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Tolérance à l'ambiguïté

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Selon la définition de Stanley Budner, l'intolérance à l'ambiguïté est la tendance d'un individu à percevoir (c'est-à-dire à interpréter) des situations ambiguës comme des sources de menace» tandis que la tolérance de l’ambiguïté est la tendance à percevoir des situations ambiguës comme des situations souhaitables. En management, la gestion de l'ambiguïté est un réel défini dans l'orchestration de l'organisation[1].

L'approche psychologique de la tolérance à l'ambiguïté

Le concept de tolérance-intolérance à l'ambiguïté est un concept de recherche qui a été introduit pour la première fois en 1949 grâce aux travaux d'Elise Frenkel-Brunswik lors de ses recherches sur l'ethnocentrisme chez les enfants et qu'elle a poursuivis par ses recherches sur l'intolérance à l'ambiguïté liée à la personnalité autoritaire. Dans son étude, elle a testé la notion selon laquelle les enfants qui ont des préjugés ethniques ont également tendance à rejeter l'ambiguïté plus que leurs pairs.

Les travaux de S. Bochner sur les traits de caractères laissent apparaître qu'une personne intolérante à l’ambiguïté se caractérise par une personnalité autoritaire, dogmatique, rigide, à l'esprit fermé, avec des préjugés ethniques, peu créative, anxieuse, extra-punitive, agressive. Pour avancer dans la vie de tous les jours, ces personnes ont besoin de catégorisation des concepts et de certitude. Elles sont incapables de voir chez une même personne qu'il peut à la fois exister des bons traits de caractère et des mauvais traits de personnalité. Elles ont une représentation binaire de la vie (blanc-noir, vrai-faux, 0 ou 1). Elles préfèrent ce qui leur est familier plutôt que non familier. Elles rejettent ce qui est insolite ou de différent. Elles sont résistantes à l'idée du changement et qu'un stimulus motivant puisse fluctuer voire s'inverser. Lorsqu'une situation ambiguë se présente, elles ont tendance à vite sélectionner et à se maintenir dans une solution qui les rassure. Elles se ferment prématurément à toute autre situation qui leur apporterait peut être de meilleurs résultats. Ces comportements sur une base heuristique leur occasionnent bien souvent des biais cognitifs dont elles ont des difficultés à sortir.

La sensibilité à l'ambiguïté analysée par la psychologie économique

La forte tolérance à l'ambiguïté, dans certains environnements culturels, peut également jouer un rôle positif dans la création de nouvelles entreprises. Per Davidsson et Johan Wiklund (1997)[2] constatent que les sociétés qui valorisent l'autonomie chez leurs membres ont un plus haut niveau de besoin d'accomplissement. Dans d'autres sociétés où on prône une plus grande auto-efficacité, alors leurs membres ont tendance à créer plus de leaders[3], London: Palgrave Macmillain</ref> avec de nouvelles entreprises.

Contrairement aux concepts de prise de risque par l'entrepreneur et d'incertitude, le concept d'ambiguïté n'a pas été explicitement mentionné par les économistes jusqu'au début des années 1980. Toutefois, une étude de V. Jon Bentz (1974) au sein de la société Sears Roebuck avait déjà révélé que les commerciaux avaient une plus grande tolérance à l'ambiguïté que les opérateurs techniques et administratifs. Ce dernier groupe préfère des situations organisées, systématiques et concrètes.

Même si l'ambiguïté et l'incertitude sont des concepts liés dans la littérature psychologique, ils ne peuvent pas s'inter-changer aussi facilement. Il y a une différence entre elles. L'incertitude est un état d'esprit éprouvé par un individu à un moment donné qui découle de la perception d'une situation, d'un événement ou d'une interaction ambiguë. Les psychologues économistes parlent, alors, de tolérance à l'ambiguïté et la définissent comme la capacité d'un individu de ne pas ressentir d'inconfort ou de menace psychologique, dans des situations inconnues ou lorsqu'il est confronté à des informations vagues, incomplètes, non structurées, incertaines ou peu claires. L'entrepreneur n'est pas découragé par l'ambiguïté et accepte le fait que le monde soit chaotique, désorganisé et désordonné.

Cependant, la prédisposition psychologique d'un individu à tolérer l’ambiguïté est fortement corrélée à sa prédisposition à la curiosité épistémique. Dans des phases de recherche de nouveauté ou du changement, l'entrepreneur est vigilant, selon Israel Kirzner, à l'égard d'opportunités jusqu'ici inaperçues. Ce sont donc les personnes qui ont une grande sensibilité à l'ambiguïté qui sont les plus susceptibles d'être attentives aux opportunités jusqu'alors inaperçues. La tolérance à l’ambiguïté n'est pas alors un caractère passif et simplement inné de l'individu mais il s'agit d'une capacité apprise de l'individu qui lui permet de déclencher des initiatives précises de sensibilité à l'ambiguïté. De plus, l'entrepreneur dispose généralement d'un locus de contrôle interne élevé, car il rejette les situations où il ne peut pas être responsable de sa propre destinée. Aussi, sa tolérance à l'ambiguïté lui permet d'agréger sa propre connaissance à la connaissance idiosyncratique de son environnement, et donc de faire de celle-ci une partie tenante de lui-même, ce qui renforce la confiance en lui dans la réalisation de ses actes. Finalement, cela accroît son auto-efficacité entrepreneuriale. Comme le présente Don Lavoie dans sa théorie de l'entrepreneur thymo-linguistique, l'entrepreneur lit et interprète le marché. L'entrepreneur ne supporte donc pas plaintivement les risques de l'incertitude chaotique du monde, il crée agréablement de la valeur en lisant, en interprétant et en puisant des opportunités dans la richesse de l'ambiguïté de son environnement.

Informations complémentaires

Notes et références

  1. L. Gibson, R. Groom, 2018, "Ambiguity, manageability and the orchestration of organisational change: A case study of an English Premier League Academy Manager", Sports Coaching Review, Vol 7, n°1, pp23 44
  2. Per Davidsson, Johan Wiklund, 1997, "Values, beliefs and regional variations in new firm formation rates", Journal of Economic psychology, Vol 18, n°2, pp179-199
  3. David J. Wilkinson, 2006, “The Ambiguity Advantage: what great leaders are great at” (L’avantage de l’ambiguité : Le domaine où les grands leaders sont formidables)

Bibliographie

  • 1949, E. Renkel-Brunswik, "Intolerance of ambiguity as an emotional and perceptual personality variable", Journal of Personality, 18(1), pp108–143
  • 1958, R. Ginsberg, D. T. Kenny, "The specificity of intolerance of ambiguity measures", The Journal of Abnormal and Social Psychology, 56(3), pp300–304
  • 1962, Stanley Budner, "Intolerance of ambiguity as a personality variable", Journal of Personality, Vol 30, pp29–50
  • 1965, S. Bochner, "Defining intolerance of ambiguity", Psychological Record, 15(3), pp393–400
  • 1974, V. J. Bentz, "A Basic Investigation Into the Nature of Managerial Styles", Chicago, Illinois: Psychological Research & Services Department, Sears Roebuck & Company, étude non publiée citée par Jean L. Schere (1982)
  • 1975, R. W. Norton, "Measurement of Ambiguity Tolerance", Journal of Personality Assessment, Vol 39, n°6, pp607-619
  • 1982, Jean L. Schere, "Tolerance of ambiguity as a discriminating variable between entrepreneurs and managers", Academy of Management Proceedings, August, Vol 1982, n°1, pp404–408
  • 1990, Anne Maydan Nicotera, Michael Smilowitz, Judy C. Pearson, "Ambiguity tolerance, conflict management style and argumentativeness as predictors of innovativeness", Communication Research Reports, Vol 7, n°2, pp125-131