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Politique
On définit le plus souvent la politique comme l'organisation du pouvoir dans l'État.
Point de vue libéral
Pour un libéral, qu'elle soit légitimée ou non par des thèses contractualistes, la "politique" a un objet précis et strictement délimité : le respect des droits de chacun, qui n'est pas autre chose, pour un libéral, que la définition exacte de l'intérêt général. Comme le précise l’article 2 de la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen :
- Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Ces droits sont la liberté, la propriété et la résistance à l'oppression.
Une politique réellement libérale devrait donc se garder de tout constructivisme.
Point de vue libertarien
Le problème central que pose la politique, d'un point de vue libertarien, est que des gens décident à notre place, avec notre argent, de sujets qui ne les concernent pas (ou qui, prétendent-ils, concernent "tout le monde"). Les politiciens et leurs agents (les fonctionnaires, hommes de cette machine qui s'appelle l'Etat) se substituent à la société civile dans toutes les tâches qu'ils prennent en charge - sauf dans certaines tâches prédatrices, nuisibles ou inutiles (taxation, douanes, etc.).
Pour les libertariens, la politique est ainsi le principe selon lequel certains (les politiciens ou les hommes de l'Etat) ont le "droit" d'imposer à tous leur volonté. Dans les démocraties "sociales", la politique est l'art de créer des problèmes qui donneront aux hommes de l'Etat l'occasion de se faire passer pour des gens utiles, en prétendant résoudre ou pallier les inconvénients qu'ils ont eux-mêmes créés.
Or, par définition, quand l'un en impose à l'autre, cet un est le plus fort, et cet autre le plus faible ; la politique est donc par définition la loi du plus fort, et l'antithèse de la liberté. Les politiciens cherchent à changer l'identité du plus fort, pas le fait que le plus fort fasse sa loi ; ce sont tous des esclavagistes, voulant chacun être le plus fort et imposer sa loi.
Le libéralisme, au contraire, consiste justement à reconnaître à chacun une sphère qui lui est propre, où nul autre n'a le droit de lui imposer sa volonté, et qui s'étendra ou se rétrécira selon l'exercice responsable de sa liberté.
Du point de vue économique, le jeu de la politique est un jeu à somme négative, dont le coût total pour la société est directement mesurable par l'ensemble des avantages visibles pour les privilégiés du système : lobbies, associations et entreprises subventionnées, assistés en tous genres... (voir la loi de Bitur-Camember).
Le politicien est aussi le révélateur de l’irresponsabilité personnelle de l’électeur, soit que l’électeur attende de la politique des avantages tangibles (au détriment bien sûr des électeurs du camp adverse), soit qu’il préfère confier à d’autres (les "élus") des missions qu’il ne veut pas prendre en charge lui-même (guerre, protectionnisme, etc). La politique est une forme de la lutte des classes, et le vote est immoral, puisqu'il s'agit pour chacun d'imposer à ses semblables un pouvoir qui n'a d'autre légitimité que d'être celui qu'a choisi une majorité.
Ne pas confondre avec libéralisme politique, qui est la philosophie politique du libéralisme classique.
Théorie des choix publics
La théorie des choix publics (public choice theory) étudie le comportement des électeurs, des politiciens et du gouvernement, en partant du principe que tous ces acteurs sont des êtres humains agissant rationnellement et enclins à considérer avant tout leur propre intérêt. Ainsi, les décideurs ne sont pas libres de leurs choix mais ils sont en fait tributaires de groupes d’intérêt, ces derniers cherchant à bénéficier de la tendance redistributive de l'Etat qui justifie la fonction et l'existence même des premiers.
Selon Bertrand Lemennicier ([1]), cette théorie a développé deux propositions importantes applicables aux élections :
- Il n'est pas rationnel pour un électeur (contrairement au consommateur) de s'informer sur les programmes des candidats. S'informer a un coût d'opportunité qui excède le gain attendu du vote. Le gain attendu est le produit de la prébende qu'un électeur escompte, en votant pour son candidat favori, multipliée par la probabilité que son bulletin de vote influence le résultat. Mais dès que le nombre d'électeurs augmente sensiblement, la probabilité pour que le vote d'un électeur quelconque influence le résultat de l'élection est nulle. Il est donc irrationnel pour un électeur de s'informer sur les idées et programmes des candidats et les conséquences de ces programmes sur son propre bien être, y compris sur le programme et ses conséquences du candidat qu'il soutient. Il est donc normal que les électeurs choisissent des candidats sous l'influence de l'émotion et de la passion. Les électeurs, rationnellement ignorants, forment leurs opinions en se conformant aux croyances des autres pour conforter leur jugement personnel ou leurs informations privées (cascades d'information).
- Il n'est pas rationnel pour un électeur d'aller voter, pour des raisons identiques. Le gain attendu du vote est faible si les autres votent alors que le coût d'opportunité est élevé. En revanche si les autres ne votent pas, il est important d'aller voter. C'est le paradoxe du votant. Chaque électeur est incité à aller voter pour empêcher que l'autre clan fasse passer ses candidats. Le taux d'abstention varie en fonction des anticipations des uns et des autres sur le comportement des autres électeurs.
Selon la théorie des choix publics, l'électeur n'a donc aucune incitation à contrôler l'action gouvernementale, puisque, même s'il est bien informé des enjeux politiques, l'impact de son vote est quasi nul. En revanche, l'argent public finissant toujours dans des poches privées, les bureaucrates en place au gouvernement sont "capturés" par des groupes d'intérêt de toutes sortes (lobbies industriels, associations écologistes, syndicats, groupes politiques). L'action d'un gouvernement social-démocrate consiste ainsi à édicter des réglementations ou opérer des redistributions sous le paravent de la démocratie représentative, qui apparaît comme un simulacre de démocratie seulement destiné à légitimer son action. La subsidiarité est vue par certains libéraux comme un moyen de limiter cette tendance.
Citations
- Vous proposez d’établir un ordre social fondé sur le principe suivant : que vous êtes incapables de diriger votre vie personnelle, mais capables de diriger celle des autres ; que vous êtes inaptes à vivre librement, mais aptes à devenir des législateurs tout puissants ; que vous êtes incapables de gagner votre vie en utilisant votre intelligence, mais capables de juger des hommes politiques et de les désigner à des postes où ils auront tout pouvoir sur des techniques dont vous ignorez tout, des sciences que vous n’avez jamais étudiées, des réalisations dont vous n’avez aucune idée, des industries gigantesques dans lesquelles, selon votre propre aveu, vous seriez incapables d’exercer les fonctions les plus modestes. (Ayn Rand, Atlas Shrugged)
- Il n'est aucun problème politique qui ne puisse se résoudre par l'inaction. (Henri Queuille)
- La politique est le seul métier qui se passe d’apprentissage, sans doute parce que les fautes en sont supportées par d’autres que par ceux qui les ont commises. (Achille Tournier)
- La politique fut d'abord l'art d'empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde. A une époque suivante, on y adjoignit l'art de contraindre les gens à décider sur ce qu'ils n'entendent pas. Ce deuxième principe se combine avec le premier. (Paul Valéry)
- C'est bel et bien quand la politique se mêle d'intervenir que la « sauvagerie » apparaît. (...) Il n'est alors plus question de préserver le Droit des personnes, mais de défendre les intérêts de « catégories » que prétendent représenter les groupes de pression : chacun doit s'associer à un groupe pour éviter d'être dépouillé ou plutôt, parce qu'à travers l'Etat il est plus facile de voler les autres que d'échapper à leur prédation, pour essayer de voler plus aux autres qu'ils ne vous ont eux-mêmes volé. (François Guillaumat)
- Au lieu de penser que la raison est l'apanage d'une petite minorité d'hommes, sortes d'ingénieurs sociaux (qu'ils soient désignés démocratiquement ou autrement), le vrai libéral a confiance dans la capacité de chacun à déterminer son destin, à condition que les droits de tous soient définis et respectés. Le libéral n'a donc pas de "modèle de société" clefs en main à proposer. (Pascal Salin)
- On ne peut douter que les plus misérables des hommes, soumis à l'Etat le plus oppressif de la terre, se serviraient du bulletin de vote si on leur en laissait l'occasion, s'il pouvaient y voir la moindre chance d'améliorer leur sort. Mais ce n'en serait pas pour autant la preuve qu'ils ont volontairement mis en place les hommes de l'Etat qui les opprime, ni qu'ils l'acceptent en quoi que ce soit. (Lysander Spooner)
- Il faut avoir vécu dans cet isoloir qu’on appelle Assemblée nationale, pour concevoir comment les hommes qui ignorent le plus complètement l’état d’un pays sont presque toujours ceux qui le représentent. (Proudhon)
- Chaque élection est une sorte de vente aux enchères par avance de biens à voler. (Henry Louis Mencken)
- Voter, c'est abdiquer ; nommer un ou plusieurs maîtres pour une période courte ou longue, c'est renoncer à sa propre souveraineté. Qu'il devienne monarque absolu, prince constitutionnel ou simplement mandataire muni d'une petite part de royauté, le candidat que vous portez au trône ou au fauteuil sera votre supérieur. Vous nommez des hommes qui sont au-dessus des lois, puisqu'ils se chargent de les rédiger et que leur mission est de vous faire obéir. (Élisée Reclus, Lettre adressée à Jean Grave, 26 septembre 1885)
- Tout individu qui, dans l'état présent des choses, dépose dans l'urne électorale un bulletin politique pour l'élection d'un pouvoir législatif ou d'un pouvoir exécutif est, sinon volontairement, du moins à son insu, sinon directement, du moins indirectement, un mauvais citoyen. (...) Déjà, donc, en allant voter et par le fait seul de son vote, l'électeur avoue qu'il n'est pas libre et il adjuge à celui qu'il nomme la faculté de l'en rendre ; il confesse qu'il est grevé, et il admet que le pouvoir élu a la puissance de le dégrever ; il déclare vouloir l'établissement de la justice et il concède à son délégué toute autorité pour le juger. (Anselme Bellegarrigue, L'anarchie, journal de l'ordre, n°1, Chapitre X)
- Politique : lutte d'intérêts déguisée en débat de grands principes ; conduite d'affaires publiques pour un avantage privé. (Ambrose Bierce, Le dictionnaire du diable) (humour)
- Vous ne vous occupez pas de politique, monsieur ; je vous plains, car un jour la politique s'occupera de vous. (Royer-Collard à Sainte Beuve)
- Tout le monde peut faire des erreurs et les imputer à autrui : c'est faire de la politique. (Georges Clemenceau)
- La Politique est le produit le plus ignoble et le plus néfaste de l’existence des sociétés humaines. Elle séduit inévitablement les esprits à des spéculations dont la matière est la liberté, la vie, les biens des individus considérés en masse, et qui supposent toujours leur passivité et leur docilité obtenues soit par la crainte, soit par la faiblesse d’esprit ; et ceci, quels que soient le système ou le régime qui soient en vigueur, les intentions des politiquants, leur valeur ou leur vertu. C’est une triste nécessité. Toute politique est une volonté de rendre une population conforme à un modèle créé par l’esprit, et de mener les affaires de cette masse comme une affaire d’un seul - ce qui se fait en nommant ce Seul : Nation, Etat, peuple - etc. et en lui attribuant une sorte de sensibilité, de susceptibilité, des appétits, des motifs d’orgueil, de peine, de joie etc., des souvenirs, des regrets et des espoirs - qu’on essaye d’inculquer à tous. Si chacun se croit propriétaire d’un territoire - dont la plupart ne possèdent même pas un mètre carré, chacun est ainsi sensibilisé à l’égard des accroissements ou diminutions de ce territoire et prêt à se battre furieusement pour ou contre ces modifications desquelles cependant il n’a généralement rien à espérer. (Paul Valéry, Cahiers II, 1941)
- On reconnaît l’homme libre à ce qu’il est attaqué successivement ou simultanément par les partis opposés. (Montherlant)
Liens externes
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