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New Deal

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Histoire des États-Unis

Le New Deal (Nouvelle donne) est le nom de la politique interventionniste mise en place à l’instigation du président américain Franklin Delano Roosevelt[1] pour lutter contre la crise économique de 1929. On pensait alors que la crise était causée par une instabilité inhérente au marché, et que l’intervention du gouvernement était nécessaire pour rationaliser et stabiliser l’économie. Le New Deal constitue donc une première expérience d'État-providence aux États-Unis. Divers programmes ont été mis en œuvre comme celui de la Farm Security Administration.

Sans résoudre en rien la crise, que seule la guerre a vraiment effacée, le New Deal a jeté les fondements d'un étatisme durable et prolongé la crise d'une période estimée jusqu'à 8 ans selon l'économiste Florin Aftalion[2]. C'est l'illustration pour les libéraux de l'inefficacité des politiques de relance. En 1938, la production industrielle restait ainsi nettement en dessous de celle de 1933.

Principales réformes

Retraites

Aux États-Unis, le système des retraites par répartition (en anglais Social Security) a été fondé pendant le New Deal des années 1930, dans le but de protéger les personnes âgées contre la misère. En 2005, ce système donnait plus de la moitié de leurs revenus aux deux tiers des retraités du pays[3]

Les origines du New Deal

La Grande Dépression et les élections de 1932

Le 24 octobre 1929, le krach de la bourse de New York, connu sous le nom de jeudi noir (Black Thursday), a des conséquences dans le monde entier. Aux États-Unis, il provoque une hausse importante du taux de chômage qui passe de 3 % de la population active à 25 %. La production manufacturière s’écroule d’environ un tiers.

Pourquoi une crise économique comme une autre atteint-elle cette ampleur ? Comme le montrèrent les travaux de Milton Friedman et d'Anna Schwartz, la Federal Reserve fut la première responsable en réduisant brutalement d'un tiers la masse monétaire[4]. À cette responsabilité on doit ajouter le protectionnisme qui fut mis en place par de nombreux pays, entrainant une spirale baissière du commerce aux conséquences désastreuses.

Dès le 2 juillet 1932, Roosevelt promet dans un discours de sa campagne électorale « une nouvelle donne pour le peuple américain ». Voyant que l’URSS de Staline semblait échapper à la crise, beaucoup pensaient devoir planifier l’économie pour sortir du marasme, y compris en Amérique. Cette vision était cependant largement erronée, l'URSS pâtissant dans les faits de la crise.

Principes de base

Cependant, Roosevelt arriva au pouvoir sans avoir de plan préconçu pour sauver l’économie de son pays. Son « New Deal » ne fut pas idéologique mais plutôt pragmatique, ce qui mena à quelques contradictions. Il appliqua des idées qu’il avait apprises pendant la période progressiste de Wilson et se servit de ses expériences politiques acquises pendant les années 1920 : opposition au monopole et à l’idée que la pauvreté est due à la responsabilité personnelle des individus.

Les cent premiers jours

Réforme du secteur bancaire (1933)

La victoire écrasante du parti démocrate aux élections de 1932 et la gravité de la crise ont permis à Roosevelt et son administration d’exercer une grande influence sur le Congrès durant les premiers mois de son mandat. Cela rendit facile et rapide l’adoption d’une série de mesures destinées à rétablir l’équilibre du système bancaire, rétablir le marché financier et aider les chômeurs. Un des buts poursuivis par Roosevelt était de rétablir la confiance et la croissance économique.

Le 6 mars 1933, il impose la fermeture de toutes les banques américaines pour quatre jours (bank holiday) ; pendant ce temps, le Congrès se réunit en session extraordinaire. Quelques jours après, il envoie au Congrès l'Emergency Banking Act qui résoud rapidement la crise bancaire. Une nouvelle commission est créée, la Securities and Exchange Commission (SEC).

Le 5 avril 1933, Roosevelt signe l’Executive Order 6102, qui rend illégale la possession de pièces, de lingots et de certificats d’or sur tout le territoire des États-Unis. Le but est de confisquer tout l'or disponible pour l'échanger contre des dollars ensuite dévalués (le prix officiel de l’once d’or passant de 20 à 35 $).

L'Economy Act

Le budget fédéral était alors déficitaire d’un milliard de dollars. Le but de cette loi était de revenir à un certain équilibre en réduisant certaines dépenses.

L’Agricultural Adjustment Act et l’Agricultural Adjustment Administration (AAA)

Sur les recommandations d’Henry A. Wallace, l’administration Roosevelt entreprit de protéger les agriculteurs contre les aléas du marché en distribuant des subventions fédérales et en contrôlant la production par l’AAA. On décida la réduction des récoltes pour faire remonter les cours agricoles. De plus, une grande partie des récoltes et des réserves fut détruite. Les dettes des agriculteurs furent rééchelonnées. Les premiers résultats, au bout de trois ans, furent encourageants, puisque le revenu des agriculteurs avait augmenté. Aussi, l’interventionnisme étatique dans le secteur primaire fut amorcé.

Autres initiatives

  • Création d’une agence fédérale de régulation du marché boursier la Securities and Exchange Commission (SEC)
  • Lutte contre le chômage de 15 millions d’Américains :
Civilian Conservation Corps (CCC)
Civil Works Administration (CWA)
Federal Emergency Relief Administration (FERA)
  • Débuts de la Tennessee Valley Authority (TVA), pour la construction de barrages en vue d’aménager le territoire de la vallée du Tennessee, limiter les inondations, augmenter la production hydroélectrique et fournir des emplois aux chômeurs.
  • 21e amendement à la Constitution, sur la prohibition de l’alcool.

Le National Industrial Recovery Act (NIRA)

à rédiger mieux Roosevelt a approfondi l'œuvre accomplie pendant les cent premiers jours avec de nouveaux programmes, notamment pour lutter contre la déflation des produits industriels. Les syndicats, les radicaux et le parti communiste américain souhaitaient que les salaires suivent les prix. Le National Industrial Recovery Act (NIRA), la plus importante œuvre du premier New Deal fut voté par le Congrès en juin 1933. Une nouvelle agence fédérale, la National Recovery Administration (NRA), avait pour mission de stabiliser les prix et les salaires en coopérant avec les entreprises et les syndicats. Elle fut administrée dans un premier temps par Hugh S. Johnson. Elle créa la Public Works Administration (PWA), qui devait contrôler la mise en œuvre de la politique de grands travaux publics. Toutes ces dispositions furent saluées par le patronat et les syndicats et furent populaires pour tous les Américains.

Le New Deal pendant le deuxième mandat de Roosevelt

  • Le National Labor Relations Act du 5 juillet 1935, connu sous l’autre nom de Wagner Act, renforcent les dispositions du NIRA. De nouvelles réformes voient le jour comme la Works Progress Administration (WPA), qui créa des centaines de milliers d’emplois.
  • Mais l’une des plus grandes avancées de cette période est le Social Security Act du 14 août 1935, qui établit un système de retraite, une assurance-chômage et des aides diverses pour les handicapés. Le New Deal a lancé les bases de l’État-Providence (welfare system en anglais).
  • Rejet par le Congrès du « court packing plan » en juillet 1937 ; Roosevelt est accusé de vouloir renforcer le pouvoir exécutif.

Le New Deal et les aides économiques

Le New Deal et le keynésianisme

John Maynard Keynes et la question du déficit public.

La récession de 1937-1938

Le chômage connut une augmentation entre 1937 (14,3% de la population active) à 1938 pour 19%. Pour le gouvernement, cela était dû aux monopoles. Il réagit en abandonnant ses efforts pour équilibrer le budget, inaugurant alors une politique keynésienne : cinq milliards de dollars furent dépensés en 1938 pour relancer la consommation.

La Seconde Guerre mondiale et la fin de la Grande Dépression

Les besoins en armes ont relancé la production. L’économie de guerre, l’effort de guerre.

Bilan du New Deal

Il n’y a aucune preuve que le New Deal eut une quelconque efficacité dans la lutte contre la crise, qui perdura jusqu’à ce que l’Amérique mobilise son économie pour la Seconde Guerre mondiale. Néanmoins, les raisons de son échec relatif sont très controversées.

Ceux en faveur des marchés affirment que la crise fut à la fois causée et entretenue par l’intervention du gouvernement sur le marché. La principale critique envers le New Deal est qu’il a dramatiquement augmenté les coûts des entreprises, et a donc empêché les employeurs d’investir pour accroître leur productivité, ou pour embaucher.

Les historiens de gauche et de droite sont en général déçus par le deuxième mandat de Roosevelt. Ceux de droite, comme John T. Flynn, dénoncent une tendance « dictatoriale » et « socialiste » de Roosevelt dans son ouvrage The Roosevelt Myth (1956). D’autres au contraire ont trouvé le New Deal trop conservateur. Les entrepreneurs ont été les premières victimes de cette instabilité, qui incitait à ne rien faire puisque la prévisibilité était très limitée.

Si certains historiens estiment que Roosevelt a permis de protéger l'existence même du capitalisme, c'est qu'en effet, le consensus de la pensée unique a pesé sur le conformisme de la recherche des économistes historiens. Les lancements de travaux publics massifs, les politiques de contrôle des salaires et des prix, la cartellisation forcée, les droits de douane élevés, n'ont pas atténué la Grande Dépression, mais transformé une crise économique forte et de courte durée en la pire dépression de l'histoire des États-Unis. Les fruits du développement technologique des années 1920-1930, l'une des décennies ayant connu la plus forte croissance d'innovation du XXe siècle, furent retardés ou ralentis en raison des politiques du New Deal qui a supprimé indirectement la concurrence en fixant autoritairement les prix et les salaires dans de nombreux secteurs à un niveau bien au-dessus de leurs niveaux normaux[5].

Liste des programmes du New Deal

  • United States bank holiday, 1933 : fermeture de toutes les banques du pays jusqu’à ce qu’elles reçoivent la certification du gouvernement fédéral
  • Civilian Conservation Corps (CCC), 1933 : emploie des jeunes qui travaillent pour le gouvernement fédéral
  • Tennessee Valley Authority (TVA), 1933 : construction de barrages sur la rivière Tennessee
  • Federal Emergency Relief Administration (FERA), 1933 : aides pour les chômeurs
  • Agricultural Adjustment Act (AAA), 1933 :
  • National Recovery Act (NRA), 1933 :
  • Civil Works Administration
  • Public Works Administration (PWA), 1933 : emploie des travailleurs qualifiés pour travailler sur des projets publics ; coûta quatre milliards de dollars
  • Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) / Glass-Steagall Act : rétablit la confiance du public dans les banques
  • Securities Act of 1933, création de la Securities and Exchange Commission (SEC), 1933 :
  • Indian Reorganization Act, 1934
  • Social Security Act (SSA), 1935 : assure un revenu aux personnes âgées, handicapées, chômeurs
  • Works Progress Administration (WPA), 1935 :
  • National Labor Relations Act (NLRA) / Wagner Act, 1935 : garantir la liberté de syndicat
  • Judiciary Act, 1937 :
  • Fair Labor Standards Act (FLSA), 1938 : établit la semaine de travail à 40 heures et un minimum salarial à 40 cents par jour

L'opposition de la vieille droite américaine au New Deal

L'opposition au New Deal par la vieille droite américaine était profondément enracinée et motivée par plusieurs préoccupations fondamentales.

  • . Horreur face à la révolution rooseveltienne. La mise en œuvre du New Deal sous la présidence de Franklin D. Roosevelt a été perçue par la vieille droite comme une révolution radicale dans la structure et les fonctions du gouvernement fédéral. Les programmes du New Deal, tels que le Tennessee Valley Authority (TVA) et la Social Security Act, ont été considérés comme une expansion massive du pouvoir gouvernemental et une intrusion dans les affaires économiques privées. Cette transformation rapide de la politique économique et sociale a suscité un profond malaise chez les membres de la vieille droite, qui voyaient dans ces mesures une menace pour les principes traditionnels de liberté individuelle et de libre entreprise.
  • . Rejet du collectivisme et de l'expansion du pouvoir gouvernemental centralisé. La vieille droite s'opposait fermement à l'idéologie collectiviste sous-jacente au New Deal, qui promouvait l'interventionnisme gouvernemental massif dans l'économie et la société. Les membres de la vieille droite croyaient en la primauté de l'individu et en la liberté d'entreprise, et considéraient que l'expansion du gouvernement centralisé menaçait ces valeurs fondamentales. Ils soutenaient que les politiques du New Deal saperaient l'initiative privée, restreindraient la concurrence et éroderaient les droits de propriété, conduisant ainsi à une stagnation économique et à une diminution des libertés individuelles.
  • . Critique du processus d'adoption du New Deal. Outre les préoccupations idéologiques, la vieille droite critiquait également le processus d'adoption du New Deal, qu'elle considérait comme antidémocratique et constitutionnellement contestable. Ils dénonçaient l'utilisation du pouvoir exécutif pour contourner le Congrès et la concentration excessive du pouvoir entre les mains du président Roosevelt. De plus, ils remettaient en question la légitimité constitutionnelle de nombreuses mesures du New Deal, affirmant qu'elles violaient les principes de subsidiarité et de séparation des pouvoirs inscrits dans la Constitution.

Personnalités en lien avec le New Deal

Notes et références

  1. Une poussée majeure pour une économie planifiée est venue du président Franklin Roosevelt après son élection en 1932. Il croyait que l'État interventionniste était la solution à la Grande Dépression. L'une de ses propositions était la National Recovery Act (NRA) qui obligeait les entreprises américaines à se réglementer par des codes de conduite signés qui liaient légalement toutes les entreprises d'une industrie. La concurrence était presque complètement éliminée. Selon la plupart des codes, les industries fixaient des quotas de production, des prix, des salaires et des heures de travail. La loi a également donné aux travailleurs le droit de s'organiser et de négocier collectivement. Roosevelt a augmenté l'impôt sur le revenu des riches avec un taux marginal de 79 % (qui est passé plus tard à 91 %). Ensuite, il a soutenu les premières taxes fédérales sur les voitures, les pneus et l'essence. Puis il a institué un impôt sur les successions de 70 % portant sur les grandes propriétés.
  2. Le Mythe du New Deal, Florin Aftalion sur Un monde libre, 17 avril 2009
  3. « New Deal » à l'envers, Le Monde, 21/01/2005
  4. Milton Friedman et Anna Schwartz, A Monetary History of the United States, 1867-1960, Princeton University Press, 888 pages, ISBN 0691003548
  5. :* Robert Higgs, 1989, Crisis and Leviathan: Critical Episodes in the Growth of American Government, New York: Oxford University Press
    • R. K. Vedder et L. E. Gallaway, 1993, Out of Work: Unemployment and Government in Twentieth-Century America. New York: Holmes and Meier
    • H. L. Cole et L.E. Ohanian, 2004, New Deal Policies and the Persistence of the Great Depression: a General Equilibrium Analysis.‘ Journal of Political Economy, 112: 779-816
    • H. L. Cole et L.E. Ohanian, 2009, How Government Prolonged the Depression.‘ Wall Street Journal, February 2

Bibliographie

  • 2003, Jim Powell, FDR’s Folly: How Roosevelt and His New Deal Prolonged the Great Depression, New York: Crown Forum
  • 2009, Florin Aftalion, "Le New Deal : fiction et réalité", Le Figaro, mercredi 28 janvier
    • Repris et complété en 2009, "Le New Deal : fiction et réalité", Liberté économique et progrès social, Bulletin de l'ALEPS, Avril, n°127, pp2-5
  • 2010, Tudor Smirna, "The New Deal was no Deal", Processos de Mercado, Vol 7, n°2, Automne, pp37-88

Voir aussi

Liens externes


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