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La confiance (du latin con -ensemble- et fidere -se fier, croire-), désigne un sentiment de sécurité vis-à-vis de quelqu'un ou quelque chose. C'est un élément essentiel de toute société libérale et de toute économie qui fonctionne.

La confiance est un facteur clé de la croissance

Plusieurs auteurs ont souligné le manque de confiance en l'autre comme l'un des obstacles majeurs au développement économique. Les chercheurs d'un large éventail de disciplines soutiennent que les codes moraux au niveau de la société qui favorisent la confiance sociale promeuvent également la création de richesse. Comment la confiance dans une société est-elle liée à la productivité et à la croissance économique de cette société, c'est-à-dire à la création de richesse ? Le prix Nobel d'économie Kenneth Arrow s'est également intéressé à cette notion dans ses déclinaisons économiques. Il a émis l'hypothèse que pratiquement toutes les transactions commerciales ont en soi un élément de confiance. Et, on peut affirmer de manière plausible qu'une grande partie du retard économique dans le monde s'explique par un manque de confiance mutuelle[1]. Kenneth Arrow se réfère à la confiance comme l'une des "institutions invisibles" de la société. En tant que telle, la confiance découle des principes de l'éthique et de la moralité. Elle favorise la croissance économique car c'est un "lubrifiant important du système social"[2].

Le capital social de la confiance est un capital fragile qui peut se désagréger rapidement

Francis Fukuyama, dans son livre "Trust", conclut également qu'une société prospère dépend des habitudes d'un peuple, de ses coutumes et de son éthique. Selon lui, la prévalence de la confiance dans une société ou dans certaines parties de celle-ci implique une forte densité du capital social. Elle peut résider dans le groupe social le plus petit et le plus fondamental, comme dans le noyau familial, ainsi que dans le plus grand de tous les groupes et les autres ensembles intermédiaires. Le capital social diffère du capital humain dans la mesure où il est généralement créé et transmis par des institutions culturelles comme la religion, la tradition ou les habitudes. Les valeurs éthiques qui sont partagées au sein des communautés ne peuvent pas être acquises, comme dans le cas du capital humain, par une décision d'investissement rationnelle. Dan ce dernier cas, un individu décide d'investir dans du capital humain conventionnel en achetant un service auprès d'un établissement d'éducation ou de formation. Il peut devenir selon son choix informaticien, coiffeur, ingénieur etc. simplement en allant dans une école appropriée. L'acquisition du capital social, comme la confiance, en revanche, nécessite de vivre selon les normes morales d'une communauté et d'adopter de façon prolongée des vertus telles que la loyauté, l'honnêteté et la fiabilité.

Francis Fukuyama nous explique que le manque de confiance dans une société entraîne des coûts car le groupe doit adopter des principes communs dans son ensemble, sinon la confiance ne peut pas s'instaurer entre ses membres. Autrement dit. le capital social ne peut être acquis simplement par la simple volonté des individus pris isolément. Les perturbations comme des grèves dans les usines ou des manifestations de rue entame le capital social et provoquent des conséquences majeures sur la nature de l'économie. En effet, si les personnes qui doivent travailler ensemble dans une nation se font confiance parce qu'elles opèrent toutes selon un ensemble commun de normes éthiques, alors faire des affaires coûte moins cher. L'auteur affirme qu'une telle société est plus à même d'innover sur le plan organisationnel, car le haut degré de confiance se traduit par l'émergence d'une grande variété de relations sociales et donc de potentiels d'opportunités.

En revanche, ajoute Francis Fukuyama, les personnes qui ne font pas confiance aux autres finissent tôt ou tard par coopérer uniquement dans le cadre d'un système de lois et de réglementations formelles qui doivent être négociées, alimentées, contestées et appliquées presque toujours par des moyens coercitifs. L'appareil juridique sert alors de substitut à la confiance, ce que nomment les économistes, les coûts de transaction. En d'autres termes, Francis Fukuyama compare la méfiance généralisée dans une nation à des impôts qui s'appliquent à toutes les formes de l'activité économique, des impôts que les sociétés où résident une haute confiance n'ont pas à payer, ce qui dégage pour les entrepreneurs un avantage concurrentiel non négligeable face à leurs concurrents extra-territoriaux.

Informations complémentaires

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Voir aussi

Citations

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Notes et références

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    • Traduit en français en 1976, "Les limites de l'organisation", PUF, Paris


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