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François d'Harcourt

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François d'Harcourt (1809-1883) incarne l'alliance entre la grande noblesse et l'engagement en faveur des idées libérales au XIXe siècle. Son action constante pour le libre-échange, sa participation active à la Société d'économie politique et la transmission de cet héritage politique à ses descendants en font une figure représentative de ce libéralisme aristocratique qui marqua profondément la vie économique et politique française de la deuxième moitié du XIXe siècle.

Identité et origines

François d'Harcourt est le cinquième duc d'Harcourt, titre prestigieux auquel il succède en 1829, à la mort de son père. Il naît en 1809 au sein d'une famille qui compte parmi les plus anciennes et les plus illustres de la noblesse normande, dont la filiation authentique remonte au XIIIe siècle. La maison d'Harcourt a, au fil des siècles, donné à la couronne de France de nombreux diplomates, militaires et prélats, tissant des alliances avec les plus grandes familles du royaume.

François d'Harcourt appartient à la branche aînée de cette dynastie, celle qui porte le titre ducal. Cette branche détient depuis le XVIIIe siècle le magnifique château de Thury-Harcourt, situé dans le Calvados, au cœur de la Suisse normande[1]. Cette demeure, bâtie au XVIIe siècle dans un élégant style classique, constitue le berceau familial et le symbole de la puissance territoriale des Harcourt. C'est dans ce cadre à la fois rural et aristocratique que François grandit, baigné dans une tradition de service de l'État et d'attachement aux valeurs de l'Ancien Régime, mais aussi ouvert aux courants de pensée éclairés qui traversent la noblesse libérale du XIXe siècle.

Éduqué dans les meilleures institutions, il hérite à la fois des domaines familiaux et d'une conception de la noblesse comme élite au service du bien commun. Cette conception l'amènera naturellement à s'intéresser aux questions politiques et économiques de son temps, et à s'engager en faveur des idées nouvelles, dans une démarche qui conjugue la tradition familiale et la modernité libérale.

Engagement libre-échangiste

Le duc d'Harcourt se distingue comme l'un des premiers défenseurs du libre-échange en France. À une époque où la France est encore dominée par les idées protectionnistes héritées du colbertisme, il ose prendre position en faveur de la liberté commerciale, convaincu que la suppression des barrières douanières est la condition de la prospérité générale. Avec son collègue Alexandre Anisson-Dupéron, il défend ce principe dès que l'occasion lui est offerte, si bien que Frédéric Bastiat, le célèbre apôtre du libre-échange, peut écrire en 1847 : « M. le duc d'Harcourt et M. Anisson-Duperron défendent la liberté commerciale depuis qu'il y a une tribune en France. » Cette remarque, à la fois élogieuse et ironique, souligne l'ancienneté de l'engagement du duc : bien avant que Bastiat ne devienne la figure de proue du mouvement, d'Harcourt était déjà là, militant discrètement mais fermement pour la cause.

Sa présence est attestée aux deux grands rendez-vous du libre-échangisme européen. Le 18 août 1846, il participe au banquet organisé à Paris en l'honneur de Richard Cobden, l'artisan du triomphe du libre-échange en Angleterre. Ce banquet, qui réunit les principaux soutiens français de la liberté commerciale, est un moment solennel : Cobden, auréolé de sa victoire sur les protectionnistes britanniques, vient recevoir l'hommage de ses alliés français. Le duc d'Harcourt a l'honneur de figurer parmi les participants aux côtés de Frédéric Bastiat et de Gustave de Molinari, signe du respect que lui portent les leaders du mouvement.

L'année suivante, du 16 au 18 septembre 1847, il représente la France au Congrès international des économistes de Bruxelles. Ce congrès, qui rassemble les grandes figures du libéralisme européen, est une étape importante dans la construction d'un réseau transnational en faveur de la liberté du commerce. Le duc d'Harcourt y siège aux côtés d'une délégation française prestigieuse, qui comprend notamment Horace Say, Charles Dunoyer, Joseph Garnier, Adolphe Blanqui et Louis Wolowski. Sa présence à ce congrès confirme son rôle d'intermédiaire entre la noblesse française et les milieux d'affaires européens, et témoigne de sa volonté de placer son prestige aristocratique au service d'une cause qu'il juge juste et profitable à tous.

Cette action constante et précoce en faveur du libre-échange vaut au duc d'Harcourt d'être reconnu comme l'une des figures de proue du mouvement, et ce avant même que Bastiat n'acquière sa célébrité nationale. Là où d'autres aristocrates se contentaient d'un libéralisme de salon, d'Harcourt s'engage personnellement, voyage, prend la parole et met son nom et son titre au service de la cause. Il incarne ainsi ce libéralisme aristocratique qui, alliant la tradition nobiliaire à l'ouverture aux idées nouvelles, joua un rôle décisif dans la lente conquête de l'opinion française en faveur de la liberté commerciale.

  1. La « Suisse normande » est une région naturelle de Normandie, située à cheval sur les départements du Calvados et de l'Orne. Elle doit ce surnom à ses paysages vallonnés, ses gorges profondes et ses falaises rocheuses qui, au XIXe siècle, rappelaient aux premiers voyageurs les reliefs alpins de la Suisse.