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'''Kenneth Joseph Arrow''', né le [[23 août]] [[1921]] à New York et mort le [[21 février]] [[2017]], était un économiste américain, co-titulaire, avec [[John Hicks]], du [[Prix Nobel d'économie|prix Nobel d'économie]] en [[1972]] pour ses travaux sur la théorie des choix collectifs et la théorie de l'équilibre général.


== Biographie de Kenneth Arrow ==
Originaire d'une famille new yorkaise modeste, il obtient une licence en sciences sociales avec spécialisation en mathématiques au City College of New York en [[1940]]. Il est alors proche du [[socialisme]], dont il s'éloignera progressivement. En 1941 il obtient un master en mathématiques. Pendant la [[Seconde Guerre mondiale]], il sert dans l'armée américaine, au sein du service météorologique. À l'issue de la guerre, il rejoint Columbia puis l'université de Chicago.


'''Kenneth Joseph Arrow''', né le 23 août [[1921]] à New York, est un économiste américain. Il est co-titulaire, avec [[John Hicks]], du [[Prix Nobel d'économie|prix « Nobel d'économie »]] en [[1972]] pour ses travaux sur la théorie des choix collectifs et la théorie de l'équilibre général.
En 1946 il revient à l'université de Columbia où il bénéficie d'une bourse, puis en 1947 à l'université de Chicago. Il s'éloignera de celle-ci en [[1949]] sur fond de divergences avec [[Milton Friedman]], ce dernier l'estimant trop socialiste. C'est en 1951 qu'il décroche son Ph.D en économie, puis rejoint l'enseignement. Il enseigne à Stanford, et en 1962 il est économiste au comité des conseillers économiques des États-Unis. Il rejoint Harvard six ans plus tard.  


L'apport de '''Kenneth Arrow''', à la pensée libérale et à la théorie de l'organisation, concerne essentiellement son intérêt à la notion de l'[[apprentissage]], de connaissance et de la [[confiance]] qu'il introduit dans son article de [[1974]]. Les firmes disposent de cette faculté de fournir à leurs membres un langage commun ou un code. Kenneth Arrow a examiné le rôle des codes propres à l'entreprise. Il a noté que l'apprentissage des canaux d'information au sein d'une entreprise et les codes de transmission de l'information ont une valeur de compétence uniquement en interne. L'apprentissage d'un code par une personne physique est un acte d'investissement personnel qui constitue également une accumulation de capital pour
En 1972, il est le plus jeune économiste récompensé du [[prix Nobel d'économie]]. Le jury récompense alors ses travaux sur la théorie du bien-être et sur les équilibres généraux de l'économie.
l'organisation.


Le partage de la valeur confiance dans une société agit comme un « lubrifiant social » qui a des effets sur la performance. Son travail permet de comprendre également l'évolution des entreprises, non pas vue comme un effet mécanique et subissant des ordres hiérarchiques mais découlant d'un processus naturel et culturel.
Il finira sa carrière à Stanford, entre 1979 et sa retraite, en 1991.


Kenneth Arrow appartient au courant dominant de l'école néo-classique avec une défense absolue de l'[[individualisme méthodologique]] :
Il meurt en 2017, à 95 ans, laissant derrière lui des contributions remarquables à l'économie.
::"Il n'est pas vraiment nécessaire pour l'entreprise d'être l'unité fondamentale de l'organisation dans l'invention, il y a beaucoup de raisons de supposer que des talents individuels comptent beaucoup plus que l'entreprise en tant qu'organisation".<ref>There is really no need for the firm to be the fundamental unit of organization in invention; there is plenty of reason to suppose that individual talents count for a good deal more than the firm as an organization (Kenneth Arrow, [[1962]], Economic welfare and the allocation of resources for inventions, In: [[Richard R. Nelson]], dir., The Rate and Direction of Inventive Activity: Economic and Social Factors, Princeton, NJ: Princeton University Press, p624)</ref>


==Le théorème d'Arrow==
== Apports de Kenneth Arrow à l'économie ==
Dans sa thèse ''Choix social et valeurs individuelles'' (1951), Arrow généralise un résultat déjà obtenu par [[Condorcet]] en montrant qu'il est impossible de définir l'intérêt général à partir des choix individuels. On ne peut définir de façon cohérente une préférence collective en agrégeant des préférences individuelles.  Les décisions d'un état (même démocratique) ne peuvent donc pas être légitimes. Ce [http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9or%C3%A8me_d%27impossibilit%C3%A9_d%27Arrow "théorème d'impossibilité"] s'énonce ainsi (en simplifiant, car il s'agit d'un théorème mathématique de théorie des ensembles qui réclame une démonstration élaborée) :
: Il n'existe pas de fonction de choix social (un système de vote) qui puisse convertir des préférences individuelles en une décision agrégée cohérente, hormis dans le cas où la fonction de choix social coïncide avec les choix d'un seul individu ("dictateur"), indépendamment du reste de la population.


Plus précisément, étant données les hypothèses suivantes :
L'apport de '''Kenneth Arrow''', à la pensée libérale et à la théorie de l'organisation, concerne essentiellement son intérêt pour la notion de l'[[apprentissage]], de la connaissance et de la [[confiance]] qu'il introduit dans son article de [[1974]]. Les firmes disposent de cette faculté de fournir à leurs membres un langage commun, ou un code. Kenneth Arrow a examiné le rôle des codes propres à l'entreprise. Il a noté que l'apprentissage des canaux d'information au sein d'une entreprise, et les codes de transmission de l'information, ont une valeur de compétence uniquement en interne. L'apprentissage d'un code est un acte d'investissement personnel qui constitue également une accumulation de capital pour l'organisation.
* 1a. hypothèse de rationalité : si un individu préfère une option A à une option B, la présence d'une troisième option C ne doit pas intervertir cette préférence (en particulier, il y a transitivité : si B est préféré à C et C est préféré à A, il est impossible que A soit préféré à B) ;
* 1b. hypothèse d'anonymat (invariance par permutation) : le choix collectif ne dépend pas de qui émet une préférence individuelle ;
* 2. universalité : il existe toujours un choix collectif, quelles que soient les préférences de chaque individu (pas de restriction sur les préférences individuelles) ;
* 3. unanimité (principe de Pareto, ou "non-masochisme du groupe") : lorsqu'une certaine option est préférée par tous à une certaine autre, la fonction de choix social associe cette même préférence à la société ;
* 4. indépendance des options non-pertinentes (impossibilité de "manipulation") : le classement relatif de deux options ne doit dépendre que de leur position relative pour les individus et non du classement d'options tierces ;
* 5. non-dictature : il n'existe aucun individu ("dictateur") pour lequel la liste de ses choix personnels coïncide avec le choix collectif, quelles que soient les préférences des autres.


le théorème d'Arrow affirme alors qu'il est impossible de satisfaire en même temps aux 5 conditions : si les 4 premières sont satisfaites, la 5ème ne l'est pas.
Le partage de la valeur confiance dans une société agit comme un lubrifiant social qui a des effets sur la performance. Son travail permet de comprendre également l'évolution des entreprises, non pas considérée comme un effet mécanique et subissant des ordres hiérarchiques, mais découlant d'un processus naturel et culturel.


La conséquence de ce théorème est que la prétention de la [[démocratie]] (qu'elle soit directe ou représentative) à exprimer une "volonté générale" est une imposture : la "volonté générale" n'existe pas, et les politiciens n'obéissent qu'à leur intérêt particulier. On ne peut non plus affirmer que la démocratie soit systématiquement, et par nature, meilleure que la [[dictature]] (car il peut y avoir des "[[Despotisme éclairé|despotes éclairés]]" aussi bien que des "[[Démocratie totalitaire|démocrates totalitaires]]").
Kenneth Arrow appartient au courant dominant de l'école néo-classique avec une défense absolue de l'[[individualisme méthodologique]] :
:: « Il n'est pas vraiment nécessaire pour l'entreprise d'être l'unité fondamentale de l'organisation dans l'invention, il y a beaucoup de raisons de supposer que des talents individuels comptent beaucoup plus que l'entreprise en tant qu'organisation ».<ref>There is really no need for the firm to be the fundamental unit of organization in invention; there is plenty of reason to suppose that individual talents count for a good deal more than the firm as an organization (Kenneth Arrow, [[1962]], Economic welfare and the allocation of resources for inventions, In: [[Richard R. Nelson]], dir., The Rate and Direction of Inventive Activity: Economic and Social Factors, Princeton, NJ: Princeton University Press, p624)</ref>


Ce théorème confirme ce qu'on peut comprendre intuitivement assez facilement : si Pierre préfère A, Paul préfère B et Jean préfère C, il ne peut y avoir de "choix collectif" de Pierre, Paul et Jean. La règle de la majorité n'est qu'une règle qui ne peut définir un choix collectif légitime. [[Tocqueville]] l'expliquait déjà :
=== Le théorème d'Arrow ===
:"Qu'est-ce donc une majorité prise collectivement sinon un individu qui a des opinions et le plus souvent des intérêts contraires à un autre individu qu'on nomme la minorité ? Or, si vous admettez qu'un homme revêtu de la toute-puissance peut en abuser contre ses adversaires, pourquoi n'admettez-vous pas la même chose pour une majorité ?" (''De la Démocratie en Amérique'')
Dans sa thèse « Choix social et valeurs individuelles » (1951), Arrow généralise le résultat déjà obtenu par [[Condorcet]] en montrant qu'il est impossible de définir l'[[intérêt général]] à partir des choix individuels. On ne peut définir de façon cohérente une préférence collective en agrégeant des préférences individuelles. Les décisions d'un État (même démocratique) ne peuvent donc pas être légitimes. Ce [[Théorème d'Arrow|théorème d'impossibilité d'Arrow]] s'énonce ainsi (il s'agit d'un théorème mathématique de théorie des ensembles qui repose sur une démonstration élaborée) :


[[Henri Lepage]] souligne le fait paradoxal que ce théorème, apparemment en faveur des thèses libérales, peut être invoqué pour justifier l'existence d'une élite qui décide au nom de l'[[intérêt général]], puisque cet intérêt ne saurait être défini à partir de l'agrégation des intérêts individuels :
{{citation bloc|Il n'existe pas de fonction de choix social (un système de vote) qui puisse convertir des préférences individuelles en une décision agrégée cohérente, hormis dans le cas où la fonction de choix social coïncide avec les choix d'un seul individu (dictateur), indépendamment du reste de la population.|Kenneth Arrow}}
:Le "paradoxe d'Arrow" a pour résultat de conforter l'idéologie libérale : il jette d'emblée une suspicion sur tout ce qui vient de l’État, puisqu'il démontre que la véritable démocratie n'existe pas et ne peut pas exister. C'est une arme contre toutes les idéologies "étatisantes". Mais il a aussi un effet exactement inverse : celui de légitimer l'existence d'une élite particulière détentrice de "l'intérêt général" ; et donc, de nous prédisposer à tomber dans le piège qui consiste à voir dans les individus qui font l'Etat (ses élus, ses ministres, ses fonctionnaires) d'abord les agents de l'intérêt général, avant de voir les hommes eux-mêmes et les règles qui conditionnent leur comportement. Malgré la défiance qu'il suggère à l'encontre de toute solution étatique, l'une des conséquences du "paradoxe d'Arrow" est de nous conduire à une acceptation trop passive des processus modernes d'extension du phénomène étatique. ([[Henri Lepage]], ''Demain le capitalisme'', 1978)


Voir aussi : théorème de l’[[électeur médian]].
Plus précisément, étant donné les hypothèses suivantes :
 
* 1a. hypothèse de rationalité : si un individu préfère une option A à une option B, la présence d'une troisième option C ne doit pas intervertir cette préférence (en particulier, il y a transitivité : si B est préféré à C et C est préféré à A, il est impossible que A soit préféré à B) ;
== Preuve du théorème d'Arrow ==
* 1b. hypothèse d'anonymat (invariance par permutation) : le choix collectif ne dépend pas de qui émet une préférence individuelle ;
* 2. universalité : il existe toujours un choix collectif, quelles que soient les préférences de chaque individu (pas de restriction sur les préférences individuelles, aucun sous-groupe ne peut être tenu à l'écart d'une décision) ;
* 3. unanimité (principe de Pareto, ou non-masochisme du groupe) : lorsqu'une certaine option est préférée par tous à une autre, la fonction de choix social associe cette même préférence à la société ;
* 4. indépendance des options non-pertinentes (impossibilité de « manipulation ») : le classement relatif de deux options ne doit dépendre que de leur position relative pour les individus et non du classement d'options tierces (on exprime ses souhaits véritables, on ne cherche pas par son choix à faire barrage à un sous-groupe de personnes, le vote exprime des préférences personnelles, et non des animosités à l'égard d'autrui) ; une autre façon d'exprimer cette exigence est de dire qu'une consultation doit révéler les préférences des acteurs : la procédure d'agrégation des choix ne doit pas être manipulable de façon à cacher les véritables préférences ;
* 5. non-dictature : il n'existe aucun individu (dictateur) pour lequel la liste de ses choix personnels coïncide avec le choix collectif, quelles que soient les préférences des autres (personne ne doit imposer sa volonté aux autres).


Soit I l'ensemble de la population et A l'ensemble des choix possibles A = (a,b) . J est une partie décisive pour (a,b) si pour tout élément i de J ( groupe de personne ou individu ) si i préfère a à b alors globalement a est préféré a b).
Le théorème d'Arrow affirme alors qu'il est impossible de satisfaire en même temps aux 5 conditions : si les 4 premières sont satisfaites, la cinquième ne l'est pas.


Soit J partie décisive minimal et j appartenant à J et une situation de Condorcet. z appartenant à A.
La conséquence de ce théorème est que la prétention de la [[démocratie]] (qu'elle soit directe ou représentative) à exprimer une « volonté générale » est une imposture : la « volonté générale » n'existe pas, et les politiciens n'obéissent qu'à leur intérêt particulier. On ne peut non plus affirmer que la démocratie soit systématiquement, et par nature, meilleure que la [[dictature]] (car il peut y avoir des [[Despotisme éclairé|despotes éclairés]] aussi bien que des [[Démocratie totalitaire|démocrates totalitaires]]) :
{{citation bloc|Il s'avère que la démocratie parfaite, à laquelle tant de grands esprits de l'histoire ont rêvé, n'est qu'une chimère logiquement auto-contradictoire. Aujourd'hui, les chercheurs du monde entier, en mathématiques, en politique et en économie, essaient de sauver ce qui peut l'être du désastre provoqué par la découverte d'Arrow.|[[Paul Samuelson]]}}


j : a préféré à z et z préféré à b.
Ce théorème confirme ce qu'on peut comprendre intuitivement assez facilement : si Pierre préfère A, Paul préfère B et Jean préfère C, il ne peut y avoir de choix collectif de Pierre, Paul et Jean. La règle de la majorité n'est qu'une règle qui ne peut définir un choix collectif légitime. [[Alexis de Tocqueville]] l'expliquait déjà :
{{citation bloc|Qu'est-ce donc une majorité prise collectivement, sinon un individu qui a des opinions et le plus souvent des intérêts contraires à un autre individu qu'on nomme la minorité ? Or, si vous admettez qu'un homme revêtu de la toute-puissance peut en abuser contre ses adversaires, pourquoi n'admettez-vous pas la même chose pour une majorité ?|Alexis de Tocqueville|De la Démocratie en Amérique}}


J privé de j : b préféré à a et a préféré à z
La pratique politique dans les démocraties modernes confirme chaque jour ce théorème, en montrant les contradictions entre les différentes instances décisionnelles : le [[peuple]] n'a pas les mêmes opinions que ses dirigeants (élus ou non élus), qui n'ont pas les mêmes opinions que l'assemblée législative ou le tribunal suprême, qui n'ont pas les mêmes opinions que telle instance supranationale ayant voix au chapitre, etc.


I privé de J : z préféré à b préféré à a
[[Henri Lepage]] souligne le fait paradoxal que ce théorème, apparemment en faveur des thèses [[libéral]]es, peut être invoqué pour justifier l'existence d'une élite qui décide au nom de l'[[intérêt général]], puisque cet intérêt ne saurait être défini à partir de l'agrégation des intérêts individuels :
{{citation bloc|Le paradoxe d'Arrow a pour résultat de conforter l'[[idéologie]] libérale : il jette d'emblée une suspicion sur tout ce qui vient de l’État, puisqu'il démontre que la véritable démocratie n'existe pas et ne peut pas exister. C'est une arme contre toutes les idéologies étatisantes. Mais il a aussi un effet exactement inverse : celui de légitimer l'existence d'une élite particulière détentrice de l'[[intérêt général]] ; et donc de nous prédisposer à tomber dans le piège qui consiste à voir dans les individus qui font l’État (ses élus, ses ministres, ses fonctionnaires) d'abord les agents de l'intérêt général, avant de voir les hommes eux-mêmes et les règles qui conditionnent leur comportement. Malgré la défiance qu'il suggère à l'encontre de toute solution étatique, l'une des conséquences du paradoxe d'Arrow est de nous conduire à une acceptation trop passive des processus modernes d'extension du phénomène étatique. ([[Henri Lepage]]|''Demain le capitalisme, 1978}}


Alors on a a préféré à z car J décisive mais b n'est pas préféré à a car sinon J privé de j serait décisive et J ne serait pas  minimal. D’où a préféré à b et a préféré à z or la relation de préférence individuelle de l'individu i est un pré-ordre ( i.e réflexive et transitive) et b préféré à z est impossible d’où z préféré à b. Au final, on a a préféré à z et z préféré à b qui sont les préférences de j. On obtient une situation de procédure dictatoriale.
Voir aussi : théorème de l’[[électeur médian]], loi d'airain de l'[[oligarchie]].


== Notes et références ==
=== Preuve du théorème d'Arrow ===
<references /> <!-- aide : http://fr.wikipedia.org/wiki/Aide:Notes et références -->


== Œuvres ==
Soit I l'ensemble de la population et A l'ensemble des choix possibles A = {''a'',''b''}. J est une partie décisive pour {''a'',''b''} si pour tout élément ''i'' de J (groupe de personne ou individu) si ''i'' préfère ''a'' à ''b'' alors globalement ''a'' est préféré à ''b''.


* [[1950]], “A Difficulty in the Concept of Social Welfare”, Journal of Political Economy, 58 (4), pp328–346
Soit J partie décisive minimale et ''j'' appartenant à J et une situation de Condorcet, ''z'' appartenant à A.


* [[1951]],
''j'' : ''a'' préféré à ''z'' et ''z'' préféré à ''b''.
** a. Social Choice and Individual Values, New York: Wiley and sons
** b. Alternative Approaches to the Theory of Choice in Risk-Taking Situations, Econometrica, 19(4): 404-437


* [[1952]], Le principe de rationalité dans les décisions collectives, Economie Appliquée, n°4
J privé de ''j'' : ''b'' préféré à ''a'' et ''a'' préféré à ''z''


* [[1954]], avec [[Gérard Debreu]], Existence of an Equilibrium for a Competitive Economy, Econometrica 22(3): 265-90
I privé de J : ''z'' préféré à ''b'' préféré à ''a''
* [[1955]], Commentaire du livre de Henry M. Oliver, A Critique of Socioeconomic Goals, Political Science Quarterly, Vol. 70, n°3, Sep., pp441-442 
* [[1958]], Toward a Theory of Price Adjustment, In: Abramovitz, M. et al., eds., The Allocation of Economic Resources: Essays in Honor of B.F. Haley, Stanford, Stanford University Press
* [[1962]],
** a. The economic implications of learning by doing, Review of Economic Studies, 29, June, pp679-93
*** Repris en [[1985]], Ch 7, In: [[Kenneth J. Arrow]], Dir., Collected Papers of Kenneth J. Arrow. Volume 5 Production and Capital. Cambridge, Massachusetts: The Belknap Press of Harvard University Press, pp155-173
** b. Economic welfare and the allocation of resources for inventions, In: [[Richard R. Nelson]], Dir., The Rate and Direction of Inventive Activity: Economic and Social Factors, Princeton, NJ: Princeton University Press, pp609–625
*** Repris en [[1971]], In: D. M. Lamberton, dir., Economics of Information and Knowledge, Harmonndsworth, pp141-159


* [[1963]],
Alors on a ''a'' préféré à ''z'' car J décisive mais ''b'' n'est pas préféré à ''a'' car sinon J privé de ''j'' serait décisive et J ne serait pas minimal. D’où ''a'' préféré à ''b'' et ''a'' préféré à ''z'' or, la relation de préférence individuelle de l'individu ''i'' est un pré-ordre (i.e réflexive et transitive) et ''b'' préféré à ''z'' est impossible d’où ''z'' préféré à ''b''. Au final, on a ''a'' préféré à ''z'' et ''z'' préféré à ''b'' qui sont les préférences de ''j''. On obtient une situation de procédure dictatoriale.
** a. Uncertainty and the Welfare Economics of Medical Care, American Economic Review, Vol 53, n°5, décembre, pp941-973
** b. Research in Management Controls: A Critiqual Synthesis, In: C. Bonini, R. Jaediche et H. Wagner, dir., Management Controls: New Directions in Basic Research, McGraw-Hill, New-York


* [[1964]],
== Notes et références ==
** a. Control in Large Organizations, Management Science. 10 (3): 397–408
{{références | colonnes = 2}}
** b. The Role of Securities in the Optimal Allocation of Risk Bearing, Review of Economic Studies, 2, pp91-96


* [[1968]],
== Publications ==
** a. The Economics of Moral Hazard: Further Comment, The American Economic Review, Vol. 58, No. 3, pp537-539
** b. Mathematical Models in the Social Sciences, In: M. Brodbeck, dir., Readings in the Philosophy of lhe Social Sciences, Nueva York: Macmíllan, pp635-667


* [[1969]],
:Pour une liste détaillée des œuvres de Kenneth Arrow, voir [[Kenneth Arrow (bibliographie)]]
** a. "Classificatory Notes on the Production and Transmission on Technological Knowledge", American Economic Review, vol. LIX, n° 2, mai, pp29-35
** b. The Organization of Economic Activity: Issues Pertinent to the Choice of Market versus Non-market Allocations, In: Washington, D.C., Analysis and Evaluation of Public Expenditures: The PPP System, Volume 1, Government Printing Office, pp47-64
** c. avec T. Scitovsky, "Readings in Welfare Economics", R. Irwin, Inc, Homewood, Ontario


* [[1970]],
== Littérature secondaire ==
** a. The organization of economic activity : issues pertinent to the choice of market versus non-market allocation, In: Haveman R.J. et Margolis J., Dir., Public Expenditures and Policy Analysis, Markham, Chicago
** b. avec Robert C. Lind, “Uncertainty and Evaluation of Public Investment Decisions,” American Economic Review 60, no. 3, pp364-78
** c. "Political and Economic Evaluation of Social Effects and Externalities", In : ?. Margolis, dir., The Analysis 0f Public Output; New York Columbia University Press, pp1-23
 
* [[1971]],
** a. Economic Welfare and the Allocation of Resources for Invention, In: D. M. Lamberton, Dir., Economics of Information and Knowledge, Baltimore: Penguin Books, Ltd.
** b. Political and Economic Evaluation of Social Effects and Externalities, In: Frontiers of Quantitative Economics, M. Intriligator, Dir., Amsterdam: North-Holland, pp3–23
** c. avec F. Hahn, General Competitive Analysis. San Francisco, CA: Holden Day
** d. Essays in the Theory of Risk-Bearing, Chicago, Ill.: Markham Publishing Company
 
* [[1972]], avec Leonid Hurwicz, An Optimality Criterion for Decision Making under Ignorance, In: C. F. Carter et J. L. Ford, dir., Uncertainty and Expectations in Economics - Essays in Honour of G. L. S. Shackle, Oxford : Basil Blackwell
 
* [[1973]],
** a. Information and Economic Behaviour, Stockholm: Federation of Swedish Industries.
** b. "Social Responsibility and Economic Efficiency", Public Policy, 21(3), pp303–317
 
* [[1974]],
** a. Limited Knowledge and Economic Analysis. American Economic Review 64(1): 1-10
** b. The Limits of Organization. New York: Norton
*** Traduit en français en [[1976]], Les limites de l'organisation, PUF, Paris
** c. "Gifts and Exchanges", Philosophy and Public Affairs, vol I, Summer, pp343-62
 
* [[1975]],
** a. Gifts and Exchanges, In: Edmund Phelps, dir., Altruism, Morality, and Economic Theory, Russel Sage Foundation, pp13-28
** b. Vertical Integration and Communication, Bell Journal of Economics, 6, pp173-183
** c. Equilibre économique général, Economie appliquée, n°4
** d. Connaissance limitée et analyse économique, Economie Appliquée, n°4
** e. “Thorstein Veblen as an Economic Theorist”, American Economist, 19 (1), pp5-9
 
* [[1979]],
** a. The Division of Labor in the Economy, the Polity, and Society, In: [[Gerald O'Driscoll]] Jr., Dir., Adam Smith and Modern Political Economy. Ames, Iowa: Iowa State University Press
** b. The property rights doctrine and demand revelation under incomplete information, In: M. J. Boskin, dir., Economics and human welfare: Essays in honour of Tibor Scitovsky, New York: Academic Press, pp23–39
 
* [[1981]], avec M. D. Intriligator, Handbook of Mathematical Economics. Amsterdam, North-Holland Publishing Company
* [[1982]],
** a. Risk Perception in Psychology and Economics, Economic Inquiry, vol. 20, n°1, pp1-9
** b. avec Charles Fried, Robert S. Summers et [[Gordon Tullock]], Commentary on Hirshleifer paper, Research in Law and Economics, 4, pp61-87
 
* [[1984]],
** a. General equilibrium, Cambridge: Belknap
** b. "Information and economic behavior", In: Collected Papers of Kenneth J. Arrow, Vol. 4. Belknap Press, Cambridge, MA.
 
* [[1985]], The Economics of Agency, In: John W. Pratt et Richard J. Zeckhauser, dir., Principals and Agents: The Structure of Business. Boston, Mass.: Harvard Business School Press: pp37-51
 
* [[1986]],
** a. "Rationality of Self and Others in an Economic System", Journal of Business, vol. 59 (4), octobre, pp385-399
*** Repris en [[1987]], In: R. M. Hogarth et M. W. Reder, dir., Rational Goice: Tbe Contrast between Economics and Psychology, Chicago: University of Chicago Press
*** Traduction française en [[1987]], "De la rationalité - de l'individu et des autres - dans un système économique", Revue Française d'Economie, Vol II (1), hiver, pp22 à 47
** b. avec Hervé Raynaud, Social Choice and Multicriterion Decision-Making, The MIT Press
 
* [[1987]],
** a. Reflections on the Essays, In: Arrow and the Ascent of Modern Economic Theory, George R. Feiwel, Dir., New York: New York University Press, pp685-689
** b. Oral History I: An Interview, In: G. R. Feíwel, dir., Arrow and the Ascent of Modern Economic Theory. Basingstoke: Macmillan, pp191-242
** c. "Rationality of Self and Others in an Economic System", In : R. M. Hogarth et M. W. Reder, dir., Rational Choice, Chicago : University of Chicago Press
 
* [[1988]], avec P.W. Andersen et D. Pines, The Economy as an Evolving Complex System, Redwood, Addison-Wesley
 
* [[1992]], "General Economic Equilibrium: Purpose, Analytic Techniques, Collective Choice", In: Assar Lindbeck, Nobel Lectures, Economic Sciences, 1969-1980, Singapore, World Scientific
 
* [[1994]], [http://www.uky.edu/~rford/Home_files/Arrow_1994AER.pdf Methodological Individualism and Social Knowledge], American Economic Review, 84, 2, pp1-11
 
* [[1995]], Viewpoint: the future, Science, March 17, vol. 267, p1618
 
* [[1996]], "Technical Information and Industrial Structure", Industrial and Corporate Change, Vol(2), p645-652
** Repris en [[1999]], Technical Information and Industrial Structure, In: Glenn R. Carroll et [[David J. Teece]], dir., Firms, Markets, and Hierarchies, Oxford University Press, Oxford, pp156-163
 
* [[1999]],
** a. Information and the organisation of industry, In: Graciela Chichilnisky, Dir., Markets, Information and Uncertainty: Essays in Economic Theory in Honour of Kenneth J. Arrow, CH 1, Cambridge, UK: Cambridge University Press. Papier délivré au Lectio magistralis de l'université catholique de Sacro Cuore, à Milan en Itlaie en 1994
** b. Forward, In: Glenn Carroll et [[David J. Teece]], dir., Firms, Markets, and Hierarchies. New York: Oxford University Press, ppvii-viii
** c. “Discounting, morality, and gaming”, In: P.R. Portney et J.P. Weyant, dir., Discounting and Intergenerational Equity, Washington, D.C.: Resources for the Future, pp12–21
 
* [[2000]],
** a. Increasing returns: historiographic issues and path dependence, European Journal of the History of Economic Thought, vol. 7, issue 2, pp171-180
** b. Economic Transition: Speed and Scope, Journal of Institutional and Theoretical Economics, 156 (March): 9-18
 
* [[2002]], "The Genesis of "Opitmal Inventory Policy"", Operations Research, 50(1), pp1-2
 
==Littérature secondaire ==


* [[1975]], M. A. Satterthwaite, Strategy-proofness and Arrow's Condition: Existence and Correspondence Theorem for Voting Procedures and Social Welfare Function, Journal of Economic Theory, 10: 187-217
* [[1975]], M. A. Satterthwaite, Strategy-proofness and Arrow's Condition: Existence and Correspondence Theorem for Voting Procedures and Social Welfare Function, Journal of Economic Theory, 10: 187-217
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* [[1987]],  
* [[1987]],  
** George Feiwel, Dir., Arrow and the Ascent of Modern Economic Theory, New York: New York University Press
** George Feiwel, Dir., Arrow and the Ascent of Modern Economic Theory, New York: New York University Press
** R. C. Fisher, "Kenneth J. Arrow", In: Roland Turner, dir., Thinkers of the Twentieth Century, Chicago and London: St.James Press
** Ronald C. Fisher, [https://archive.org/details/thinkersoftwenti0000unse_2ed/page/27/mode/1up "Arrow, Kenneth (Joseph)"], Roland Turner, dir., [https://archive.org/details/thinkersoftwenti0000unse_2ed/page/6/mode/1up "Thinkers of the twentieth century"], Chicago: St. James Press, pp27-29
 
* [[2002]], [[Peter Boettke]], "Hayek, Arrow, and the Problems of Democratic Decision-Making", Journal of Public Finance and Public Choice, Vol 20, n°1, pp9–21


* [[2005]], [[Gilles Dostaler]], "Kenneth J. Arrow, et les limites des choix effectifs", [[Alternatives économiques]], n°241, novembre, pp76-78
* [[2005]], [[Gilles Dostaler]], "Kenneth J. Arrow, et les limites des choix effectifs", [[Alternatives économiques]], n°241, novembre, pp76-78


* [[2006]], Giovanni Dosi, Franco Malerba, Giovanni B. Ramello et Francesco Silva, "Information, appropriability, and the generation of innovative knowledge four decades after Arrow and Nelson: an introduction", Industrial and Corporate Change, December, 15(6), pp891-901  
* [[2006]], Giovanni Dosi, Franco Malerba, Giovanni B. Ramello et Francesco Silva, "Information, appropriability, and the generation of innovative knowledge four decades after Arrow and Nelson: an introduction", Industrial and Corporate Change, December, 15(6), pp891-901
 
== Articles connexes ==
* [[Électeur médian|Théorème de l'électeur médian]]
* [[Marché politique]]


==Voir aussi==
== Liens externes ==
* Théorème de l'[[électeur médian]]
*{{en}}[https://mises.org/blog/moral-hazard-kenneth-arrow-vs-frank-knight-and-austrians Moral Hazard: Kenneth Arrow vs. Frank Knight and the Austrians] ([[Matt McCaffrey]], Mises Wire, 14 mars 2017)
* [[marché politique]]
*{{fr}}[http://www.quebecoislibre.org/030510-4.htm Le théorème d'Arrow, ou la démocratie contre la raison] (Mickaël Mithra)


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Kenneth Arrow
Économiste

Dates 1921 - 2017
Kenneth Arrow, économiste américain
Tendance
Nationalité États-Unis États-Unis
Articles internes Autres articles sur Kenneth Arrow

Citation
Interwikis sur Kenneth J. Arrow

Kenneth Joseph Arrow, né le 23 août 1921 à New York et mort le 21 février 2017, était un économiste américain, co-titulaire, avec John Hicks, du prix Nobel d'économie en 1972 pour ses travaux sur la théorie des choix collectifs et la théorie de l'équilibre général.

Biographie de Kenneth Arrow

Originaire d'une famille new yorkaise modeste, il obtient une licence en sciences sociales avec spécialisation en mathématiques au City College of New York en 1940. Il est alors proche du socialisme, dont il s'éloignera progressivement. En 1941 il obtient un master en mathématiques. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il sert dans l'armée américaine, au sein du service météorologique. À l'issue de la guerre, il rejoint Columbia puis l'université de Chicago.

En 1946 il revient à l'université de Columbia où il bénéficie d'une bourse, puis en 1947 à l'université de Chicago. Il s'éloignera de celle-ci en 1949 sur fond de divergences avec Milton Friedman, ce dernier l'estimant trop socialiste. C'est en 1951 qu'il décroche son Ph.D en économie, puis rejoint l'enseignement. Il enseigne à Stanford, et en 1962 il est économiste au comité des conseillers économiques des États-Unis. Il rejoint Harvard six ans plus tard.

En 1972, il est le plus jeune économiste récompensé du prix Nobel d'économie. Le jury récompense alors ses travaux sur la théorie du bien-être et sur les équilibres généraux de l'économie.

Il finira sa carrière à Stanford, entre 1979 et sa retraite, en 1991.

Il meurt en 2017, à 95 ans, laissant derrière lui des contributions remarquables à l'économie.

Apports de Kenneth Arrow à l'économie

L'apport de Kenneth Arrow, à la pensée libérale et à la théorie de l'organisation, concerne essentiellement son intérêt pour la notion de l'apprentissage, de la connaissance et de la confiance qu'il introduit dans son article de 1974. Les firmes disposent de cette faculté de fournir à leurs membres un langage commun, ou un code. Kenneth Arrow a examiné le rôle des codes propres à l'entreprise. Il a noté que l'apprentissage des canaux d'information au sein d'une entreprise, et les codes de transmission de l'information, ont une valeur de compétence uniquement en interne. L'apprentissage d'un code est un acte d'investissement personnel qui constitue également une accumulation de capital pour l'organisation.

Le partage de la valeur confiance dans une société agit comme un lubrifiant social qui a des effets sur la performance. Son travail permet de comprendre également l'évolution des entreprises, non pas considérée comme un effet mécanique et subissant des ordres hiérarchiques, mais découlant d'un processus naturel et culturel.

Kenneth Arrow appartient au courant dominant de l'école néo-classique avec une défense absolue de l'individualisme méthodologique :

« Il n'est pas vraiment nécessaire pour l'entreprise d'être l'unité fondamentale de l'organisation dans l'invention, il y a beaucoup de raisons de supposer que des talents individuels comptent beaucoup plus que l'entreprise en tant qu'organisation ».[1]

Le théorème d'Arrow

Dans sa thèse « Choix social et valeurs individuelles » (1951), Arrow généralise le résultat déjà obtenu par Condorcet en montrant qu'il est impossible de définir l'intérêt général à partir des choix individuels. On ne peut définir de façon cohérente une préférence collective en agrégeant des préférences individuelles. Les décisions d'un État (même démocratique) ne peuvent donc pas être légitimes. Ce théorème d'impossibilité d'Arrow s'énonce ainsi (il s'agit d'un théorème mathématique de théorie des ensembles qui repose sur une démonstration élaborée) :

« Il n'existe pas de fonction de choix social (un système de vote) qui puisse convertir des préférences individuelles en une décision agrégée cohérente, hormis dans le cas où la fonction de choix social coïncide avec les choix d'un seul individu (dictateur), indépendamment du reste de la population. »
    — Kenneth Arrow

Plus précisément, étant donné les hypothèses suivantes :

  • 1a. hypothèse de rationalité : si un individu préfère une option A à une option B, la présence d'une troisième option C ne doit pas intervertir cette préférence (en particulier, il y a transitivité : si B est préféré à C et C est préféré à A, il est impossible que A soit préféré à B) ;
  • 1b. hypothèse d'anonymat (invariance par permutation) : le choix collectif ne dépend pas de qui émet une préférence individuelle ;
  • 2. universalité : il existe toujours un choix collectif, quelles que soient les préférences de chaque individu (pas de restriction sur les préférences individuelles, aucun sous-groupe ne peut être tenu à l'écart d'une décision) ;
  • 3. unanimité (principe de Pareto, ou non-masochisme du groupe) : lorsqu'une certaine option est préférée par tous à une autre, la fonction de choix social associe cette même préférence à la société ;
  • 4. indépendance des options non-pertinentes (impossibilité de « manipulation ») : le classement relatif de deux options ne doit dépendre que de leur position relative pour les individus et non du classement d'options tierces (on exprime ses souhaits véritables, on ne cherche pas par son choix à faire barrage à un sous-groupe de personnes, le vote exprime des préférences personnelles, et non des animosités à l'égard d'autrui) ; une autre façon d'exprimer cette exigence est de dire qu'une consultation doit révéler les préférences des acteurs : la procédure d'agrégation des choix ne doit pas être manipulable de façon à cacher les véritables préférences ;
  • 5. non-dictature : il n'existe aucun individu (dictateur) pour lequel la liste de ses choix personnels coïncide avec le choix collectif, quelles que soient les préférences des autres (personne ne doit imposer sa volonté aux autres).

Le théorème d'Arrow affirme alors qu'il est impossible de satisfaire en même temps aux 5 conditions : si les 4 premières sont satisfaites, la cinquième ne l'est pas.

La conséquence de ce théorème est que la prétention de la démocratie (qu'elle soit directe ou représentative) à exprimer une « volonté générale » est une imposture : la « volonté générale » n'existe pas, et les politiciens n'obéissent qu'à leur intérêt particulier. On ne peut non plus affirmer que la démocratie soit systématiquement, et par nature, meilleure que la dictature (car il peut y avoir des despotes éclairés aussi bien que des démocrates totalitaires) :

« Il s'avère que la démocratie parfaite, à laquelle tant de grands esprits de l'histoire ont rêvé, n'est qu'une chimère logiquement auto-contradictoire. Aujourd'hui, les chercheurs du monde entier, en mathématiques, en politique et en économie, essaient de sauver ce qui peut l'être du désastre provoqué par la découverte d'Arrow. »
    — Paul Samuelson

Ce théorème confirme ce qu'on peut comprendre intuitivement assez facilement : si Pierre préfère A, Paul préfère B et Jean préfère C, il ne peut y avoir de choix collectif de Pierre, Paul et Jean. La règle de la majorité n'est qu'une règle qui ne peut définir un choix collectif légitime. Alexis de Tocqueville l'expliquait déjà :

« Qu'est-ce donc une majorité prise collectivement, sinon un individu qui a des opinions et le plus souvent des intérêts contraires à un autre individu qu'on nomme la minorité ? Or, si vous admettez qu'un homme revêtu de la toute-puissance peut en abuser contre ses adversaires, pourquoi n'admettez-vous pas la même chose pour une majorité ? »
    — Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique

La pratique politique dans les démocraties modernes confirme chaque jour ce théorème, en montrant les contradictions entre les différentes instances décisionnelles : le peuple n'a pas les mêmes opinions que ses dirigeants (élus ou non élus), qui n'ont pas les mêmes opinions que l'assemblée législative ou le tribunal suprême, qui n'ont pas les mêmes opinions que telle instance supranationale ayant voix au chapitre, etc.

Henri Lepage souligne le fait paradoxal que ce théorème, apparemment en faveur des thèses libérales, peut être invoqué pour justifier l'existence d'une élite qui décide au nom de l'intérêt général, puisque cet intérêt ne saurait être défini à partir de l'agrégation des intérêts individuels :

« Le paradoxe d'Arrow a pour résultat de conforter l'idéologie libérale : il jette d'emblée une suspicion sur tout ce qui vient de l’État, puisqu'il démontre que la véritable démocratie n'existe pas et ne peut pas exister. C'est une arme contre toutes les idéologies étatisantes. Mais il a aussi un effet exactement inverse : celui de légitimer l'existence d'une élite particulière détentrice de l'intérêt général ; et donc de nous prédisposer à tomber dans le piège qui consiste à voir dans les individus qui font l’État (ses élus, ses ministres, ses fonctionnaires) d'abord les agents de l'intérêt général, avant de voir les hommes eux-mêmes et les règles qui conditionnent leur comportement. Malgré la défiance qu'il suggère à l'encontre de toute solution étatique, l'une des conséquences du paradoxe d'Arrow est de nous conduire à une acceptation trop passive des processus modernes d'extension du phénomène étatique. (Henri Lepage »
    — Demain le capitalisme, 1978

Voir aussi : théorème de l’électeur médian, loi d'airain de l'oligarchie.

Preuve du théorème d'Arrow

Soit I l'ensemble de la population et A l'ensemble des choix possibles A = {a,b}. J est une partie décisive pour {a,b} si pour tout élément i de J (groupe de personne ou individu) si i préfère a à b alors globalement a est préféré à b.

Soit J partie décisive minimale et j appartenant à J et une situation de Condorcet, z appartenant à A.

j : a préféré à z et z préféré à b.

J privé de j : b préféré à a et a préféré à z

I privé de J : z préféré à b préféré à a

Alors on a a préféré à z car J décisive mais b n'est pas préféré à a car sinon J privé de j serait décisive et J ne serait pas minimal. D’où a préféré à b et a préféré à z or, la relation de préférence individuelle de l'individu i est un pré-ordre (i.e réflexive et transitive) et b préféré à z est impossible d’où z préféré à b. Au final, on a a préféré à z et z préféré à b qui sont les préférences de j. On obtient une situation de procédure dictatoriale.

Notes et références

  1. There is really no need for the firm to be the fundamental unit of organization in invention; there is plenty of reason to suppose that individual talents count for a good deal more than the firm as an organization (Kenneth Arrow, 1962, Economic welfare and the allocation of resources for inventions, In: Richard R. Nelson, dir., The Rate and Direction of Inventive Activity: Economic and Social Factors, Princeton, NJ: Princeton University Press, p624)

Publications

Pour une liste détaillée des œuvres de Kenneth Arrow, voir Kenneth Arrow (bibliographie)

Littérature secondaire

  • 1975, M. A. Satterthwaite, Strategy-proofness and Arrow's Condition: Existence and Correspondence Theorem for Voting Procedures and Social Welfare Function, Journal of Economic Theory, 10: 187-217
  • 2002, Peter Boettke, "Hayek, Arrow, and the Problems of Democratic Decision-Making", Journal of Public Finance and Public Choice, Vol 20, n°1, pp9–21
  • 2006, Giovanni Dosi, Franco Malerba, Giovanni B. Ramello et Francesco Silva, "Information, appropriability, and the generation of innovative knowledge four decades after Arrow and Nelson: an introduction", Industrial and Corporate Change, December, 15(6), pp891-901

Articles connexes

Liens externes


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