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Capitalisme financier

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Définition de capitalisme financier

Capitalisme financier est généralement un terme péjoratif utilisé par les opposants au capitalisme pour désigner une sorte de capitalisme qui serait déconnecté de « l’économie réelle » et où l’importance accordée à l’actionnaire serait largement excessive. On le trouvera donc généralement dans la presse altermondialiste ou étatiste, de droite ou de gauche : Alternatives économiques, ATTAC, Le Monde diplomatique.

Tout capitalisme est financier et la finance fait partie du capitalisme

Comme le remarque l'économiste Georges Lane, le capitalisme est par définition financier[1]. En effet, par capitalisme, on entendra, au sens large, un système caractérisé par la propriété privée des moyens de production. Or la finance, en permettant l'échange de ces droits de propriété, est consubstantielle au capitalisme libéral. Parler de « capitalisme financier » est donc un pléonasme. Comme le note Georges Lane, « n'y a-t-il pas plus beau pléonasme que cette expression de "capitalisme financier" ? ».

La rhétorique anticapitaliste oppose l'« économie réelle » à la finance, les producteurs aux investisseurs. Cette distinction est purement artificielle : les activités liées à la finance sont des services qui appartiennent comme les autres activités de service à la sphère productive. Derrière cette erreur, on voit poindre l'erreur qui a longtemps régné parmi les penseurs économiques, qui considéraient pour beaucoup que seule la production de biens matériels comptait.

Un nouveau rôle des actionnaires

De même que le consommateur ne perçoit pas nécessairement tout le pouvoir qui est le sien dans une économie de marché, les pourfendeurs du « capitalisme financier » ne perçoivent pas le rôle majeur qui est celui des actionnaires d'une entreprise. Ce sont les propriétaires de l'entreprise qui choisissent sa stratégie, c'est donc là que peuvent influer les individus. C'est en particulier le rôle de ceux que l'on nomme « actionnaires activistes », qui pèsent sur les dirigeants de l'entreprise pour que cette dernière effectue des choix plus conformes avec l'intérêt par exemple financier des entreprises, mais aussi en matière d'environnement ou de droits de l'homme.

C'est en particulier ce qu'observe Philippe Manière dans Marx à la corbeille (2000). Le capitalisme français a été longtemps dominé par les relations pas toujours claires entre politiques et dirigeants d'entreprise ; les actionnaires ont longtemps suivi aveuglément les décisions, même prises au mépris du respect du droit de propriété. Philippe Manière montre que les choses évoluent vers un exercice plus effectif de leurs droits de propriété par les actionnaires. On notera d'ailleurs que ce phénomène est né dans les pays qui seraient le plus en proie à ce « capitalisme financier » honni : États-Unis, Royaume-Uni, etc.

Erreur courante : l'hypertrophie du système financier actuel est la résultante du libéralisme

Si, comme on l'a vu, la finance est un élément consubstantiel à tout système capitaliste, il n'en reste pas moins que le secteur financier a pris aujourd'hui une importance particulièrement grande par rapport à ce qu'il était dans le passé, en particulier au niveau de l'importance des profits des banques dans le profit total.

On peut avancer les raisons suivantes à cette hausse :

  • pour l'école autrichienne d'économie, la création monétaire ex nihilo peut expliquer une déconnexion de la finance et de "l'économie réelle". La nouvelle monnaie émise par la banque centrale devient le jouet de la spéculation et alimente des bulles dans certains marchés (actions, matières premières, etc.), sans forcément impacter le niveau général des prix (contrairement à ce qu'affirme la théorie quantitative de la monnaie). Certains accusent les banques centrales de soutenir artificiellement les marchés de cette façon. Antal E. Fekete indique que la nouvelle monnaie créée par la banque centrale s’épand sur le marché obligataire sans risque de "fuite vers les biens réels", ce qui explique le décrochage entre "économie réelle" et "économie financière". La banque centrale étant un monopole d'émission monétaire combattu par les économistes autrichiens, on voit que la mise en accusation du libéralisme relativement au "capitalisme financier" est absurde ;
  • l'endettement général (des entreprises, des particuliers, des États via la dette publique) accroît les flux financiers et les volumes gérés par le secteur financier (la dette d'un acteur économique étant toujours un placement financier d'un autre acteur), encore plus dans un contexte mondialisé. C'est moins le libéralisme qui est ici en cause que le comportement de chacun des acteurs économiques, États compris.
  • la technique financière elle-même progresse et offre des opportunités d'échanges qui n'existaient pas auparavant, à travers des produits sophistiqués (produits dérivés, CDS, ...)

Citations

  • « La plupart des défauts que l'on attribue au capitalisme financier sont imaginaires ou proviennent de réglementations inadaptées » (Agnès Verdier-Molinié)[2]
  • « Cette nouvelle pensée unique qu'est la révolte contre le « grand méchant loup » du libéralisme financier résiste mal à la confrontation aux faits. Le capitalisme financier n'est pas l'instrument du vieux conflit capital-travail qui hante le débat politique depuis plus d'un siècle. [..] Le capitalisme actionnarial n'induit pas non plus la myopie industrielle pour laquelle on le blâme, mais permet au contraire le financement de projets de très longue haleine. De manière générale, le constant quantitatif est univoque : la finance est l'amie de l'emploi, pas son fossoyeur. » (David Thesmar & Augustin Landier, Le Grand méchant marché[3])

Informations complémentaires

Notes et références

  1. Le capitalisme financier, un merveilleux pléonasme, Georges Lane
  2. Agnès Verdier-Molinié, La mondialisation va-t-elle nous tuer ?, 2008, p.47
  3. Thesmar & Landier, Le Grand méchant marché, édition 2007, p. 8-9

Bibliographie

  • 2000, Philippe Manière, Marx à la corbeille : Quand les actionnaires font la révolution, Stock
  • 2007, Augustin Landier & David Thesmar, Le Grand méchant marché, Flammarion, 2007, ISBN 2081213079
  • 2007, Arnaud Bouyer, Les fonds d'investissement sont ils... des prédateurs ?, JC Lattès, ISBN 270962981X

Voir aussi

Liens externes

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