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Le '''suicide''' (du latin ''sui cadere'', se tuer soi-même) est l'acte délibéré d'en finir avec sa propre vie, en se donnant la [[mort]].
[[Image:Suicidehandbook.jpg|right|thumb|Copyright popmart.org]]
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== Introduction ==
== Introduction ==


Le '''suicide''' (du latin ''sui cadere'', se tuer soi-même) est l'acte délibéré d'en finir avec sa propre vie, en se donnant la [[mort]].
Le suicide soulève des nombreuses questions d'ordre [[éthique]]. Souvent caractérisé comme un acte de désespoir où la [[mort]] met un point final à d'insurmontables souffrances. De ce point de vue, le suicide est considéré comme un [[choix]] individuel, sorte de dernier recours ou moyen que l'individu se donne pour mettre fin à des conditions de vie devenues insupportables.  


Du point de vue du [[libéralisme]], qui ne porte aucun jugement [[éthique]] sur un tel acte, le suicide est un [[droit]] individuel, une manifestation de la [[liberté]] de l'individu (tout du moins la liberté extérieure, sociale, la seule dont se préoccupe le [[libéralisme]]).
Le suicide fait l'objet de beaucoup d'études d'un point de vue philosophique ([[Schopenhauer]], [[David Hume]]), éthique et moral, psychologique et aussi d'un point de vue sociologique. Pour David Hume « Un homme qui se retire de la vie ne fait pas de mal à la société: il cesse
 
seulement de faire le bien, et si cela est un dommage , il est bien minime ».
Le suicide peut être étudié d'un point de vue philosophique et moral, voire [[métaphysique]] ([[Schopenhauer]]) mais aussi d'un point de vue sociologique : [[Émile Durkheim]] souligne ainsi le paradoxe du suicide, acte individuel par excellence qui est motivé par des raisons sociales :
[[Émile Durkheim]] souligne le paradoxe du suicide, acte individuel causé par des facteurs sociaux :
:Les courants suicidogènes ont pour origine non pas l'individu, mais la collectivité. (''Le suicide'', 1897)
:Les courants suicidogènes ont pour origine non pas l'individu, mais la collectivité. (''Le suicide'', Étude de sociologie, [[1897]])


Durkheim distingue :
Durkheim distingue :
* le suicide [[égoïsme|égoïste]] (insuffisante intégration dans les sociétés individualistes);
* le suicide [[égoïsme|égoïste]] (insuffisante intégration dans les sociétés individualistes) ;
* le suicide altruiste (subordination excessive au groupe dans les sociétés collectivistes, archaïques, ou de type militaire);
* le suicide altruiste (subordination excessive au groupe dans les sociétés collectivistes, archaïques, ou de type militaire) ;
* le suicide [[anomie|anomique]] (lié à une perte de valeurs et de points de repères, dans les sociétés de type industriel subissant des dépressions économiques).
* le suicide [[anomie|anomique]] (lié à une perte de valeurs et de points de repères, dans les sociétés de type industriel subissant des dépressions économiques).


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Un petit nombre de pays (notamment la [[Suisse]] avec les associations Exit et Dignitas, ainsi que les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et les États américains du Vermont, de l'Oregon et de Washington) ont légalisé certaines formes d'aide au suicide, dans un cadre réglementé. Le ''suicide médicalement assisté'' a pour but d'aider les patients à mettre eux-mêmes un terme à leur vie pour en finir avec des souffrances morales ou physiques intolérables causées par une maladie incurable. Il s'agit donc d'[[euthanasie]] volontaire. En Suisse, les deux associations Exit et Dignitas prévoient en 2014 d'étendre leur aide au suicide à des personnes qui ne sont pas atteintes d'une maladie incurable.
Un petit nombre de pays (notamment la [[Suisse]] avec les associations Exit et Dignitas, ainsi que les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et les États américains du Vermont, de l'Oregon et de Washington) ont légalisé certaines formes d'aide au suicide, dans un cadre réglementé. Le ''suicide médicalement assisté'' a pour but d'aider les patients à mettre eux-mêmes un terme à leur vie pour en finir avec des souffrances morales ou physiques intolérables causées par une maladie incurable. Il s'agit donc d'[[euthanasie]] volontaire. En Suisse, les deux associations Exit et Dignitas prévoient en 2014 d'étendre leur aide au suicide à des personnes qui ne sont pas atteintes d'une maladie incurable.


En [[France]], l'euthanasie "active" est assimilée à un homicide volontaire, tandis que l'euthanasie "passive" est admise sous certaines conditions depuis la [http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_Leonetti_du_22_avril_2005_relative_aux_droits_des_patients_en_fin_de_vie loi Leonetti] (2005).
En [[France]], l'euthanasie qualifiée d'active est assimilée à un homicide volontaire, tandis que l'euthanasie dite passive est admise sous certaines conditions depuis la [http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_Leonetti_du_22_avril_2005_relative_aux_droits_des_patients_en_fin_de_vie loi Leonetti] (2005).


== Suicide performatif ==
== Suicide performatif ==


On appelle parfois "suicide performatif" un suicide accompli pour des raisons idéologiques ou [[religion|religieuses]], ou comme signe de protestation envers une oppression extérieure, par exemple l'immolation par le feu de l'étudiant tchèque Jan Palach lors de l'invasion de son pays par l'Union soviétique en 1968, ou l'immolation de moines tibétains protestant contre l'invasion chinoise du Tibet. On peut étendre le concept jusqu'à inclure la [[mort]] de Socrate ou celle d'Antigone, par fidélité à leurs convictions. Un tel type de suicide peut être accompli également par [[terrorisme]] fanatique (opérations suicides islamistes).
On appelle parfois « suicide performatif » un suicide accompli pour des raisons idéologiques ou [[religion|religieuses]], ou comme signe de protestation envers une oppression extérieure, par exemple l'immolation par le feu de l'étudiant tchèque Jan Palach lors de l'invasion de son pays par l'Union soviétique en 1968, ou l'immolation de moines tibétains protestant contre l'invasion chinoise du Tibet. On peut étendre le concept jusqu'à inclure la [[mort]] de Socrate ou celle d'Antigone, par fidélité à leurs convictions. Un tel type de suicide peut être accompli également par [[terrorisme]] fanatique (opérations suicides [[islamisme|islamistes]]).


== Points de vue religieux ==
== Points de vue religieux ==
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Le suicide étant une affaire personnelle, le [[libéralisme]] n'a rien à en dire, si ce n'est qu'il n'y a pas lieu de s'y opposer de façon [[coercition|coercitive]]. Cet acte relève de l'[[éthique]] personnelle, et peuvent alors entrer en jeu des conceptions [[philosophie|philosophiques]] ou religieuses.
Le suicide étant une affaire personnelle, le [[libéralisme]] n'a rien à en dire, si ce n'est qu'il n'y a pas lieu de s'y opposer de façon [[coercition|coercitive]]. Cet acte relève de l'[[éthique]] personnelle, et peuvent alors entrer en jeu des conceptions [[philosophie|philosophiques]] ou religieuses.


On peut noter que les différentes [[religion]]s ont des points de vue assez opposés sur le sujet. Les religions monothéistes condamnent le suicide (la destinée de l'homme appartient à Dieu, la vie humaine est un privilège divin, le suicide est un péché), alors que dans l'Antiquité ou dans les cultures dites « primitives » le suicide pouvait être une voie honorable, et que les religions orientales ont un point de vue plus nuancé (pratique du suicide rituel par inanition dans l'[[hindouisme]], tolérance dans certaines conditions pour le [[bouddhisme]]).
On peut noter que les différentes [[religion]]s ont des points de vue assez opposés sur le sujet. Les religions monothéistes condamnent le suicide (la destinée de l'Homme appartient à Dieu, la vie humaine est un privilège divin, le suicide est un péché), alors que dans l'Antiquité ou dans les cultures dites « primitives » le suicide pouvait être une voie honorable. Les religions orientales ont un point de vue plus nuancé (pratique du suicide rituel par inanition dans l'[[hindouisme]], acceptation dans certaines conditions pour le [[bouddhisme]]).


== Bibliographie ==
== Bibliographie et articles ==


* ''Le suicide chez les romains'', Gabriel Matzneff
* ''Le suicide chez les romains'', Gabriel Matzneff
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* [[2004]], [[Thomas Szasz]], [http://www.fee.org/the_freeman/detail/self-ownership-or-suicide-prevention#ixzz2Vcsq1lcn "Self-Ownership or Suicide Prevention? Why Must Psychiatric Patients Forfeit the Right to Self-Ownership?"], [[The Freeman]], Mars, Vol 54, n°3
* [[2004]], [[Thomas Szasz]], [http://www.fee.org/the_freeman/detail/self-ownership-or-suicide-prevention#ixzz2Vcsq1lcn "Self-Ownership or Suicide Prevention? Why Must Psychiatric Patients Forfeit the Right to Self-Ownership?"], [[The Freeman]], Mars, Vol 54, n°3
* [[2006]], Essam Safty, [http://journals.openedition.org/etudesanciennes/616 La question du suicide dans les tragédies du philosophe Sénèque], ''Cahiers des études anciennes''


==Voir aussi==
==Voir aussi==
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* Celui qui se donne la [[mort]] voudrait vivre ; il n'est mécontent que des conditions dans lesquelles la vie lui est échue. Par suite, en détruisant son corps, ce n'est pas au vouloir-vivre, c'est simplement à la vie qu'il renonce. Il voudrait la vie, il voudrait que sa volonté existât et s'affirmât sans obstacle ; mais les conjonctures présentes ne le lui permettent point et il en ressent une grande douleur. ([[Arthur Schopenhauer|Schopenhauer]])
* Celui qui se donne la [[mort]] voudrait vivre ; il n'est mécontent que des conditions dans lesquelles la vie lui est échue. Par suite, en détruisant son corps, ce n'est pas au vouloir-vivre, c'est simplement à la vie qu'il renonce. Il voudrait la vie, il voudrait que sa volonté existât et s'affirmât sans obstacle ; mais les conjonctures présentes ne le lui permettent point et il en ressent une grande douleur. ([[Arthur Schopenhauer|Schopenhauer]])


* Je ne vis que parce qu'il est en mon pouvoir de mourir quand bon me semblera ; sans ''l'idée'' du suicide, je me serais tué depuis toujours. (Cioran)
* Je ne vis que parce qu'il est en mon pouvoir de mourir quand bon me semblera ; sans ''l'idée'' du suicide, je me serais tué depuis toujours. (Emil Cioran)
 
* Ce n'est pas la peine de se tuer, puisqu'on se tue toujours trop tard. (Emil Cioran, ''De l'inconvénient d'être né'')
 
* Ne se suicident que les optimistes, les optimistes qui ne peuvent plus l'être. Les autres, n'ayant aucune raison de vivre, pourquoi en auraient-ils de mourir ? (Cioran, ''Syllogismes de l'amertume'')
 
* Je crois au salut de l'humanité, à l'avenir du cyanure. (Cioran, ''Syllogismes de l'amertume'')


* Ce que la vie a de meilleur, c'est qu'elle ne force personne à la subir. (Sénèque)
* Ce que la vie a de meilleur, c'est qu'elle ne force personne à la subir. (Sénèque)
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* Mourir dans cette vie n'est pas difficile. Il est bien plus difficile de construire sa vie. (Vladimir Maïakovski<ref>« В этой жизни умереть не трудно. Сделать жизнь значительно трудней. » (Владимир Маяковский)</ref>)
* Mourir dans cette vie n'est pas difficile. Il est bien plus difficile de construire sa vie. (Vladimir Maïakovski<ref>« В этой жизни умереть не трудно. Сделать жизнь значительно трудней. » (Владимир Маяковский)</ref>)
* Beaucoup de suicides ne sont dus qu'à un bref instant de lucidité. (Roland Jaccard){{humour}}
* Le suicide est la religion de ceux qui n’en ont pas. Choisir Dieu ou choisir le suicide, c’est un même acte de violence, un même refus du monde, un même dégoût de soi, un même sentiment de l’inanité de tout. (Roland Jaccard, ''Causeur'', mai 2016)
* La première partie de ma vie a consisté à préparer ma sortie, la seconde à la retarder. À l’image de mon père qui reculait son suicide en proclamant : « Attendons l’an prochain. Ça ira encore plus mal et ça se justifiera davantage. »  (Roland Jaccard, ''Sexe et sarcasmes'')
* Le suicide en tant que genre de mort habituel : nouvelle fierté de l'homme qui fixe lui-même le terme de sa vie. ([[Friedrich Nietzsche]])
* Toutes les religions sacerdotales condamnent le suicide, et cette réprobation est assez remarquable ; car ces religions inculquent, beaucoup plus expressément que le polythéisme libre de la direction des prêtres, le détachement de ce monde et l'indifférence pour tous les intérêts de la vie. Mais le suicide est un moyen d'indépendance, et en cette qualité tous les pouvoirs le haïssent. ([[Benjamin Constant]], ''De la Religion considérée dans sa source, ses formes et son développement'')
* Quand on se réfugie dans le désespoir, ce qui paralyse n'est pas l'indifférence absolue à son sort, mais au contraire un grand souci de soi qui, faute de pouvoir s'exprimer, trouve dans le désir de mort un accomplissement de sa volonté de puissance. (Linda Lê)
*  C'est le chef-d'oeuvre de la loi éternelle, d'avoir ménagé plusieurs issues à la vie, tandis qu'elle n'a qu'une entrée. Quoi ! j'attendrais la cruauté de la maladie ou des hommes, lorsque je puis échapper à la souffrance, et me soustraire aux coups de l'adversité ! La meilleure raison pour ne pas se plaindre de la vie, c'est qu'elle ne retient personne. Les choses humaines sont parfaitement disposées : personne n'est malheureux que par sa faute. La vie vous plait-elle ? vivez ! vous déplaît-elle ? permis à vous de retourner au lieu d'où vous êtes venu. (Sénèque, Lettre à Lucilius 70)
* Je me répète tous les jours cette phrase si juste de Pavese : « Quelle mort de ne plus vouloir mourir. » Et, honte à moi, je répugne à me suicider : l’inconnu me fait peur. Et surtout, en dépit de sa médiocrité, je veux connaître la suite du feuilleton que l’actualité m’offre quotidiennement, tout en étant convaincu de son caractère dérisoire et répétitif. (Roland Jaccard, 2020)


== Notes et références ==
== Notes et références ==
<references/>
{{références | colonnes = 2}}


== Liens externes ==
== Liens externes ==
* {{fr}}[http://www.suicideinfo.org/french/index.htm suicideinfo.org], aide, soutien
* {{fr}}[http://www.barbery.net/psy/suicide/lisezceci.htm À lire si vous pensez au suicide]
* {{fr}}[http://www.barbery.net/psy/suicide/lisezceci.htm À lire si vous pensez au suicide]
* {{fr}}[http://www.infosuicide.org/ infosuicide.org], site d'information
* {{fr}}[http://www.infosuicide.org/ infosuicide.org], site d'information  
* {{fr}}{{pdf}}''[http://web.archive.org/web/*/http://generaliste.medimedia.tm.fr/gene/tl_fch/dossfmc/fmcsuicide.pdf Le suicide de l’adulte]'', article du ''[http://www.legeneraliste.presse.fr/ Généraliste]'' n°2226 (novembre 2002)
* {{fr}}[http://www.doctissimo.fr/html/psychologie/mag_2003/mag0131/dossier/prevention_suicide_niv2.htm Dossier suicide] de [http://www.doctissimo.fr/ Doctissimo.fr]  
* {{fr}}[http://www.doctissimo.fr/html/psychologie/mag_2003/mag0131/dossier/prevention_suicide_niv2.htm Dossier suicide] de [http://www.doctissimo.fr/ Doctissimo.fr]  
* {{fr}}[http://www.biblioconcept.com/themes/S/suicide.htm Bibliographie sur le suicide (10 références)]  
* {{fr}}[http://journals.openedition.org/etudesanciennes/616 La question du suicide dans les tragédies du philosophe Sénèque], Essam Safty, [[2006]], ''Cahiers des études anciennes''
* {{fr}}[https://www.cairn.info/revue-raisons-politiques-2003-3-page-29.htm Suicide assisté : le mémoire des philosophes], Raisons politiques, no 11(3), 29-57.
* {{fr}}[http://www.leblogueduql.org/2007/11/suicide-assist-.html Suicide assisté : faut-il le permettre ?], Gilles Guénette
* {{en}}[http://www.szasz.com/freeman1.html Self-Ownership or Suicide Prevention?] par [[Thomas Szasz]]  
* {{en}}[http://www.szasz.com/freeman1.html Self-Ownership or Suicide Prevention?] par [[Thomas Szasz]]  
* {{fr}}[http://www.leblogueduql.org/2007/11/suicide-assist-.html Suicide assisté : faut-il le permettre ?]
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Le suicide (du latin sui cadere, se tuer soi-même) est l'acte délibéré d'en finir avec sa propre vie, en se donnant la mort.

Copyright popmart.org

Introduction

Le suicide soulève des nombreuses questions d'ordre éthique. Souvent caractérisé comme un acte de désespoir où la mort met un point final à d'insurmontables souffrances. De ce point de vue, le suicide est considéré comme un choix individuel, sorte de dernier recours ou moyen que l'individu se donne pour mettre fin à des conditions de vie devenues insupportables.

Le suicide fait l'objet de beaucoup d'études d'un point de vue philosophique (Schopenhauer, David Hume), éthique et moral, psychologique et aussi d'un point de vue sociologique. Pour David Hume « Un homme qui se retire de la vie ne fait pas de mal à la société: il cesse seulement de faire le bien, et si cela est un dommage , il est bien minime ». Émile Durkheim souligne le paradoxe du suicide, acte individuel causé par des facteurs sociaux :

Les courants suicidogènes ont pour origine non pas l'individu, mais la collectivité. (Le suicide, Étude de sociologie, 1897)

Durkheim distingue :

  • le suicide égoïste (insuffisante intégration dans les sociétés individualistes) ;
  • le suicide altruiste (subordination excessive au groupe dans les sociétés collectivistes, archaïques, ou de type militaire) ;
  • le suicide anomique (lié à une perte de valeurs et de points de repères, dans les sociétés de type industriel subissant des dépressions économiques).

Aide au suicide

Certains estiment compréhensible que des personnes âgées ou gravement malades puissent avoir des pensées de suicide. Le droit de mettre fin à une souffrance intolérable et sans espoir de soulagement fait partie des droits individuels.

L'aide au suicide (à ne pas confondre avec l'incitation au suicide) désigne le fait de fournir un environnement et des moyens nécessaires à une personne pour qu'elle se suicide, quelles qu'en soient les motivations.

Un petit nombre de pays (notamment la Suisse avec les associations Exit et Dignitas, ainsi que les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et les États américains du Vermont, de l'Oregon et de Washington) ont légalisé certaines formes d'aide au suicide, dans un cadre réglementé. Le suicide médicalement assisté a pour but d'aider les patients à mettre eux-mêmes un terme à leur vie pour en finir avec des souffrances morales ou physiques intolérables causées par une maladie incurable. Il s'agit donc d'euthanasie volontaire. En Suisse, les deux associations Exit et Dignitas prévoient en 2014 d'étendre leur aide au suicide à des personnes qui ne sont pas atteintes d'une maladie incurable.

En France, l'euthanasie qualifiée d'active est assimilée à un homicide volontaire, tandis que l'euthanasie dite passive est admise sous certaines conditions depuis la loi Leonetti (2005).

Suicide performatif

On appelle parfois « suicide performatif » un suicide accompli pour des raisons idéologiques ou religieuses, ou comme signe de protestation envers une oppression extérieure, par exemple l'immolation par le feu de l'étudiant tchèque Jan Palach lors de l'invasion de son pays par l'Union soviétique en 1968, ou l'immolation de moines tibétains protestant contre l'invasion chinoise du Tibet. On peut étendre le concept jusqu'à inclure la mort de Socrate ou celle d'Antigone, par fidélité à leurs convictions. Un tel type de suicide peut être accompli également par terrorisme fanatique (opérations suicides islamistes).

Points de vue religieux

Le suicide étant une affaire personnelle, le libéralisme n'a rien à en dire, si ce n'est qu'il n'y a pas lieu de s'y opposer de façon coercitive. Cet acte relève de l'éthique personnelle, et peuvent alors entrer en jeu des conceptions philosophiques ou religieuses.

On peut noter que les différentes religions ont des points de vue assez opposés sur le sujet. Les religions monothéistes condamnent le suicide (la destinée de l'Homme appartient à Dieu, la vie humaine est un privilège divin, le suicide est un péché), alors que dans l'Antiquité ou dans les cultures dites « primitives » le suicide pouvait être une voie honorable. Les religions orientales ont un point de vue plus nuancé (pratique du suicide rituel par inanition dans l'hindouisme, acceptation dans certaines conditions pour le bouddhisme).

Bibliographie et articles

  • Le suicide chez les romains, Gabriel Matzneff
  • Du suicide, Émile Durkheim
  • Suicide, Mode d'emploi, Claude Guillon et Yves le Bonniec, éditions Alain Moreau, 1982 (ISBN 2-85209-000-7), livre censuré en France
  • La France du suicide, Pr Michel Debout, éditions Stock
  • 2003, Philippe Labro, Tomber sept fois, se relever huit, éditions Albin Michel,

Voir aussi

Citations

  • Celui qui se donne la mort voudrait vivre ; il n'est mécontent que des conditions dans lesquelles la vie lui est échue. Par suite, en détruisant son corps, ce n'est pas au vouloir-vivre, c'est simplement à la vie qu'il renonce. Il voudrait la vie, il voudrait que sa volonté existât et s'affirmât sans obstacle ; mais les conjonctures présentes ne le lui permettent point et il en ressent une grande douleur. (Schopenhauer)
  • Je ne vis que parce qu'il est en mon pouvoir de mourir quand bon me semblera ; sans l'idée du suicide, je me serais tué depuis toujours. (Emil Cioran)
  • Ce n'est pas la peine de se tuer, puisqu'on se tue toujours trop tard. (Emil Cioran, De l'inconvénient d'être né)
  • Ne se suicident que les optimistes, les optimistes qui ne peuvent plus l'être. Les autres, n'ayant aucune raison de vivre, pourquoi en auraient-ils de mourir ? (Cioran, Syllogismes de l'amertume)
  • Je crois au salut de l'humanité, à l'avenir du cyanure. (Cioran, Syllogismes de l'amertume)
  • Ce que la vie a de meilleur, c'est qu'elle ne force personne à la subir. (Sénèque)
  • Le suicide est un droit fondamental de l'être humain. Ce qui ne signifie nullement qu'il soit moralement souhaitable ; cela veut dire, par contre, que la société n'a aucun droit de s'interposer, et de s'opposer par la force, au désir de quelqu'un de mettre fin à ses jours. (Thomas Szasz)
  • Mourir dans cette vie n'est pas difficile. Il est bien plus difficile de construire sa vie. (Vladimir Maïakovski[1])
  • Beaucoup de suicides ne sont dus qu'à un bref instant de lucidité. (Roland Jaccard)(humour)
  • Le suicide est la religion de ceux qui n’en ont pas. Choisir Dieu ou choisir le suicide, c’est un même acte de violence, un même refus du monde, un même dégoût de soi, un même sentiment de l’inanité de tout. (Roland Jaccard, Causeur, mai 2016)
  • La première partie de ma vie a consisté à préparer ma sortie, la seconde à la retarder. À l’image de mon père qui reculait son suicide en proclamant : « Attendons l’an prochain. Ça ira encore plus mal et ça se justifiera davantage. » (Roland Jaccard, Sexe et sarcasmes)
  • Le suicide en tant que genre de mort habituel : nouvelle fierté de l'homme qui fixe lui-même le terme de sa vie. (Friedrich Nietzsche)
  • Toutes les religions sacerdotales condamnent le suicide, et cette réprobation est assez remarquable ; car ces religions inculquent, beaucoup plus expressément que le polythéisme libre de la direction des prêtres, le détachement de ce monde et l'indifférence pour tous les intérêts de la vie. Mais le suicide est un moyen d'indépendance, et en cette qualité tous les pouvoirs le haïssent. (Benjamin Constant, De la Religion considérée dans sa source, ses formes et son développement)
  • Quand on se réfugie dans le désespoir, ce qui paralyse n'est pas l'indifférence absolue à son sort, mais au contraire un grand souci de soi qui, faute de pouvoir s'exprimer, trouve dans le désir de mort un accomplissement de sa volonté de puissance. (Linda Lê)
  • C'est le chef-d'oeuvre de la loi éternelle, d'avoir ménagé plusieurs issues à la vie, tandis qu'elle n'a qu'une entrée. Quoi ! j'attendrais la cruauté de la maladie ou des hommes, lorsque je puis échapper à la souffrance, et me soustraire aux coups de l'adversité ! La meilleure raison pour ne pas se plaindre de la vie, c'est qu'elle ne retient personne. Les choses humaines sont parfaitement disposées : personne n'est malheureux que par sa faute. La vie vous plait-elle ? vivez ! vous déplaît-elle ? permis à vous de retourner au lieu d'où vous êtes venu. (Sénèque, Lettre à Lucilius 70)
  • Je me répète tous les jours cette phrase si juste de Pavese : « Quelle mort de ne plus vouloir mourir. » Et, honte à moi, je répugne à me suicider : l’inconnu me fait peur. Et surtout, en dépit de sa médiocrité, je veux connaître la suite du feuilleton que l’actualité m’offre quotidiennement, tout en étant convaincu de son caractère dérisoire et répétitif. (Roland Jaccard, 2020)

Notes et références

  1. « В этой жизни умереть не трудно. Сделать жизнь значительно трудней. » (Владимир Маяковский)

Liens externes


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