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Marché politique

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Le marché politique est la description d'un processus typiquement politique en rapport avec l'interaction d'une offre et d'une demande spécifiques. À l'image d'un présumé marché, les producteurs y sont les hommes politiques et les acheteurs les électeurs. Contre les votes des seconds, les premiers échangent des promesses électorales dans des domaines spécifiques :

« Le marché politique, c'est un lieu où s'échangent des votes contre des promesses d'interventions publiques. » (Jean-Jacques Rosa)
Marché politique.jpg

C'est une analyse fortement marquée par l'école du Choix Public.

Présentation

L'étude du marché politique permet de réaliser qu'il est tout sauf « démocratique ». Comme le note l'économiste français Henri Lepage qui met en avant la présence de l'entrepreneuriat politique[1] sur le marché politique, « les subventions se dirigent de préférence vers les secteurs dont les problèmes sont politiquement les plus apparents, où existent des groupes de pression organisés jouissant d'une expérience importante, et disposant d'armes efficaces pour intéresser la puissance publique à leurs problèmes et lui imposer leur conception de ce qu'il faut faire pour résoudre ces problèmes.. »[2] Bien souvent, l'intervention étatique n'est qu'aide clientéliste apportée à des intérêts privés. C'est une chose à laquelle s'oppose radicalement le libéralisme, pour lequel l'égalité en droit doit primer.

La langue anglaise parle de pork barrels (barils de porc[3]) pour désigner les « cadeaux » politiques (toujours payés par quelqu'un, faut-il le rappeler) accordés aux électeurs des circonscriptions tangentes ; le pork-barrelling est la pratique du favoritisme et du clientélisme politique, voire de la corruption. Pareillement, les Danois parlent de valgflæsk, les Suédois de valfläsk et les Norvégiens de valgflesk. Pour les Roumains, c'est de la pomeni electorale ("aumône électorale") et pour les Polonais de la kiełbasa wyborcza ("saucisse électorale"). Les Tchèques parlent de předvolební guláš (goulash pré-electoral) ou de porcování medvěda ("morceau d'ours"), et les Russes de казённый пирог ("gâteau officiel"). En Allemagne, c'est l'aspect local qui prédomine : Kirchturmpolitik ("politique de clocher"). Le terme français un peu vieilli est celui d'assiette au beurre (à rapprocher de "graisser la patte", "oindre la paume"), qui a le double sens de faveurs qu'on accorde ainsi que de privilèges dont disposent ceux qui ont le pouvoir.

Au Venezuela, c'est la tactique suivie par Hugo Chávez pour limiter sa défaite aux élections régionales de 2008 en particulier. Rien que dans la municipalité de Sucre, 10 millions $ ont été distribués par les autorités chavistes, tandis que dans d'autres communes il s'agissait de matelas, de téléphones portables, de réservoirs d'eau, etc. Pour le politologue Alfredo Keller, c'est un tiers de l'électorat chaviste qui a ainsi été acheté[4].

Dans le cas français, il est intéressant de souligner que l'offre politique est doublement limitée : d'une part, la loi sur les financements électoraux fait reposer les financements sur les résultats électoraux passés, ce qui empêche l'émergence de nouveaux acteurs. En outre, la politique est devenue une profession, qu'on n'abandonne jamais, ce qui bloque l'émergence de nouvelles personnalités aux idées différentes de la pensée unique étatiste. Comme le soulignait Jacques Attali en 1991 : « elle reste aujourd'hui la démocratie occidentale où la classe politique se renouvelle le moins rapidement, où les principaux candidats aux futures élections sont en lice depuis des décennies »[5].

Citations

  • Le marché politique n'est pas autre chose que le lieu où s'échangent des votes contre des promesses d'interventions publiques. Le Gouvernement n'est pas autre chose qu'un producteur dont la particularité est de produire non pas des biens privatifs, mais des biens collectifs. [...] De la même façon que l'entrepreneur court après le profit, on peut considérer que l'acteur politique est essentiellement motivé par la recherche du pouvoir, c'est-à-dire par la recherche d'un capital électoral suffisant pour accéder et se maintenir à des responsabilités gouvernementales. L'entrepreneur politique se comporte de façon à maximiser ses chances de réélection. Il y réussit en décidant de produire des "biens collectifs" qui ne seront pas nécessairement demandés par toute la population mais au moins par certaines catégories de citoyens qui, en échange, lui apporteront leurs voix. (Henri Lepage, Demain le libéralisme)
  • En dépit du caractère criminel qui l’entache, parce que les richesses qui s’y échangent sont pour l’essentiel le produit des rapports forcés de la violence prédatrice, c’est-à-dire du « non-marché », la notion de « marché politique » n'est pas une contradiction dans les termes. Il faut bien entendu garder à l’esprit ce caractère criminel, qui distingue le marché politique des autres marchés, de sorte qu’il y a lieu de soigneusement le distinguer des autres pour ce qui est de ses effets sur la production ainsi que du jugement moral qu’on peut et doit porter sur lui, mais autrement un marché existe bel et bien, parce que le marché, c'est l'ensemble des échanges volontaires potentiels entre les individus qui constituent la société. (François Guillaumat)
  • Le vote est l'illusion de l'influence donnée en échange de la perte de liberté. (Frank Karsten)
  • Travailler un champ pour produire du blé est un dur labeur. Attendre au coin d’un bois pour voler un passant est dangereux. En revanche, aller voter est beaucoup plus facile, et si cela signifie que tous ceux qui sont inadaptés, incapables et oisifs pourront par ce moyen s’assurer le gîte et le couvert, ils s’empresseront de le faire. (Vilfredo Pareto)
  • Tous promettront à tous les hommes, femmes et enfants du pays tout ce qu’ils ou elles veulent. Tous quadrilleront le pays à la recherche d’occasions de rendre les riches pauvres, de remédier à l’irrémédiable, de secourir l’insecourable, de déchiffrer l’indéchiffrable, de déphlogistiquer l’indéphlogistiquable. Tous guériront les verrues par simple incantation, et rembourseront la dette nationale avec de l’argent que personne n’aura à gagner. Quand un d’entre eux démontre que deux fois deux font cinq, un autre prouvera que ça fait six, six et demi, dix, vingt, n. Bref, ils se débarrasseront de leur caractère d’hommes sensés, candides et francs, et deviendront simplement des candidats à une élection, juste attachés à flatter les votes. Tous sauront d’ici là, à supposer même que certains d’entre eux ne le sachent pas déjà, que les votes sont achetés en démocratie, non pas en exprimant des paroles sensées, mais en disant des absurdités, et ils s’appliqueront à ce travail avec un enthousiasme débordant. La plupart, avant la fin du tumulte, se convaincront vraiment eux-mêmes. Le gagnant sera n’importe lequel qui aura promis le plus avec la moindre probabilité d’apporter quoi que ce soit. (Henry Louis Mencken)

Notes et références

  1. L'entrepreneuriat politique est généralement présenté comme l'action délibérée d'individus cherchant à parvenir à leurs fins par le biais du processus politique. Deux types de contexte sont généralement abordés, la pure ignorance et la recherche de rente dans un environnement politique favorable. L'imprévisibilité des résultats futurs, se traduit pour l'entrepreneur politique, par une attitude de vigilance, telle que le décrit Israel Kirzner, face aux opportunités de profit politique. Le rôle des intérêts individuels et de l'échange dans le secteur public est un autre type d'entrepreneuriat politique analysée initialement dans la théorie de la rente chez Gordon Tullock (1967). Par exemple, les travaux fournis par Thomas DiLorenzo (1988) sur l'entrepreneuriat politique se concentrent sur les efforts de lobbying et sur les politiques de redistribution. Dans cette perspective, l'entrepreneuriat politique est intrinsèquement destructeur de richesse. Les entrepreneurs politiques réalisent des gains privés en capturant des ajustements concentrés d'avantages redistributifs tout en dispersant ces coûts parmi l'ensemble de la population. Diana Thomas et Michael Thomas (2014: Diana Thomas, Michael D. Thomas, "Entrepreneurship: Catallactic and Constitutional Perspectives”, The Review of Austrian Economics, Vol 27, n°1, pp11-22) considèrent qu'il y a des limites dans l'application des idées de la théorie du processus entrepreneurial au domaine du marché politique, affirmant que l'absence de signaux de prix en politique empêche la pleine application de la théorie de l'entrepreneuriat. Cependant, auparavant, James Buchanan avait expliqué que l'économie constitutionnelle permet de détecter les règles générales du jeu politique qui doivent être choisies. Dans ce cas, l'entrepreneuriat politique s'affirme sans aucune contestation dans ces arbitrages ou dictats. Mais, c'est là comme le disent Alex Salter et Richard Wagner (2018) que l'homme ou la femme entrepreneure politique excelle quand il s'agit de se manifester dans le débat public notamment par la mise en concurrence des lois (pratique des amendements) ou par la contestation pure et simple (vote contre) en proposant des interprétations alternatives des règles constitutionnelles.
    • 1963, Harald Eidheim, "Entrepreneurship in Politics", In: Fredrik Barth, dir., 1963, "The role of the entrepreneur in social change in Northern Norway", Bergen: Norwegian University Press
    • 1974, D. W. Attwood, "Patrons and Mobilizers: Political Entrepreneurs in an Agrarian State", Journal of Anthropological Research, Vol 30, n°4, Winter, pp225-241
    • 2013, A. Fink, R. E. Wagner, "Political entrepreneurship and the formation of special districts", European Journal of Law and Economics, Vol 35, pp427–439
  2. Henri Lepage, Conférence du 7 Septembre 1991 organisée par le Cercle Bastiat, [lire en ligne]
  3. Ces "barils de porc" étaient au XIXe siècle le moyen de conserver de la viande de porc salée dans les maisons, le réfrigérateur n'ayant pas encore été inventé. Les propriétaires de plantations récompensaient les esclaves en leur donnant de temps à autre de tels barils.
  4. "Chavez accused of paying for votes", [lire en ligne]
  5. Jacques Attali, Le marché politique, L'Express, 3 mai 2001, [lire en ligne]

Voir aussi

Bibliographie

  • 1954, James Buchanan, "Vote et marché", [lire en ligne]
  • 1978, Gordon Tullock, Le marché politique, analyse économique des processus politiques
  • 1980, Henri Lepage, Demain, le libéralisme, Paris, Hachette, coll. Pluriel", pp.126-145
  • 1988, Claude Montmarquette, "Le marché politique: qu'est-ce qui est produit? Qui y participe? Qui en profite?", [lire en ligne], Cahiers de recherche 8825, Université de Montréal, Departement de sciences économiques
  • 1994, Steven Levitt, "Using Repeat Challengers to Estimate the Effect of Campaign Spending on Election Outcomes in the U.S. House", Journal of Political Economy, 102(4), pp. 777-98, [lire en ligne]
  • 2008, "Le rôle du marché politique : de Dunoyer au Public Choice" in Mélanges en l'honneur de Serge Schweitzer, pp.30-33, [lire en ligne]

Liens externes

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