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Sophie Raffalovich

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Sophie Raffalovich naît le 15 janvier 1860 à Odessa, en Ukraine, dans une famille juive de banquiers fortunés. En 1864, pour échapper aux pressions religieuses du régime tsariste, la famille quitte la Russie et s'installe en France[1]. Formée à l'économie politique, elle traduit des biographies de figures libérales comme Richard Cobden et Lord Shaftesbury[1]. La fin des années 1880 marque un tournant : passionnée par la question irlandaise, elle épouse en 1890 le nationaliste William O'Brien, après s'être convertie au catholicisme[1]. Cette union scelle un engagement politique qui durera tout un siècle, jusqu'en 1960.

Biographie romanesque d'une quasi-centenaire

Sophie Raffalovich grandit à Paris dans un milieu intellectuel exceptionnellement brillant. Sa mère Marie, républicaine engagée, tient un salon réputé où se côtoient des scientifiques et des artistes ; elle est l'amie proche du physiologiste Claude Bernard[1]. Son père Hermann, banquier et marchand de grain, est proche des milieux financiers internationaux ; son frère, économiste, participe au Congrès monétaire international de 1889 réunissant les tenants du bimétallisme et du monométallisme. Sophie entretient une relation privilégiée avec son frère André, esthète et écrivain, qui organise des salons littéraires à Londres où elle fait office d'hôtesse[2]. Elle y rencontre la jeune Augusta Gregory, future dramaturge, qu'elle trouve « priggish and condescending » (bégueule et condescendante)[1]. Dès les années 1880, elle soutient avec sa mère une école de filles et un orphelinat à Amiens, amorçant un engagement philanthropique qui ne se démentira jamais[1].

La fin des années 1880 constitue un tournant décisif. Les récits des arrestations très médiatisées de William O'Brien lors du Plan de campagne[3] éveillent l'intérêt de Sophie et de sa mère pour l'Irlande[1]. Elles correspondent avec « l'Aiglon », surnom donné à O'Brien en France, et le rencontrent à Paris le 8 juin 1889[1]. C'est Sophie qui prend l'initiative de la brève cour qui s'ensuit. Pour son père, c'est une profonde déception : Sophie se convertit au catholicisme avant son mariage, bien que plusieurs membres de sa famille maternelle l'aient déjà fait[1]. Ses écrits privés attestent pourtant d'une conversion sincère, préparée de longue date, même si elle conserve une forte conscience de son héritage juif – notamment en raison des attaques antisémites dont elle sera la cible[1]. Le mariage, célébré à Londres le 11 juin 1890 en présence de Charles Stewart Parnell, revêt rétrospectivement une dimension tragique : c'est le dernier rassemblement du parti irlandais avant la scission de Parnell, qui brisera de nombreuses amitiés[1].

Installée en Irlande, Sophie s'intègre rapidement aux réseaux sociaux informels du parti irlandais, nouant des amitiés durables avec Anne Deane et Henrietta Mitchel Martin[1]. Elle joue un rôle de « facilitateur » auprès de son mari : elle finance ses activités politiques, recopie et préserve sa correspondance, veille à son alimentation, à sa santé et organise ses voyages[1]. Sa relation avec lui est décrite comme « as much maternal as spousal »[1]. Le couple vit simplement et consacre l'essentiel de ses revenus aux pauvres – Sophie tenant les comptes[1]. En 1895, William quitte le Parlement et choisit la faillite plutôt que de rembourser des dettes liées au Plan de campagne ; les O'Brien se retirent à Mallow Cottage, Westport, dans le comté de Mayo[1]. Là, ils collaborent à des travaux littéraires, s'adonnent à l'agriculture, élèvent des chiens et soutiennent financièrement les pêcheries locales. Sophie décrit cette période dans Under Croagh Patrick (1904), qui allie une vision sentimentale des populations locales à une conscience aiguë de leur pauvreté[1]. Elle publie en 1907 un roman, Rosette: a romance of Paris and Dublin.

Sophie déploie une activité philanthropique considérable. Elle travaille avec des nonnes de Westport pour établir des industries artisanales et ouvre des marchés à Paris pour la dentelle produite par l'école technique locale[1]. Elle se lie d'amitié avec Sœur Mary Eustace du Harold's Cross Hospice for the Dying, dont elle publie une biographie en 1923, et envisage un temps de rejoindre son couvent après la mort de son mari[1]. N'ayant pas d'enfants, elle souhaite adopter, mais son mari s'y oppose ; elle décide alors de financer l'éducation de nombreuses filles pauvres, qui continuent à vivre dans leurs familles[1]. Ces filles lui apporteront plus tard un soutien affectif précieux. Le couple s'engage activement dans les secours lors de la famine de 1897-1898 dans le Connacht ; Sophie devient ensuite le principal soutien financier de la United Irish League, fondée par William pour la redistribution des terres[1]. Ce soutien permet la réunion du Parti parlementaire irlandais en 1900. Après la rupture de son mari avec le parti en 1903, elle continue à financer ses activités, notamment le Cork Free Press, un quotidien lancé en 1910 pour soutenir sa Ligue pour l'Irlande[1].

Sophie écrit abondamment pour des journaux catholiques et nationalistes, y tenant une chronique féminine sur l'éducation et l'implication des femmes dans la politique locale[1]. Profondément préoccupée par l'éducation des filles, elle voit leur engagement dans la vie locale comme un prolongement de leur rôle domestique et caritatif, mais elle s'oppose farouchement au droit de vote des femmes[1]. Elle apparaît sur les estrades aux côtés de son mari, pour veiller sur sa santé, mais ne prend jamais la parole. Lorsque les femmes obtiennent le droit de vote, elle refuse de s'inscrire sur les listes électorales[1]. Pendant la Première Guerre mondiale, son identification à la France est renforcée par le refus de sa mère de quitter Paris. Ses avoirs, déjà entamés par les activités politiques de William, sont pratiquement anéantis par la perte des investissements de la famille Raffalovich en Allemagne et en Russie[1]. Sur la question du nationalisme irlandais, elle se montre beaucoup moins indulgente que son mari envers le Sinn Féin[4], qu'elle accuse de saper l'effort de guerre allié et de mettre en danger la France[1].

Après la défaite électorale de William en 1918, le couple se retire à Mallow. Sophie publie deux recueils de croquis sur ses voisins pauvres : In Mallow (1920), qui se termine par une dénonciation de l'incendie de la ville par les forces de la Couronne, et Around Broom Lane (1931)[1]. Veuve le 25 février 1928, Sophie se constitue la gardienne de la mémoire de son mari – un rôle qui lui sert de thérapie. Elle passe plusieurs années à classer et transcrire ses papiers, à rédiger des notes pour son biographe Michael MacDonagh, et à tenter de publier son œuvre[1]. Elle édite leurs lettres comme Golden Memories (1928-1929) et fait don des archives à l'University College Cork et à la Bibliothèque nationale d'Irlande. En février 1938, l'Université nationale d'Irlande lui décerne un doctorat honorifique en lettres pour ce travail[1].

En juin 1933, réalisant que sa maison de Bellevue est trop grande pour elle seule et qu'elle est trop âgée pour entrer en couvent, Sophie quitte Mallow pour s'installer à Eplessier, près d'Amiens, avec les sœurs Fernande et Lucie Guilmart[1]. Ces anciennes élèves de l'école d'Amiens, devenues ses amies lors d'une visite en Irlande, la soignent pour le reste de sa vie ; elle parle d'elles comme « the best daughters a childless old woman could have »[1]. Lorsque les forces allemandes envahissent la France en 1940, elle est obligée de fuir avec les sœurs Guilmart, voyageant sur une charrette de foin ; elles se cachent dans les Pyrénées mais sont réduites à la misère[1]. Une tentative de collecte financière en Irlande est étouffée par Éamon de Valera, qui affirme que le gouvernement subviendra à ses besoins, mais n'envoie qu'un paiement unique de 150 £ via la légation irlandaise à Vichy – somme que Sophie juge outrageusement mesquine[1]. Deux membres de la famille Raffalovich (probablement un neveu et un cousin) meurent dans les camps d'extermination nazis pendant la guerre[1]. Sous le régime de Vichy, elle refuse d'adopter un faux nom, estimant que cela équivaudrait à renier symboliquement ses parents[1].

Après la guerre, elle vit avec les sœurs Guilmart à Neuilly-St Front, près de Soissons, dans une extrême pauvreté. Alitée à partir de 1948, elle perd la vue dans ses dernières années. Elle consacre son temps à évoquer le passé et à produire de rares articles pour subvenir à ses besoins et défendre la mémoire de son mari[1]. Elle correspond avec des chercheurs, dont Sean Rahilly-Mahony. Elle meurt le 8 janvier 1960 à Neuilly, quelques jours avant son centième anniversaire[1]. Le Dictionary of Irish Biography conclut qu'il serait erroné de la présenter comme une victime des caprices de son mari ; son parcours fut façonné par sa propre volonté. Son mariage fut « genuinely close and loving », et son intérêt pour ses voisins fut bien plus intime que celui d'une « Lady Bountiful » condescendante. Sa carrière offre un éclairage précieux sur l'activisme féminin non-féministe dans l'Irlande victorienne et édouardienne[1].

L'érudition libérale et l'analyse des anarchistes de Boston

Avant même son célèbre article de 1888, Sophie Raffalovich s'est forgé une légitimité dans le monde des économistes français. En 1885, elle traduit la biographie de Richard Cobden écrite par John Morley, publiée chez Guillaumin dans la collection « Économistes et publicistes contemporains »[5], puis elle publie en 1886 une étude sur John Bright et Henry Fawcett chez le même éditeur[6]. Ces travaux sur les grandes figures du libéralisme anglais lui ouvrent les portes du Nouveau dictionnaire d'économie politique, dirigé par Léon Say et Joseph Chailley, auquel elle contribue en rédigeant plusieurs notices biographiques. En 1900, elle y publie des articles sur Henry Fawcett[7], sur John Elliott Cairnes[8] et sur Thomas Edward Cliffe Leslie[9], tous trois disciples de Stuart Mill et critiques de l'orthodoxie classique. La notice sur Cliffe Leslie, économiste irlandais né à Wexford, souligne son rôle dans la réaction contre les « exagérations » des économistes anglais et son attachement à une méthode empirique, « avide de faits ». Elle y mentionne également sa critique de la doctrine du fonds des salaires et son analyse des effets néfastes de l'émigration sur l'Irlande. Elle rédige également une notice sur Walter Bagehot[10], l'économiste et essayiste anglais, rédacteur en chef de The Economist, qu'elle présente comme un écrivain remarquable, membre de l'école de Ricardo, sceptique et paradoxal, dont elle souligne les positions controversées sur la démocratie et la liberté politique. Elle rédige également une importante notice sur Jeremy Bentham[11], le fondateur de l'utilitarisme, dont elle avait déjà publié en 1888 une Introduction aux Principes de législation et d'économie politique dans la collection « Petite Bibliothèque économique »[12]. Enfin, elle signe une notice sur David Hume[13], le philosophe et historien écossais, qu'elle présente comme un « précurseur de l'économie politique » et le maître d'Adam Smith, dont elle souligne la lutte contre la doctrine de la balance du commerce et la théorie de la monnaie. Elle cite également l'éloge qu'Adam Smith fit de Hume après sa mort, qu'elle qualifie de « suprême hommage ». Ces collaborations avec son frère Arthur, qui avait traduit en français des chapitres du Manuel de Fawcett, révèlent un travail intellectuel familial et une proximité avec les idées libérales qui annoncent déjà l'analyse des anarchistes de Boston. Les notices sur Cairnes et Cliffe Leslie manifestent également un intérêt marqué pour les économistes irlandais et les problèmes de l'Irlande – intérêt qui préfigure son engagement ultérieur aux côtés de William O'Brien.

En 1888, Sophie Raffalovich publie dans le Journal des Économistes un long article intitulé « Les Anarchistes de Boston ». Ce texte, remarquable par sa culture et sa finesse d'analyse, révèle une auteure parfaitement formée aux débats économiques et philosophiques de son temps. Ses travaux sur Cobden, Bright, Fawcett, Cairnes, Cliffe Leslie, Bagehot, Bentham et Hume, qui partageaient la même méfiance envers l'État, la même opposition au socialisme et la même sympathie pour les faibles, témoignent de cette formation et de son ancrage dans la tradition libérale, tout en montrant une ouverture aux critiques de l'orthodoxie. Benjamin Tucker, l'éditeur de Liberty – le journal anarchiste analysé –, salue lui-même cet article comme une « très juste représentation » du mouvement, « complètement exempte de malice », mêlant raillerie et éloges sincères, et conservant toujours une « parfaite bonne humeur ». Il souligne le caractère exceptionnel de ce traitement, car c'est une « nouveauté » pour l'anarchisme de recevoir un tel accueil de la part de la presse bourgeoise ou socialiste d'État[14].

Raffalovich dresse un portrait nuancé des anarchistes américains, qu'elle distingue nettement des clichés violents associés au mouvement en Europe. Là où M. Mermeix[15] décrit des « ouvriers grossiers, ignorants, complètement illettrés », les anarchistes de Boston sont « savants » : ils citent Charles Comte, Herbert Spencer et John Stuart Mill, et rejettent la dynamite comme moyen d'action. Raffalovich saisit avec acuité la spécificité de ce courant, incarné par Benjamin Tucker et son journal La Liberté, qui défend la « souveraineté individuelle » et se rapproche des économistes de Manchester tout en s'opposant aux socialistes d'État. Son analyse témoigne d'une profonde connaissance des débats économiques transatlantiques.

L'article se distingue aussi par sa critique des dérives autoritaires des mouvements populaires. Raffalovich dénonce sans complaisance la tyrannie exercée par les « Chevaliers du Travail », cette organisation ouvrière américaine qui imposait par la terreur ses boycotts et ses grèves, contraignant les ouvriers à obéir sans même connaître les motifs du conflit. Elle souligne avec ironie l'absurdité de voir des hommes « abandonner leur gagne-pain sur le signe d'un inconnu ». De même, elle fustige les prohibitionnistes dont les lois, prétendument vertueuses, n'aboutissent qu'à l'hypocrisie et à la démoralisation. Dans le Maine, les arrestations pour ivrognerie augmentent au lieu de diminuer. Cette première partie du parcours intellectuel de Raffalovich la montre ancrée dans une tradition libérale, attachée à la liberté individuelle et méfiante envers les solutions coercitives. L'éditeur anarchiste individualiste lui reproche de commettre une « grave erreur » en prenant une différence de mots pour une différence d'idées sur la définition de l'État[16].

L'article de Raffalovich a également eu un effet concret et inattendu : il a attiré l'attention de l'économiste italien Vilfredo Pareto sur le mouvement anarchiste américain, au point que celui-ci proposa d'écrire une série de « Lettres d'Italie » pour Liberty. Tucker accepta cette offre, et la première lettre parut dans le numéro de septembre 1888[17].

L'engagement indépendantiste irlandais et les paradoxes d'une longue vie

Le mariage avec William O'Brien en 1890 transforme radicalement la vie de Sophie Raffalovich. La cérémonie, célébrée le 11 juin, est marquée par la présence de Charles Stewart Parnell, rassemblant le parti irlandais avant sa scission de la même année[1]. Devenue Sophie O'Brien, elle s'installe en Irlande et met sa fortune, son énergie et sa plume au service de la cause indépendantiste. Son mari compte sur elle comme source de financement, secrétaire et infirmière durant les périodes où sa santé est fragile. Elle tient les comptes du ménage, et le couple vit aussi simplement que possible pour donner le plus possible aux pauvres[1][18]. En 1895, O'Brien refuse de rembourser les dettes contractées pendant le Plan de campagne et choisit la faillite ; le couple se retire dans un cottage à Westport, dans le comté de Mayo, où ils se consacrent à l'agriculture, à l'élevage de chiens et à l'écriture, tout en soutenant financièrement les pêcheries locales[1][19].

Elle est la principale soutien financier de la United Irish League, fondée par son mari pour promouvoir la redistribution des terres – une réforme agraire qui, en Irlande, touchait au cœur de la domination britannique. C'est ce soutien qui permet la réunion initiale du Parti parlementaire irlandais en 1900, bien qu'O'Brien le quitte à nouveau trois ans plus tard[1]. Lorsque O'Brien crée le Cork Free Press en 1910, c'est encore son argent qui permet au journal d'exister. Elle y tient une chronique féminine sur l'éducation des femmes et leur participation à la politique locale[1]. Mais ce mécénat politique a un coût : la Première Guerre mondiale anéantit la fortune de Raffalovich par la perte des investissements familiaux en Russie et en Allemagne[1], et le couple connaît des années de gêne financière. Sophie devient alors la secrétaire, l'infirmière et la gardienne de la mémoire de son mari, dont la santé fragile alterne crises et convalescences. Pendant la guerre, le couple soutient la cause alliée ; Raffalovich se montre sans pitié envers le Sinn Féin, qu'elle accuse de menacer l'effort de guerre, une position qui la conduit à des désaccords avec son mari, plus indulgent[1].

Les paradoxes de Sophie Raffalovich sont frappants. Cette femme qui a voué sa vie à soutenir la cause indépendantiste irlandaise, qui a fondé des industries artisanales et œuvré pour l'éducation des filles pauvres, s'est toujours opposée au droit de vote des femmes. Fidèle à ses convictions, elle refuse de s'inscrire sur les listes électorales lorsque le suffrage féminin est accordé – une position qui détonne chez une femme d'action et d'engagement. Bien que son mari fût favorable au droit de vote et qu'elle l'ait accompagné lorsqu'il s'exprimait sur le sujet, elle ne le soutint jamais[1]. Autre contradiction : son rapport à l'identité. Convertie au catholicisme pour épouser O'Brien, elle n'a jamais renié ses origines juives. Si elle abandonne la religion de son enfance, elle ne renonce pas à son identité juive[1]. Veuve en 1928, elle consacre plusieurs années à classer les papiers de son mari pour préserver sa mémoire, collabore avec son biographe Michael MacDonagh, et fait don de ses archives à l'University College Cork et à la Bibliothèque nationale d'Irlande. En février 1938, elle reçoit un doctorat honorifique (Doctor of Letters) de l'Université nationale d'Irlande pour ce travail[1][2]. En 1933, estimant que sa maison de Cork est trop grande pour elle seule, elle retourne en France, près d'Amiens, pour vivre avec les sœurs Fernande et Lucie Guilmart, anciennes élèves de l'orphelinat d'Amiens qu'elle soutient depuis les années 1880, et qu'elle appelle « les meilleures filles qu'une vieille femme sans enfant aurait pu avoir »[1][2].

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les sœurs Guilmart l'aident à fuir vers la région des Pyrénées. Éamon de Valera[20] empêche une collecte publique en sa faveur, affirmant que le gouvernement irlandais subviendrait à ses besoins, mais n'envoie qu'une somme modeste de 150 £ via le consulat de Vichy. Une collecte est organisée par les New York Irish[1][21]. Extrêmement appauvrie après la guerre, elle vit avec les sœurs Guilmart à Neuilly-St Front, près de Soissons. Lucie meurt en 1957, Fernande lui survit. Sophie Raffalovich s'éteint à Neuilly le 8 janvier 1960, à quelques jours de son centenaire[1][2]. Cette vie longue et dense, traversée par les engagements politiques, les fidélités contradictoires et les drames du XXe siècle, dessine le portrait d'une femme dont l'itinéraire défie toute catégorisation de simplicité.

Informations complémentaires

Notes et références

  1. 1,00 1,01 1,02 1,03 1,04 1,05 1,06 1,07 1,08 1,09 1,10 1,11 1,12 1,13 1,14 1,15 1,16 1,17 1,18 1,19 1,20 1,21 1,22 1,23 1,24 1,25 1,26 1,27 1,28 1,29 1,30 1,31 1,32 1,33 1,34 1,35 1,36 1,37 1,38 1,39 1,40 1,41 1,42 1,43 1,44 1,45 1,46 1,47 1,48 1,49 1,50 et 1,51 Turlough O'Riordan, 2009, "Raffalovich, Sophie", In: James McGuire, James Quinn, dir., "Dictionary of Irish Biography", Cambridge: Cambridge University Press
  2. 2,0 2,1 2,2 et 2,3 "Sophie O'Brien nee Raffalovich 1860 – 1960". Mallow. Retrieved 13 September 2019.
  3. Le Plan de campagne est une stratégie adoptée en Irlande entre 1886 et 1891, coordonnée par des politiciens nationalistes irlandais (notamment William O'Brien, John Dillon et Timothy Harrington) pour soutenir les fermiers locataires face aux propriétaires absentéistes et aux loyers excessifs. Conçue pour remédier à la détresse agricole causée par la chute des prix des produits laitiers et du bétail, cette tactique consistait pour les locataires à refuser de payer les loyers jugés trop élevés et à verser l'argent à un fonds commun destiné à soutenir ceux qui seraient expulsés. Le Plan fut mis en œuvre sur quelque 203 domaines, principalement dans le sud et l'ouest de l'Irlande. Il provoqua une répression sévère du gouvernement britannique, qui fit adopter une loi de coercition en 1887, et aboutit à l'emprisonnement de nombreux députés, dont William O'Brien lui-même. Bien que controversé et désavoué par Charles Stewart Parnell, il aboutit à des accords sur quatre-vingt-quatre domaines avant de s'éteindre en 1893.
  4. Le Sinn Féin (littéralement « Nous-mêmes ») est un mouvement politique irlandais fondé en 1905 par Arthur Griffith. Initialement, il prône une double politique : le retrait des députés irlandais du Parlement de Westminster pour instaurer une assemblée législative autonome à Dublin, et le développement d'une économie nationale autosuffisante à travers la protection douanière. Le mouvement devient célèbre après l'Insurrection de Pâques 1916, dont il n'était pas à l'origine mais dont il revendique l'héritage. Il connaît une ascension fulgurante aux élections de 1918, où il remporte 73 des 105 sièges irlandais, proclame la République irlandaise et boycotte Westminster, conduisant à la guerre d'indépendance irlandaise (1919-1921).
  5. John Morley, La vie de Richard Cobden, traduit par Sophie Raffalovich, Paris : Guillaumin et Cie, 1885.
  6. Sophie Raffalovich, John Bright et Henry Fawcett, Paris : Guillaumin et Cie, 1886.
  7. Sophie Raffalovich, « Fawcett (Henry) », In: Nouveau dictionnaire d'économie politique, publié sous la direction de Léon Say et Joseph Chailley, Paris : Guillaumin et Cie, 1900, vol. 1 (A-H), pp. 989-990.
  8. Sophie Raffalovich, « Cairnes (John Elliott) », In: Nouveau dictionnaire d'économie politique, publié sous la direction de Léon Say et Joseph Chailley, Paris : Guillaumin et Cie, 1900, vol. 1 (A-H), pp. 291-292.
  9. Sophie Raffalovich, « Cliffe Leslie (Thomas Edward) », In: Nouveau dictionnaire d'économie politique, publié sous la direction de Léon Say et Joseph Chailley, Paris : Guillaumin et Cie, 1900, vol. 1 (A-H), pp. 420-421.
  10. Sophie Raffalovich, « Bagehot (Walter) », In: Nouveau dictionnaire d'économie politique, publié sous la direction de Léon Say et Joseph Chailley, Paris : Guillaumin et Cie, 1900, vol. 1 (A-H), pp. 112-113.
  11. Sophie Raffalovich, « Bentham (Jeremy) », In: Nouveau dictionnaire d'économie politique, publié sous la direction de Léon Say et Joseph Chailley, Paris : Guillaumin et Cie, 1900, vol. 1 (A-H), pp. 181-183.
  12. Sophie Raffalovich, Introduction aux Principes de législation et d'économie politique de Bentham, Paris : Guillaumin et Cie, 1888.
  13. Sophie Raffalovich, « Hume (David) », In: Nouveau dictionnaire d'économie politique, publié sous la direction de Léon Say et Joseph Chailley, Paris : Guillaumin et Cie, 1900, vol. 1 (A-H), pp. 1143-1145.
  14. Benjamin R. Tucker, "A French View of Boston Anarchists (1888)", Liberty VI, no. 4 (29 septembre 1888), p. 4.
  15. M. Mermeix est le pseudonyme de Gabriel Terrail (1859-1930), journaliste, écrivain et homme politique français. Né à Basse-Terre (Guadeloupe), il débute dans le journalisme en 1877 avant de devenir une figure du boulangisme, mouvement politique populiste mené par le général Boulanger à la fin des années 1880. Il est rédacteur en chef du journal La Cocarde et il est élu député de Paris en 1889, siégeant à la Chambre jusqu'en 1893. Mermeix est surtout connu comme un historien et chroniqueur des coulisses de la vie politique française. Son ouvrage La France socialiste, publié en 1886 et cité par Sophie Raffalovich, est une enquête sur les différents courants du socialisme français à cette époque. Il a également écrit Les Coulisses du boulangisme (1890), où il révèle les compromissions du général Boulanger avec la droite monarchiste, ainsi que de nombreux autres ouvrages sur l'antisémitisme, le syndicalisme ou l'Angleterre. Le philosophe anarchiste Charles Malato le qualifie de « Fouché » du boulangisme, en raison de ses retournements politiques opportunistes. Il meurt à Neuilly-sur-Seine en 1930.
  16. Benjamin R. Tucker, "A French View of Boston Anarchists (1888)", Liberty VI, no. 4 (29 septembre 1888), p. 4.
  17. Benjamin R. Tucker, "A French View of Boston Anarchists (1888)", Liberty VI, no. 4 (29 septembre 1888), p. 4.
  18. O'Brien, J.V. (1976). William O'Brien and the Course of Irish Politics, 1881-1918. University of California Press. p. 101. ISBN 978-0-520-02886-9.
  19. Joyce, J.; Walsh, K. (2016). Dubliners. Broadview Press. p. 305. ISBN 978-1-77048-517-4.
  20. Éamon de Valera (1882-1975) est une figure majeure de l'histoire irlandaise. Il fut l'un des chefs militaires de l'Insurrection de Pâques 1916, le leader politique du Sinn Féin, puis le fondateur du Fianna Fáil en 1926. Il a été à plusieurs reprises Président du Conseil exécutif (chef de gouvernement) de l'État libre d'Irlande dans les années 1930, puis Taoiseach (Premier ministre) à partir de 1937. En 1937, il fait adopter une nouvelle Constitution qui proclame l'Irlande comme un État souverain, indépendant du Royaume-Uni. De 1959 à 1973, il est le troisième président d'Irlande. Sa figure cristallise les tensions de l'Irlande indépendante, entre républicanisme intransigeant, conservatisme social et pragmatisme politique.
  21. "Documents on IRISH FOREIGN POLICY". 27 February 1942. Retrieved 13 September 2019.

Publications

  • 1885, Traduction en français du livre de John Morley, "La vie de Richard Cobden", Paris: Guillaumin et Cie
  • 1886, "John Bright et Henry Fawcett", Paris: Guillaumin et Cie
  • 1887, "Lord Shafestbiery, sa vie et ses travaux", Paris: Guillaumin et Cie
  • 1896, préface du livre de Maria Edgeworth, "Lettres intimes de Maria Edgeworth : pendant ses voyages en Belgique, en France, en Suisse et en Angleterre, en 1802, 1820 et 1821", Paris: Guillaumin et Cie (orné d'un portrait de Miss Edgeworth (dessin de M. G. Profit), traduit de l'anglais par Mlle P. G.)
  • 1904, "Under Croagh Patrick", London: J. Long
  • 1912, "Unseen friends", London, New York et Longmans, Green and co.
  • 1923, "Sister Mary Eustace", Dublin: Gill
  • 1926, "Silhouettes d'autrefois", Paris: Felix Alcan (préface de Yves Guyot)
  • 1928, dir., "Golden memories: the love letters and the prison letters of William O'Brien", Vol 1, Dublin: M. H. Gill & Son, Ltd.
  • 1929, dir., "Golden memories: the love letters and the prison letters of William O'Brien", Vol 2, Dublin: M. H. Gill & Son, Ltd.
  • 1931, "Around Broom Lane", London: Heath, Cranton, Ltd.
  • 1937, "My Irish friends", Dublin, London: Burns, Oates & Washbourne, ltd. .
  • 1986, "Around my room", Mallow Field Club Journal, n°4, pp70–90 (introduction par Jim Copps)

Littérature secondaire

  • 1984, Sean O'Rahilly-Mahony, "The letters of Mrs. William O'Brien", Mallow Field Club Journal, n°2, pp124–132
  • 2009, Turlough O'Riordan, "Raffalovich, Sophie", In: James McGuire, James Quinn, dir., "Dictionary of Irish Biography", Cambridge: Cambridge University Press