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Dean A. Shepherd

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Dean A. Shepherd est professeur d'entrepreneuriat à la Kelley School of business, aux Etats-Unis, où il tient la chaire "David H. Jacobs" en entrepreneuriat stratégique de l'université d'Indiana à Bloomington. Il a obtenu ses diplômes universitaires en Australie, en 1987 (BAppScience au Royal Melbourne Institute of Technology) puis en 1992 (M.B.A. à la School of Business, de l'université de Bond) et en 1997 (Ph.D. en entrepreneuriat et en stratégie dans la même université que précédemment. Il a également obtenu deux doctorats d'honneur en 2012, de la part de l'université de Jonkoping, en Suède et en 2013, de la part de l'université technique de Munich, en Allemagne. Il est un spécialiste de la théorie de l'apprentissage par l'échec et de la théorie de la cognition entrepreneuriale.

L'apprentissage de l'échec par la psychologie du deuil

Ses recherches permettent de mieux comprendre la psychologie de l'échec entrepreneurial et les ressorts de la psychologie dans l'apprentissage face à la peur de l'échec. Le fait de détecter et de s'adapter à l'incertitude caractérise un potentiel de ressources vitales et critiques pour l'entreprise. Dean Shepherd tente de distinguer les qualités psychologiques de l'entrepreneur qui lui offriraient cette capacité d'adaptation cognitive supérieure, c'est à dire la capacité à être dynamique, flexible et à s'auto-organiser dans des environnements dynamiques avec des tâches incertaines. Du fait de l'augmentation croissante de l'activité d'innovation des entreprises, beaucoup de projets entrepreneuriaux sont créés sans que ces opportunités nouvelles mènent à des profits certains. Ces projets sont mis dans un placard en état de veille ou ils "meurent" dans des cartons. L'environnement incertain dans lequel ils se développent, n'est pas l'unique raison de l'échec. Bien que l'échec puisse être une source importante d'information pour l'apprentissage, cet apprentissage n'est pas automatique ou instantané. Les émotions générées par l'échec (plus ou moins somatisées; par exemple, la douleur physique ou la manifestation du burn out) peuvent interférer avec le processus d'apprentissage. Dean A. Shepherd prend appui sur la psychologie du deuil pour mettre en évidence les explications du processus de l'échec et de la gestion adéquate que doivent exercer les individus dans les organisations afin d'améliorer l'apprentissage de l'échec. Les innovateurs peuvent apprendre davantage de leurs échecs des projets et rester engagés dans les futurs efforts d'innovation que doit nécessairement accomplir l'entreprise.

Il peut être très difficile pour un entrepreneur, qui a échoué, d'apprendre de son expérience en raison de l'évènement traumatique et émotionnellement fort qu'il (elle) a subi. Les émotions négatives sont par exemple, la peine, le remord, la honte, l'humiliation, la colère, le sentiment de culpabilité et la peur d'affronter l'inconnu. L'échec entrepreneurial a des conséquences sur le coût psychologique qui affecte les motivations de l'entrepreneur. Après l'échec, l'entrepreneur se sent sans ressource, isolé et abandonné. Son capital psychologique ne lui permet plus d'affronter le futur. Ses croyances dans le succès décroissent. Il rumine son incapacité à mener des tâches qui l'amèneraient au succès dans le futur. Il se représente ou se renvoie l'avis imaginaire de son entourage qu'il appartient au "clan des losers". C'est un processus auto-destructif captif et cloisonnant qui ne peut être arrêté que par la régénération de son capital psychologique positif généré par l'espoir, l'optimisme, l'ambition et la résilience. Dean Shepherd définit l'apprentissage de l'échec entrepreneurial comme la capacité d'un entrepreneur de réviser sa connaissance préalable de la façon d’appréhender efficacement son business en intégrant l'information rétrospective (feedback) sur les raisons de l'échec de son entreprise. De cette façon, ses échecs sont les "graines du succès" de ses projets futurs. L'apprentissage entrepreneurial se définirait donc comme une boucle rétro-active cognitive de "scannage" et d'interprétation de l'information. Ce processus en boucle s'arrête au moment où l'entrepreneur trouve des satisfactions à son apprentissage.

Afin de surmonter ces émotions négatives, l'entrepreneur qui a échoué doit traverser un processus identique à un deuil d'un proche. Il doit traverser différentes étapes et chacune de ces étapes est importante dans la qualité et la réussite du processus d'apprentissage de l'échec. L'échec entrepreneurial conçu comme un deuil apporte une part bénéfique au surpassement de son échec. C'est en comprenant l'intensité de la douleur du deuil par la manifestation de ses symptômes (colère, culpabilité, anxiété, perte d'espoir, retrait de la société, dépression...) et de sa compréhension où il se situe dans ses différentes étapes que l'entrepreneur va réussir à vaincre la douleur de son échec, vécu comme un deuil. Le processus de rétablissement est constitué de deux stratégies distinctes et complémentaires : la perte et le rétablissement psychologique. La première stratégie est elle-même constituée de trois éléments : la confrontation à la perte, une réaffirmation des évènements qui se sont déroulés avant et au moment de l'échec, puis la troisième partie constituée de la prise de conscience des différentes causes de l'échec. La stratégie de rétablissement est complètement différente. Elle consiste de se dégager et d'éviter toutes les pensées liées à la perte comme d'éliminer les sources secondaires de stress générées par l'échec entrepreneurial. L'oscillation entre ces deux stratégies duales (perte et rétablissement) permet à l'entrepreneur de choisir la meilleure stratégie personnelle pour sortir de son échec avec succès en régulant ses émotions, c'est à dire en ne laissant pas les interférences émotionnelles réduire ou empêcher le processus d'apprentissage de l'échec, qui doit se capitaliser sous forme positive. Les stratégies qui sont focalisées sur une émotion aide aussi l'entrepreneur de contenir ses émotions négatives. En effet, les fortes émotions négatives motivent l'entrepreneur pour donner du sens à son échec et les fortes émotions positives sont nécessaires pour stimuler les ressources cognitives qui facilitent et qui motivent cette recherche de sens. Les stratégies cognitives focalisent l'attention sur l'échec et elles encouragent l'auto-réflexion, ce qui alimente une meilleure compréhension de l'échec. Les résultats de l'apprentissage donne une meilleure vision du futur à l'entrepreneur et cela accroît son niveau de préparation pour poursuivre d'autres activités entrepreneuriales. Cette nouvelle connaissance est encore plus décisive et utile lorsque l'entrepreneur l'utilise dans un autre secteur d'activité que ce soit lui (ou elle) à l'origine de la création de cette activité ou qu'il (ou elle) poursuive sa carrière sans devoir être obligé de créer une nouvelle structure entrepreneurial. Les résultats de l'apprentissage de l'échec entrepreneurial ont donc une relation positive avec l'intention de créer une nouvelle activité entrepreneuriale.

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