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Bitcoin
Bitcoin est une monnaie électronique décentralisée conçue en 2009 par Satoshi Nakamoto (pseudonyme). Son symbole monétaire, non officiel, est ฿ (caractère unicode 0x0243), et le sigle correspondant est BTC.
C'est un système anonyme, peer-to-peer, de production et d'échange de monnaie par transactions publiques et cryptographie asymétrique, issu des idées cyberlibertariennes ou crypto-anarchistes (telles que présentées en 1994 dans le Cyphernomicon de Timothy C. May).
Description
Les particularités techniques de Bitcoin sont les suivantes :
- il n'y a aucun émetteur central de la monnaie, la gestion de la monnaie est répartie sur tous les nœuds du réseau, le bon fonctionnement du système repose uniquement sur des procédés cryptographiques ;
- n'importe qui peut créer de la monnaie (bitcoin mining), au prix d'une consommation conséquente de temps-machine[1] ;
- aucune inflation n'est possible, par construction le nombre maximum de bitcoins ne dépassera pas 21 millions ;
- corrélativement, il y a une très grande divisibilité du bitcoin (jusqu'à 10-8) ;
- les transactions sont à la fois anonymes (pas de nom de personnes, mais des adresses numériques) et totalement publiques (toutes les transactions sont diffusées et stockées par tous les nœuds du réseau) ; l'état d'un compte est donc public, il résulte de toutes les transactions qui le concernent ;
- une transaction n'est pas validée par une entité centrale, mais par les autres nœuds du réseau.
La finalité est de pouvoir se passer à la fois de banque centrale et du réseau bancaire classique, et en même temps d'échapper (grâce à l'anonymat) aux contrôles étatiques (possibilité d'une économie parallèle) ainsi qu'aux manipulations inflationnistes (le bitcoin est une monnaie déflationniste par essence).
Du point de vue économique, c'est une monnaie privée qui n'est pas émise par une banque libre, et qui n'est pas liée à un contrat de monnaie. Ce n'est évidemment pas une monnaie marchandise, ni une monnaie fiat puisqu'elle n'a aucun cours forcé ; elle partage avec les monnaies fiat le fait de ne pas être adossée à un bien matériel (elle n'a de valeur que parce que des acteurs économiques sont d'accord pour l'utiliser, Internet facilitant les échanges entre eux). Elle est orientée a priori davantage vers la fonction monétaire d'échange que vers celle de réserve de valeur, bien que sa nature déflationniste puisse en théorie l'y conduire.
Une invention libertarienne
Alors que les propositions de monnaie alternatives sont en général marquées par un très fort constructivisme ou par la nécessité de la coercition pour imposer un nouveau concept, Bitcoin est une initiative purement individuelle qui a vocation à dépasser des initiatives privées qui restent locales (comme les SEL). On peut le considérer comme une expérience originale en termes économiques, une sorte de mise à l'épreuve des thèses de l'École autrichienne d'économie.
Selon son inventeur, Satoshi Nakamoto :
- « Nous pouvons gagner une bataille importante dans la "course aux armements" et acquérir un nouveau territoire de liberté pendant plusieurs années. Les gouvernements sont très bons pour décapiter des réseaux à contrôle centralisé comme Napster, mais de purs réseaux peer-to-peer comme Gnutella ou Tor semblent résister par leurs propres moyens. C'est très intéressant d'un point de vue libertarien, si nous arrivons à l'expliquer correctement. Mais je me débrouille mieux avec le code qu'avec la parole...[2] »
Selon une étude de la BCE d'octobre 2012[3] :
- « Les racines théoriques de Bitcoin peuvent être trouvées dans l'école autrichienne d'économie et ses critiques du système actuel de monnaie fiduciaire et des interventions menées par les gouvernements et d'autres organismes, qui, à leur avis, provoquent des cycles économiques exacerbés et une inflation massive.
- L'un des sujets sur lesquels l'École autrichienne d'économie, dirigée par Eugen von Böhm-Bawerk, Ludwig von Mises et Friedrich A. Hayek, a mis l'accent, ce sont les cycles économiques. En bref, selon la théorie autrichienne, les cycles économiques sont la conséquence inévitable des interventions sur le marché monétaire, où une expansion excessive du crédit bancaire provoque une augmentation de l'offre de monnaie à travers le processus de création monétaire dans un système de banques à réserves fractionnaires, qui à son tour conduit à des taux d'intérêt artificiellement bas. Dans cette situation, les entrepreneurs, guidés par des signaux de taux d'intérêt distordus, se lancent dans des projets d'investissement excessivement ambitieux qui ne correspondent pas aux préférences des consommateurs (...). Tôt ou tard, ce déséquilibre généralisé ne peut plus être soutenu et mène à une récession, au cours de laquelle les entreprises ont besoin de liquider leurs projets d'investissement défaillants et de réadapter (restructurer) leurs structures de production en ligne avec les préférences intertemporelles des consommateurs. En conséquence, de nombreux économistes autrichiens demandent l'arrêt de ce processus par l'abolition du système bancaire à réserves fractionnaires et le retour à l'étalon-or, qui ne peut être facilement manipulé par une quelconque autorité.
- Les idées suivantes sont généralement partagées par Bitcoin et ses partisans :
- ils voient Bitcoin comme un bon point de départ pour mettre fin aux monopoles d'émission de monnaie des banques centrales ;
- ils critiquent vivement le système bancaire actuel à réserves fractionnaires par lequel les banques peuvent étendre leur offre de crédit au-dessus de leurs réserves réelles et où, simultanément, les déposants peuvent à tout moment retirer leurs fonds de leurs comptes courants ;
- le projet s'inspire de l'ancien étalon-or.
- Bien que les racines théoriques du concept puissent être trouvées dans l'école autrichienne d'économie, Bitcoin a soulevé de sérieuses préoccupations parmi certains économistes autrichiens contemporains. Leurs critiques couvrent deux aspects généraux : a) les Bitcoins n'ont aucune valeur intrinsèque, comme l'or, ce sont de simples octets stockés dans un ordinateur, et b) le système ne réussit pas à satisfaire le "théorème de régression de Mises", qui explique que l'argent est accepté non en raison d'un décret du gouvernement ou d'une convention sociale, mais parce qu'il a ses racines dans une marchandise exprimant un certain pouvoir d'achat. »
Utilisations
Le Bitcoin, de par sa nature quasi-anonyme, permet de créer des économies souterraines à large échelle, échappant aux taxes, réglementations, et interdictions. De ce fait, il peut intéresser particulièrement les agoristes. Silk Road, un service TOR caché utilisant les Bitcoins, est une des places de marché les plus populaires (utilisée entre autres pour le commerce de drogues).
Il faut tout de même noter qu'il est faisable d'analyser les transactions car elles sont publiques, et ainsi de remonter au propriétaire. Il est cependant possible de mitiger ce risque en achetant des Bitcoins en dehors des services d'échanges, voire en liquide, ou en les générant soi-même (moyennant un certain investissement matériel), tout en passant par des anonymiseurs comme TOR.
Partageant en gros les mêmes avantages et inconvénients que l'argent en espèces (anonymat, irréversibilité des transactions), le Bitcoin peut également servir pour le blanchiment d'argent. C'est d'ailleurs cet angle d'attaque (qui a servi aussi contre le secret bancaire) que privilégient les politiciens : ainsi, le sénateur de New York Charles Schumer décrit en 2011 l'usage de Bitcoin dans le réseau Silk Road comme une forme de blanchiment d'argent[4].
Critique économique
La critique centrale est que Bitcoin ne respecte pas le théorème de régression de von Mises (la valeur d’une "vraie" monnaie, une monnaie qui n'est pas à cours forcé, provient, au départ, de sa valeur non monétaire, de son utilité, de son usage pratique), ce qui impacte la qualité de la monnaie Bitcoin : on donne arbitrairement de la valeur à quelque chose qui, à la base, n'en a pas du tout. La valeur de Bitcoin dépend du nombre de ses "fans" et de l’intérêt qu'ils y trouvent, tout comme la valeur des timbres de collection dépend de la passion des collectionneurs. Si les "collectionneurs" de Bitcoin aimaient les collectionner indépendamment de leur usage monétaire, on aurait affaire à une vraie monnaie (comme ont pu l'être dans d'autres contextes les cigarettes, les coquillages, etc.), mais ce n'est pas le cas. Le risque est donc une extrême volatilité à court et moyen terme, et un grand doute sur sa viabilité à long terme[5].
De plus, même s'il est clair qu'il y a un avantage concurrentiel à être comme Bitcoin "premier arrivant" ayant quelque succès dans le domaine des monnaies virtuelles, on peut imaginer des variantes techniques de ces monnaies plus sophistiquées et plus souples que Bitcoin, qui lui viendraient en concurrence à l'avenir (en offrant même une certaine compatibilité avec Bitcoin "version 1"), et donc feraient chuter sa valeur, chose impossible (ou beaucoup plus difficile) avec une monnaie marchandise. La "rareté" de la monnaie Bitcoin est donc douteuse (Bitcoin "version 1" est rare, mais rien n'interdit d'inventer Bitcoin "version 2", Bitcoin "version 3", etc. ad infinitum).
Un des paradoxes de Bitcoin est ainsi qu'il semble inspiré des thèses de l'École autrichienne d'économie (il constitue une monnaie apparemment "rare", car difficile à produire, contrairement aux monnaies-fiat que fabriquent les États), alors qu'il contrevient à un théorème fondamental de cette École sur la nature même de la monnaie.
Notes et références
- ↑ En pratique la génération d'un seul bitcoin peut nécessiter des mois de calcul intensif sur un seul micro-ordinateur. On peut pronostiquer qu'il y aura au fil du temps de moins en moins de bitcoins générés, malgré la loi de Moore.
- ↑ Satoshi Nakamoto sur Bitcoin wiki
- ↑ Virtual currency schemes
[pdf]
- ↑ Lowenthal, Thomas (8 June 2011). "Bitcoin: inside the encrypted, peer-to-peer digital currency". Ars Technica.
- ↑ Voir par exemple les articles critiques suivants : Bitcoin, un enfumage réussi, Bitcoin va-t-il sauver l'humanité ?, Bitcoin: Is the cryptocurrency Bitcoin a good idea?.
Liens externes
- (fr)FAQ
- (fr)Les articles sur Bitcoin sur Contrepoints
- (fr)Bitcoin Sur Wikipédia
- (fr)Le phénomène BitCoin, sur La Page Libérale
- (en)Bitcoin wiki
- (en)Myths (les mythes autour de Bitcoin)
- (en)Bitcoin Magazine
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