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Mobocratie

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La mobocratie, ou gouvernement par la foule, désigne un système politique où la masse impose sa volonté par la force, sans respect des lois ni des droits individuels. Ce concept, qui hante la pensée politique occidentale depuis l'Antiquité, a connu une fortune durable, du grec ancien aux pamphlets de la John Birch Society.

La mobocratie : quand la foule fait la loi

Le terme trouve son origine chez l'historien grec Polybe[1] (vers 200-118 av. J.-C.), qui forgea le mot ochlocratie (ὀχλοκρατία). Dans ses Histoires, Polybe analyse le cycle des régimes politiques : la démocratie, lorsqu'elle se dégrade, donne naissance à l'ochlocratie, où le plèthos fait ce qu'il veut. Il la décrit comme un "régime de violence et de force brutale", le pire des régimes, qui ramène le peuple à l'état de bête sauvage .

La version anglaise "mobocracy"[2] apparaît en 1754 sous la plume du dramaturge irlandais Arthur Murphy, qui l'utilise pour fustiger les prétentions politiques des classes populaires londoniennes[3]. Le mot est un hybride du vieil anglais "mob" (foule) et du suffixe grec "-cratie" (pouvoir)[4] . Murphy dénonce la "Party-rage: the madness of many for the gain of a few", cette folie du grand nombre pour le profit de quelques-uns.

Le régime des pires laisse le pouvoir aux pires

L'ochlocratie[5] se distingue radicalement de la démocratie, du moins dans la pensée de ses critiques. La démocratie suppose des règles, des débats, des institutions ; la mobocratie est la négation même de toute règle établie. C'est le pouvoir de la masse agissant par "suggestions soudaines et collectives", excluant "toute réflexion, toute réserve, tout discernement". Un lynchage en est l'archétype : la foule impose sa justice sans procès ni recours.

La John Birch Society a fait de la distinction entre république et démocratie un pilier de sa doctrine. Elle opposait la république constitutionnelle, où la loi protège l'individu contre la tyrannie de la majorité, à la démocratie pure, qu'elle assimilait à la mobocratie. Un manuel militaire américain de 1928, qu'elle cite volontiers, définissait la démocratie comme "un gouvernement des masses" aboutissant à la "mobocratie". Comme l'écrivait Polybe, le régime de force est aussi "le régime des pires, celui où les pires ont le pouvoir".

Aujourd'hui, le terme mobocratie est surtout utilisé par les détracteurs de la démocratie directe et des mouvements populistes. Des observateurs voient dans le trumpisme l'héritage de cette rhétorique anti-démocratique, où la volonté de la "vraie" majorité (le peuple, la foule) se substitue à la règle de droit. La mobocratie, en somme, reste une arme rhétorique redoutable : elle permet de disqualifier toute expression politique jugée excessivement émotionnelle, inculte ou dangereuse. Mais elle pose aussi une question fondamentale : comment concilier la souveraineté populaire avec la protection des droits individuels ? C'est la tension même qui parcourt l'histoire de la démocratie.



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