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Différences entre les versions de « Esclavage »
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Version du 25 août 2007 à 23:48
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Esclavage (for) | |
Définition
L'esclavage (du latin médieval sclavus, dérivé de slavus, appliqué aux prisonniers de guerre slaves au IXe siècle) désigne la condition des personnes (appelées esclaves) qui sont juridiquement la propriété d'une autre personne (condition anti-libérale). Les esclaves sont tenus d'obéir à tous les ordres de leur maître depuis leur naissance (ou capture, ou passage à l'état d'esclave) jusqu'à leur mort (ou parfois leur libération, ou affranchissement).
Un esclave pouvait être acheté, vendu ou loué. On pouvait être réduit en esclavage pour dettes. En cas de nécessité, on pouvait se vendre soi-même comme esclave. L'origine de l'esclavage découle directement de la loi du plus fort : dans les sociétés antiques, une population vaincue pouvait soit être massacrée, soit être épargnée et réduite en esclavage - solution plus profitable, d'où le succès durable de l'esclavage, qui ne sera aboli qu'au XIXe siècle en Europe et en Amérique (au XXe siècle dans certains pays arabes). Le servage médiéval n'est pas un esclavage, le serf n'étant pas la propriété du seigneur.
Position libérale et libertarienne
Les libéraux ont toujours été opposés à l'esclavage, négation de la liberté individuelle, et historiquement ont lutté pour son abolition.
Les libertariens sont, comme les libéraux, opposés à l'esclavage, comme non conforme au droit naturel ou à la "propriété de soi-même", ainsi que le déclaraient les abolitionnistes américains :
- Le Droit de jouir de la liberté est inaliénable (...) Chaque homme a un Droit sur son propre corps, sur le produit de son travail, et d’être protégé par la loi (...) toutes ces lois en vigueur qui consacrent l’esclavage sont donc, devant Dieu, totalement nulles et sans effet (...) et par conséquent (...) il faut les abroger sur-le-champ (William Lloyd Garrison, 1833, cité par Rothbard dans l'Ethique de la liberté)
Par extension, les libertariens désignent souvent par "esclavagisme" toute tendance consistant à imposer par la force ses propres vues politiques, religieuses ou morales, ou consistant à prélever sur les individus des impôts, taxes ou autres cotisations "sociales" sans leur consentement, pour soutenir la fiction des faux droits. Murray Rothbard parle spécifiquement de la conscription comme d'un esclavage imposé par l'Etat : en effet, outre qu'il s'accapare leur temps et leur travail, l'Etat s'arroge un droit de vie ou de mort sur ses sujets. De même, pour Rothbard, le mariage forcé relève de l'esclavage.
En revanche, toute condition librement consentie ne peut être appelée esclavage (ainsi du salariat, abusivement considéré comme un esclavage par les marxistes). Ou alors il faut considérer comme un "esclavage" tout ce que la nature nous impose, comme de devoir travailler pour vivre. L'esclavage est une condition imposée par une autre personne en violation des droits individuels, et non pas une condition consentie, ni une condition imposée par la nature extérieure ou par notre propre nature d'être humain.
Selon Nozick, la démocratie, qui institutionnalise la propriété collective, n'est qu'une forme de l'esclavage. Même si le maître change, le statut des citoyens-esclaves demeure le même : ils sont esclaves de la majorité. L'État démocratique viole les droits individuels parce qu'il impose aux citoyens un statut d'esclaves de la collectivité, c'est-à-dire de l'État. En outre, l'État démocratique souverain nie le droit de sécession, c'est-à-dire le droit d'un individu de demeurer sur sa propriété et de vivre en marge des décisions de la démocratie.
L'esclavage volontaire est-il libéral ?
Notons que, curieusement, certains auteurs ont défendu la thèse selon laquelle l'esclavage volontaire était conforme au Droit naturel (et une telle situation n'a rien de fictif, l'esclavage volontaire existait dans l'Antiquité, par exemple pour se libérer d'une dette). C'est le cas de Grotius ou, plus récemment, du libertarien minarchiste Robert Nozick. Ce point de vue est isolé chez les libéraux. Ainsi, John Locke précise :
- N'ayant aucun pouvoir sur sa propre vie, un homme ne peut par pacte ou consentement se rendre esclave de quelqu'un d'autre.
De même, dans son article de l'Encyclopédie consacré à l'esclavage, le chevalier de Jaucourt (surnommé, ô ironie, "l'esclave de l'Encyclopédie" en raison du nombre impressionnant des articles qu'il y signa) écrit cette phrase définitive :
- Non seulement on ne peut avoir de droit de propriété proprement dit sur les personnes; mais il répugne à la raison qu'un homme qui n'a point de pouvoir sur sa vie puisse donner à un autre, ni de son propre consentement ni par aucune convention, le droit qu'il n'a pas lui-même. Il n'est donc pas vrai qu'un homme libre puisse se vendre.
Pareillement, dans sa version thermidorienne (1795), la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen stipule:
- Tout homme peut engager son temps et ses services; mais il ne peut se vendre ni être vendu; sa personne ne peut pas être une propriété aliénable.
Pour Rothbard, l'esclavage volontaire est impossible en raison de l'inaliénabilité de la volonté :
- Un homme peut aliéner les services de son travail, mais il ne peut pas vendre la valeur future actualisée de l’ensemble de ses services à venir. Autrement dit, la nature étant ce qu’elle est, il ne peut pas se vendre en esclavage et faire exécuter cette vente, car cela voudrait dire qu’il abandonne à l’avance le contrôle même de sa volonté sur sa propre personne.
- L’homme peut naturellement faire profiter quelqu’un d’autre de son travail actuel mais il ne peut pas, même s’il le voulait, se transformer sans retour en un bien de capital appartenant à quelqu’un d’autre. Car il ne peut pas par lui-même se débarrasser de sa propre volonté, qui pourrait bien changer d’idée dans l’avenir et désavouer son choix actuel. Le concept d'"esclavage volontaire" est bien, en effet, antinomique : le travailleur qui est complètement mais volontairement soumis à la volonté de son maître n’est pas encore un esclave puisque sa soumission est consentie ; alors que s’il changeait d’avis plus tard et que son maître lui imposât l’esclavage par la force, l’ esclavage ne serait pas volontaire. (Ethique de la Liberté, chap. 7)
En raison de l'inaliénabilité de la volonté, serait nul tout contrat d'esclavage volontaire, d'obligation perpétuelle ou d'engagement "pour un milliard d'années" tel qu'il peut en exister dans certaines sectes religieuses.
John Stuart Mill, de la même façon, juge "nul et sans valeur" un engagement d'esclavage volontaire : "ce n'est pas la liberté que d'avoir la permission d'aliéner sa liberté". (De la liberté, chap. V)
En revanche, certains libertariens ne voient aucun problème, ni moral ni juridique, dans l'esclavage volontaire. Ainsi, le libertarien de gauche Peter Vallentyne fait un parallèle avec le suicide:
- Dans les deux cas un agent prend une décision qui a pour effet qu’il cesse d’avoir l’autonomie morale. Dans les deux cas la décision sera normalement une des plus importantes de la vie de l’agent. En supposant qu’il n’existe aucun engagement au contraire, la protection de l'exercice de l’autonomie prend le pas, il me semble, sur la protection de la possession continue de l’autonomie morale. On a le droit de choisir de cesser d’être autonome (en mourant ou en perdant ses droits sur soi-même). De ce point de vue, l’esclavage authentiquement volontaire n’est pas problématique. Il est simplement le cas limite de l’esclavage partiel volontaire qui résulte de promesses ou d’accords que nous passons (en s’engageant dans l’armée, par exemple). ([1])
L'esclavage comme punition est-il possible ?
Locke admet l'esclavage comme une conséquence d'une "juste guerre", c'est à dire une guerre défensive, comme punition contre quelqu'un qui a menacé votre vie :
- Mais il y a une autre sorte de serviteurs, que nous appelons, d'un nom particulier, esclaves, et qui ayant été faits prisonniers dans une juste guerre, sont, selon le droit de la nature, sujets à la domination absolue et au pouvoir arbitraire de leurs maîtres. Ces gens-là ayant mérité de perdre la vie, à laquelle ils n'ont plus de droit par conséquent, non plus aussi qu'à leur liberté, ni à leurs biens, et se trouvant dans l'état d'esclavage, qui est incompatible avec la jouissance d'aucun bien propre, ils ne sauraient être considérés, en cet état, comme membres de la société civile dont la fin principale est de conserver et maintenir les biens propres. (Traité du Gouvernement Civil, §85, chapitre VII, "De la société politique ou civile")
Dans le cadre très restreint qu'évoque Locke, l'esclavage ne saurait concerner que ceux qui, parmi l'ennemi agresseur, ont commis des crimes, alors que l'esclavage antique concernait l'ensemble d'une population vaincue (qu'elle soit à l'origine de l'agression ou non). Il se trouve que les sociétés modernes, malgré leur agressivité intrinsèque et leur bellicisme, n'ont pas admis l'esclavage comme punition contre un état agresseur - pour des raisons politiques (il est plus simple de faire payer le vaincu, voire de le détruire).
Les libertariens admettent qu'une peine puisse être rachetée par le travail ou de l'argent. Un meurtrier pourrait donc, si la victime ou ses ayant-droits le souhaitent, être condamné, plutôt qu'à la peine de mort, à des travaux forcés de très longue durée (le terme d'esclavage pour qualifier cet état est inapproprié, car il n'est pas question de pouvoir "vendre" le criminel, ni de rendre héréditaire son statut) :
- Si le principe de proportionnalité établit la limite supérieure des peines, comment calcule-t-on cette limite ? Disons d’abord que le châtiment imposé à un criminel doit viser à lui faire payer sa dette non pas à “la société”, si tant est que cette expression ait un sens, mais à sa victime. Le premier stade du remboursement de cette dette consiste évidemment dans la restitution, ou réparation du dommage causé. Le cas du vol est le plus facile. Si X a volé 100 000 francs à Y, la première partie de son châtiment sera de lui rendre son argent (plus les dommages et intérêts ainsi que les dépens judiciaires et les frais de police). Qu’arrive-t-il si, comme c’est généralement le cas, le voleur a dépensé l’argent ? La première étape du châtiment libertarien consistera alors à forcer le voleur à travailler et à verser ce qu’il gagne à sa victime jusqu’à ce qu’elle ait été complètement remboursée. Idéalement, donc, le criminel devient esclave de sa victime, cette condition de juste esclavage continuant jusqu’à ce qu’il ait réparé le tort causé. (Murray Rothbard, Ethique de la Liberté, chapitre 13, "La proportionnalité des peines")
Citations
- Les hommes nés sous le joug, puis nourris et élevés dans la servitude, sans regarder plus avant, se contentent de vivre comme ils sont nés et ne pensent point avoir d’autres biens ni d’autres droits que ceux qu’ils ont trouvés ; ils prennent pour leur état de nature l’état de leur naissance. (Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire)
- En France l'esclavage a été aboli une première fois en 1794 sous la pression inlassable de Condorcet, l'Abbé Grégoire, et La Fayette, qui étaient tous des libéraux. Rétabli par Napoléon, il a de nouveau été aboli en 1848 grâce aux efforts non moins inlassables d'autres libéraux, en l'occurrence Tocqueville, Montalembert, et Victor Schoelcher. (Jacques de Guenin)
- Quand deux esclaves se rencontrent, ils disent du mal de la liberté. (proverbe africain)
- La Spoliation exercée par la force prend encore une autre forme. On n'attend pas qu'un homme ait produit une chose pour la lui arracher. On s'empare de l'homme lui-même; on le dépouille de sa propre personnalité; on le contraint au travail; on ne lui dit pas: Si tu prends cette peine pour moi, je prendrai cette peine pour toi, on lui dit: A toi toutes les fatigues, à moi toutes les jouissances. C'est l'Esclavage, qui implique toujours l'abus de la force. (Frédéric Bastiat dans Physiologie de la Spoliation)
- La féodalité et l'esclavage sont fondés sur la capacité de contrainte de l'État. La valeur de la production du travailleur est brutalement confisquée par la classe dominante, et si le travailleur se rebelle ou essaie de s'enfuir, la police d'État le ramènera à son maître. (Christian Michel)
- Défendre le gouvernement, c’est défendre l’esclavage. Défendre le gouvernement limité, c’est se mettre dans la situation ridicule de défendre l’esclavage limité. (Linda & Morris Tannehill)
- Je ne considère pas les collectivistes comme des « idéalistes sincères mais abusés ». La suggestion de réduire en esclavage certains hommes pour le bien d'autres n'est pas un idéal ; la brutalité n'est pas « idéaliste », peu importe son but. (Ayn Rand)
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