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Congrès monétaire international de 1889

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Le Congrès monétaire international de 1889 fut une confrontation majeure entre deux visions de la monnaie : l’une confiante dans les vertus de la liberté et de l’étalon-or, l’autre croyant possible une régulation internationale des métaux précieux. Les débats parisiens offrirent un éclairage saisissant sur les illusions de l’interventionnisme monétaire contre la force des mécanismes spontanés du marché.

Un congrès entre la science et l'interventionnisme

Le Congrès monétaire international de 1889[1], réuni à Paris dans le cadre de l’Exposition universelle, a rassemblé des banquiers, des économistes et des délégués de seize pays. Son programme ambitieux reflétait une préoccupation légitime : la baisse de la valeur de l’argent et l’instabilité des changes. Mais d’emblée, la tentation interventionniste était présente. Nombre de participants, notamment les bimétallistes menés par Henri Cernuschi, ont proposé de rétablir par une convention internationale un rapport fixe entre l’or et l’argent (15½ pour 1). Cette approche, ouvertement constructiviste, entendait substituer une harmonie imposée par les États aux ajustements spontanés des marchés. Le congrès a heureusement accueilli des voix dissonantes, en particulier celle de Frédéric Passy, qui a dénoncé toute prétention des gouvernements à fixer arbitrairement la valeur des métaux. Les rapports statistiques présentés par Alfred de Foville, Ernest Fournier de Flaix et Adolphe Coste ont nourri des débats de grande qualité, mais ils ont aussi montré combien il est hasardeux de vouloir piloter la monnaie par la loi. Les visites des locaux de la Banque de France et de l’Hôtel des Monnaies ont permis aux congressistes de mesurer concrètement l’encombrement monétaire et les difficultés nées des interventions passées. D’emblée, le congrès a opposé deux philosophies : l’une confiante dans la liberté des échanges et la stabilité naturelle des métaux précieux, l’autre croyant possible une régulation internationale du rapport entre l’or et l’argent.

Plaidoyer pour l’étalon-or et la liberté monétaire

La vision libérale s’est pleinement exprimée dans les discours d’Émile Levasseur, d’Adolphe Coste et surtout de Frédéric Passy. Pour eux, l’or est le meilleur étalon monétaire non parce qu’il est parfait, mais parce qu’il échappe le plus possible à l’arbitraire des gouvernements. Le bimétallisme, en prétendant fixer par la loi le rapport de valeur entre deux métaux, tombe dans l’illusion protectionniste : il cherche à soutenir artificiellement le prix de l’argent au bénéfice des producteurs de mines, au détriment des consommateurs et de la vérité des prix. Passy a martelé que la monnaie ne se décrète pas : sa valeur résulte des échanges libres, des préférences des agents économiques et des coûts de production. Imposer un rapport fixe serait aussi vain et nuisible que de taxer artificiellement le blé ou le sucre. Les monométallistes ont souligné que l’argent avait été progressivement abandonné par le public au profit de l’or, plus pratique, plus stable et plus fiable pour les échanges internationaux. Loin d’être une cause de crise, l’étalon-or a apporté à l’Angleterre une stabilité monétaire enviable. Le congrès s’est achevé sans résolution contraignante, ce qui est une bonne nouvelle : aucun traité international n’a été signé. En revanche, l’initiative de Cernuschi d’offrir une récompense monétaire pour la rédaction d'un mémoire bimétalliste montre que l’illusion interventionniste reste vivace. Pour les libéraux radicaux, l’avenir appartient à la concurrence des monnaies et à la liberté contractuelle, non à des congrès planificateurs.

Liste des participants

Nom Prénom(s) Pays / Fonction Position monétaire Position libérale caractéristique
Allard Alphonse Banquier, Belgique Bimétalliste (nuancé) Approche pragmatique, critique de l’interventionnisme
Arendt Otto Secrétaire de la Ligue bimétallique allemande Bimétalliste
Blake H. Directeur de la Banque d’Angleterre Monométalliste (or) Opposé à toute convention ; baisse des prix due au progrès technique
Boissevain Gideon Maria Homme d’affaires, Pays-Bas Bimétalliste
Borst J. Delfzijl, Pays-Bas Bimétalliste
Cernuschi Henri Publiciste, France Bimétalliste
Coste Adolphe Publiciste, France Monométalliste (or) Partisan du statu quo amélioré ; refuse l’interventionnisme
Courtney Léonard Ancien professeur, député anglais Monométalliste (or) Sceptique sur l’efficacité d’un traité international
Dreydel Léopold Paris, France Bimétalliste (nuancé)
Du Puynode Gustave Publiciste, France Monométalliste (or) Valeur des métaux relève du marché, non de la loi
Farrer Thomas Fonctionnaire britannique Monométalliste (or) Hostile à l’ingérence étatique en matière monétaire
Fielden J.-C. Manchester, Angleterre Bimétalliste
Fournier de Flaix Ernest Publiciste, France Monométalliste (or) Rejette toute convention ; défenseur des lois naturelles du marché
Fowler William Banquier, Angleterre Monométalliste (or) Nie la rareté de l’or ; opposé à tout traité
Foxwell H.-S. Professeur à Londres, Angleterre Bimétalliste
Fremantle C.-W. Sous-directeur de la Monnaie royale, Angleterre Neutre (délégué officiel)
Freiwald J. Délégué néerlandais Neutre
Gibbs Ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre Bimétalliste
Giffen Robert Statisticien, Angleterre Monométalliste (or) Minimise l’influence monétaire sur les prix
Grenfell H.-R. Ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre Bimétalliste
Haupt Ottomar Publiciste, Paris Neutre (statisticien)
Hentsch Albert Banquier, Paris Neutre
Horton S. Dana Ancien délégué américain Bimétalliste
Juglar Clément Médecin économiste, France Monométalliste (or) Démontre par l’histoire l’instabilité du rapport bimétallique
Koch E. Düsseldorf, Allemagne Bimétalliste
Lalande Armand Député, France Bimétalliste
Laveleye Émile de Professeur à Liège, Belgique Bimétalliste
Levasseur Émile Professeur au Collège de France Monométalliste (or) Critique le bimétallisme comme protectionnisme déguisé
Lubbock John Banquier, savant, Angleterre Monométalliste (or) Défenseur de l’étalon-or
Mac Leod Henry Dunning Économiste, Angleterre Monométalliste (or) Le crédit supplante le métal ; hostilité à l’exagération du rôle des métaux précieux
Magnin J. Gouverneur de la Banque de France, président Neutre (président)
Mannequin Théodore Publiciste, France Monométalliste (or)
Marshall Alfred Professeur à Cambridge, Angleterre Monométalliste (or) prudent Réformes prudentes ; repousse tout traité contraignant
Meysey-Thompson Henry Vice-président de la Ligue bimétallique anglaise Bimétalliste
Moret y Prendergast Délégué espagnol Bimétalliste
Murray G.-H. Attaché à la Trésorerie, Angleterre Neutre (délégué officiel)
Nasse Ernest Professeur à Bonn, Allemagne Monométalliste (or) Juge toute convention internationale irréalisable
Passy Frédéric Économiste, France Monométalliste (or) Critique virulente du bimétallisme (« protectionnisme ») ; défenseur de la liberté naturelle
Pellegrini Vice-président de la République argentine Neutre (président d’honneur)
Pierson N.-G. Président de la Banque néerlandaise Bimétalliste (modéré)
Pixley Stewart Courtier en métaux, Londres Neutre (technicien)
Raffalovich Arthur Publiciste, Paris Monométalliste (or)
Raffalovich Hermann Paris Neutre
Rawson Rawson W. Président de l’Institut international de statistique Neutre
Rothschild Alfred de Banquier, Angleterre Monométalliste (or) Opposé à tout changement de la législation monétaire anglaise
Say Léon Sénateur, académicien, France Monométalliste (or) Libéralisme monétaire pragmatique
Spitzer Charles Courtier, Paris Bimétalliste (original)
Walls Léon Délégué argentin Neutre
Wirth Max Vienne, Autriche Bimétalliste

Informations complémentaires

Bibliographie

  • 1889, Adolphe Coste, Arthur Raffalovitch, "Congrès monétaire international. Compte-rendu analytique", Paris: Imprimerie nationale



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  1. Jules Magnin, en sa qualité de vice-président du Sénat et gouverneur de la Banque de France, présidait le congrès. Henri Cernuschi, quant à lui, y siégeait en tant que vice-président de cette commission