d’éducation, de formation et d’expérience professionnelle, l’état de santé ou la connaissance du système économique. Toute forme d’activité susceptible d’affecter ce stock (poursuivre ses études, se soigner, etc.) est définie comme un investissement (chapitre I). L’hypothèse fondamentale de Becker est que les inégalités de salaires reflètent les productivités différentes des salariés. Ces dernières sont elles-mêmes dues à une détention inégale de capital humain (chapitre II). Un investissement en capital humain trouve donc une compensation dans le flux de revenus futurs qu’il engendre. L’analyse de la formation du capital humain passe par l’étude d’un choix intertemporel : l’individu détermine le montant et la nature des investissements qu’il doit effectuer pour maximiser son revenu ou son utilité intertemporels. La durée de vie de l’investissement, sa spécificité, sa liquidité, le risque associé sont alors autant de déterminants du taux de rendement de l’investissement en capital humain (chapitre III). De cette analyse théorique, Becker tire plusieurs séries de conclusions. D’une part, les différences de salaires dans l’espace, dans le temps et entre les individus, sont expliquées et justifiées puisqu’elles sont le fruit d’investissements individuels différents effectués au cours des périodes antérieures. D’autre part, l’analyse pose indirectement la question des modalités de financement des investissements en capital humain par les individus. Certains investissements efficaces peuvent ne pas être effectués, en raison de l’impossibilité pour « l’individu-investisseur » de trouver des fonds (c’est le cas lorsque le marché des capitaux fonctionne mal par exemple).

La seconde partie, fondée sur des données américaines des années 1940, est une application empirique de ce cadre théorique au domaine de l’éducation. La principale difficulté est d’évaluer le taux de rendement monétaire des investissements en éducation et donc de faire apparaître empiriquement la liaison entre capital humain et revenus futurs (chapitre IV et VI). Becker tente alors de déterminer s’il y a un sous-investissement en éducation, qui entraîne une perte pour la société dans son ensemble, du fait de difficultés à financer ces investissements (chapitre V). Il s’attache ensuite à l’explication des différences de salaires entre groupes d’individus en termes de capital humain ; pour ce faire, il compare les profils intertemporels de revenu de catégories d’individus différemment pourvus en capital humain, évalué au nombre d’années d’étude (chapitre VII).

Étendre les frontières de la science économique

L’analyse de Becker est fondée sur deux prémisses. D’une part, les inégalités salariales résultent des inégalités en capital humain. Des développements théoriques ultérieurs remettront en question cette détermination du salaire par le seul capital humain. Les théories du signal, par exemple, insistent sur les difficultés pour le salarié à faire reconnaître la vraie valeur de son capital humain. D’autre part, les inégalités en capital humain résultent elles-mêmes des comportements individuels. Mais cette justification des inégalités repose sur une hypothèse forte : les individus ont une information parfaite et anticipent donc parfaitement les rendements futurs de leurs investissements. Par ailleurs, les tentatives d’application empirique de la théorie butent sur des difficultés à évaluer le capital humain, en raison notamment de l’inexistence d’un marché où ce capital s’échangerait directement.

La force d’attraction de l’analyse de Becker réside toutefois dans sa capacité d’unifier une multitude de phénomènes (choix en matière d’éducation, dépenses de santé, migrations, etc.) sous un même principe explicatif. Le concept de capital humain trouvera d’ailleurs des applications diverses dans de nombreux champs de l’analyse économique : des théories de la croissance à celles du commerce international, en passant par l’histoire économique ou la théorie des organisations. La publication de Human Capital a ainsi constitué une étape déterminante dans les développements, difficilement acceptés, de la théorie du capital humain.

Enfin, Human Capital participe à l’extension de l’analyse économique à « tous les comportements humains ». Fondamentalement, toute action a un coût (le coût d'opportunité du temps passé à cette activité) et peut donc faire l’objet d’un calcul. L’individu est comme une entreprise qui produit et investit sous des contraintes de revenu et de temps. Becker peut alors construire non seulement une analyse économique des choix d’éducation, mais aussi une analyse économique du crime, de la discrimination, de la famille (mariage, divorce, fertilité).

Théorie du consommateur producteur

Dans un article, en 1992, Gary Becker explique que le passé jette une ombre sur le présent par son influence sur la formation des préférences. Le passé influe sur les préférences des consommateurs du présent au travers de l'habitude, de la tradition et des comportements addictifs. L'analyse des phénomènes économiques et sociaux par l'intermédiaire du regard sur le passé a de profondes implications pour comprendre les changements à court terme et à long terme. Par exemple, pourquoi n'arrête-t-on pas de fumer en raison de la hausse des taxes sur le paquet de cigarettes ? Et quels sont les effets des impôts sur les habitudes et sur l'effort au travail dans le long terme ? Le lien entre les choix passés et présents peut également expliquer pourquoi et comment les parents influencent la formation des préférences des enfants, et quel est l'apport du soutien des institutions et de la culture dans l'apprentissage.

Informations complémentaires

Publications

Pour une liste détaillée des œuvres de Gary Becker, voir Gary Becker (bibliographie)

Littérature secondaire

  • 1993,
    • James S. Coleman, "The Impact of Gary Becker’s Work on Sociology", Acta Sociologica, Vol 36, pp169-178
    • Richard A. Posner, Gary Becker’s Contributions to Law and Economics, The Journal of Legal Studies, XXII, juin: 211-215
  • 1994, V. R. Fuchs, "Nobel Laureate: Gary S. Becker: Ideas About Facts", Journal of Economic Perspectives, Spring, 8 (2), pp183-192
  • 1995,
    • Ján Pavlík, dir., Gary Becker in Prague, Prague: Liberální Institut
    • Ramón Febrero et Pedro Schwartz, dir., "The essence of Becker: an introduction", Universidad Complutense, Facultad de Ciencias Económicas y Empresariales, Madrid
  • 2006, Javier Aranzadi del Cerro, Liberalism against liberalism : theoretical analysis of the works of Ludwig von Mises and Gary Becker, Oxon, England ; New York, NY : Routledge
  • 2010,
    • Shoshana Grossbard, "How 'Chicagoan' are Gary Becker's Economic Models of Marraige?", Journal of the History of Economic Thought, Vol 32, n°3, pp377-395
    • Pedro Nuno Teixeira, "Human Capital, by Gary S. Becker: a reading guide", In: Ross B. Emmett, dir., "The Elgar Companion to the Chicago School of Economics", Edward Elgar Publishing, pp152-159
    • Pedro Nuno Teixeira, "Gary S. Becker", In: Ross B. Emmett, dir., "The Elgar companion to the Chicago school of economics", Edward Elgar Publishing, pp253-258
  • 2014, Pedro Nuno Teixeira, "Gary Becker’s Early Work on Human Capital – Collaborations and Distinctiveness", IZA Journal of Labor Economics, Vol 3, n°12, pp1-20

Articles connexes

Liens externes

En français

En anglais

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