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Anders Fogh Rasmussen

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Anders Fogh Rasmussen (né en 1953) est un homme politique danois. Il a été Premier ministre du Danemark de 2001 à 2009, puis Secrétaire général de l'OTAN de 2009 à 2014. Membre du parti libéral Venstre, il a opéré un virage néolibéral dans les années 1980 et il a marqué la politique danoise par ses réformes économiques. Sur le climat, son positionnement a évolué. D'abord sceptique, il a ensuite promu une « économie de marché verte » et il a organisé la conférence COP15 à Copenhague en 2009.

Un libéral au cœur de la politique climatique danoise

Anders Fogh Rasmussen est l'une des figures politiques les plus marquantes du Danemark contemporain. Son parcours l'a conduit aux plus hautes fonctions de l'État. Il a d'abord été ministre des Impôts dans les années 1980, avant d'accéder au poste de Premier ministre, qu'il a occupé de 2001 à 2009. Il a ensuite poursuivi sa carrière sur la scène internationale en devenant Secrétaire général de l'OTAN de 2009 à 2014, un mandat durant lequel il a notamment supervisé les opérations en Libye et en Afghanistan.

Mais c'est surtout son parcours idéologique qui retient l'attention dans le domaine de la politique climatique. Dans les années 1980, Anders Fogh Rasmussen opère un virage néolibéral décisif. Il se rapproche alors du réseau libéral Libertas, un cercle de réflexion qui promeut les idées de marché libre et de liberté individuelle, et qui jouera un rôle central dans la diffusion de ces idées au Danemark. Ce tournant intellectuel trouve son expression la plus aboutie dans un ouvrage qu'il publie en 1993, Fra socialstat til minimalstat – en français, De l'État social à l'État minimal. Dans ce livre, il défend une vision résolument classique-libérale, appelant à une réduction drastique de l'État-providence. Selon lui, ce dernier est non seulement inefficace, mais il engendre aussi une forme de dépendance et d'asservissement moral : il accuse ainsi l'État social de créer un « état d'esprit d'esclave » chez les citoyens.

Ce positionnement idéologique aura des conséquences directes sur la manière dont le Danemark aborde les questions environnementales et climatiques. En effet, c'est sous l'impulsion d'Anders Fogh Rasmussen que les mécanismes de marché – tels que les taxes environnementales, les permis de pollution négociables ou encore les incitations à l'innovation technologique – deviennent les outils privilégiés de la politique climatique danoise, au détriment des approches fondées sur la régulation et la planification centralisée.

Une évolution marquée sur le climat : du scepticisme à l'engagement

Le positionnement d'Anders Fogh Rasmussen sur la question climatique a connu une évolution spectaculaire, qui ne fut pas sans influencer directement l'orientation de la politique danoise en la matière. Son parcours sur ce terrain se divise en deux grandes périodes, radicalement différentes.

Dans un premier temps, avant même son accession au poste de Premier ministre et au début de son mandat, il affichait publiquement un scepticisme prononcé à l'égard du réchauffement climatique. En 1998, dans un article paru dans le quotidien Information, il allait jusqu'à affirmer que la menace de l'effet de serre était instrumentalisée à des « fins politiques » et qu'elle ne constituait pas une « vérité scientifique établie »[1]. À ses yeux, les craintes relatives au climat étaient autant d'arguments utilisés par des politiques interventionnistes pour justifier des mesures qu'ils n'auraient pas pu faire adopter autrement, comme des taxes ou des restrictions injustifiées.

Pourtant, à partir de 2007, son discours opère un tournant décisif. En septembre de cette année-là, lors d'un discours prononcé devant l'Assemblée générale des Nations Unies, il reconnaît publiquement la réalité du changement climatique et expose la stratégie danoise pour y faire face, tout en maintenant l'objectif de poursuivre la croissance économique. Ce revirement est officialisé quelques mois plus tard, dans son discours d'ouverture du Parlement danois, où il place la lutte contre le réchauffement climatique au cœur des priorités nationales. Ce faisant, il amorce une transformation profonde de la politique climatique danoise, qui va désormais associer l'impératif écologique et le dynamisme économique.

Cette évolution, spectaculaire, témoigne de la capacité d'Anders Fogh Rasmussen à adapter son discours aux enjeux du moment, tout en restant fidèle à une conception libérale de l'action publique : il s'agit désormais de faire du climat un levier de croissance et d'innovation, plutôt qu'un obstacle à la liberté économique.

L'architecte d'une politique climatique « verte et de marché »

Anders Fogh Rasmussen a été le principal artisan de l'idée d'une « économie de marché verte », une approche qui a profondément marqué la politique climatique danoise et lui a conféré une orientation singulière, mêlant impératif écologique et foi dans les mécanismes du marché.

Son approche, qu'il qualifiait lui-même de « réalisme vert », reposait sur un principe simple : pour atteindre les objectifs environnementaux, il faut recourir aux mécanismes de marché plutôt qu'à une régulation étatique directe, jugée trop coûteuse et inefficace. L'idée centrale était d'obtenir « le plus d'environnement pour l'argent que l'on y consacre » – autrement dit, de maximiser l'efficacité des politiques écologiques en les soumettant aux lois du calcul économique. Cette logique impliquait de substituer aux traditionnelles interdictions et normes de production des outils incitatifs, tels que les taxes environnementales, les permis de pollution négociables ou encore le développement des droits de propriété, empruntés à la théorie économique libérale néoclassique.

Cette vision ne resta pas lettre morte. Dès son arrivée au pouvoir en 2001, Anders Fogh Rasmussen s'attela à la traduire en actes. La première mesure emblématique fut la nomination, en 2001, de l'économiste controversé Bjørn Lomborg à la tête de l'Institut d'évaluation environnementale. Lomborg, connu pour son scepticisme sur l'ampleur réelle des problèmes environnementaux, était perçu par ses détracteurs comme un négationniste, mais il incarnait parfaitement pour Fogh Rasmussen cette approche rationnelle et économique qui refuse l'alarmisme et privilégie la hiérarchisation des priorités. Par ailleurs, la politique énergétique des premières années du gouvernement fut marquée par des décisions allant à contre-courant des attentes des écologistes : l'annulation de projets de parcs éoliens offshore, la réduction des subventions accordées aux énergies renouvelables, au profit d'un discours mettant l'accent sur la compétitivité et les coûts.

Pourtant, face à la montée des pressions politiques, tant au niveau national qu'international, et aux enjeux économiques émergents liés à la transition énergétique, Anders Fogh Rasmussen opéra un spectaculaire virage à 180 degrés. En 2008, lors du congrès de son parti, Venstre, il annonça une vision radicalement nouvelle : celle d'un « Danemark sans combustibles fossiles », faisant de la « croissance verte » la grande priorité nationale. Cette nouvelle stratégie visait à faire du Danemark un leader mondial des technologies vertes, en misant sur l'innovation et la compétitivité des entreprises danoises sur les marchés internationaux de l'énergie propre. L'objectif était double : répondre à l'urgence climatique tout en créant des emplois et en stimulant l'économie. Ce revirement, loin d'être un renoncement à ses convictions libérales, en était au contraire l'aboutissement logique : il s'agissait désormais de faire du marché et de la technologie les moteurs de la transition écologique, et non plus ses adversaires.

  1. février 1998 dans Dagbladet Information, « Les théories de l’apocalypse changent avec la météo »