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Commune de Paris

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La Commune de Paris, un évènement qui s'est déroulé en 1871, représente un moment crucial de l'histoire de la France, et une rare expérience libertaire. Elle s'est concrétisée dans un contexte historique complexe, une division entre les populations urbaines et rurales, et des précédents révolutionnaires à Paris.

Contexte historique de la Commune de Paris

La France de la seconde moitié du XIXe siècle était en proie à des bouleversements politiques, sociaux et économiques majeurs. Le Second Empire de Napoléon III avait pris fin en 1870 avec sa défaite lors de la Guerre franco-prussienne. Cette défaite a eu des conséquences dévastatrices, y compris le siège de Paris par les forces prussiennes et la capitulation du gouvernement français face à Otto von Bismarck, le chancelier prussien. La France était alors divisée et affaiblie, et cette situation a créé un terreau fertile pour des mouvements révolutionnaires.

L'un des aspects les plus marquants du contexte de l'époque était la division profonde entre les populations urbaines, en particulier à Paris, et les populations rurales. Les zones urbaines, en particulier Paris, avaient une tradition de radicalisme et d'opposition au pouvoir central. Elles abritaient un prolétariat industriel en croissance constante, souvent en désaccord avec les intérêts de la France rurale. Cette opposition se manifestait régulièrement au sein de l'Assemblée nationale, où les élus des zones rurales avaient tendance à s'opposer aux revendications des travailleurs urbains.

L'histoire de Paris était également marquée par des précédents révolutionnaires. En 1793, la Commune de Paris avait déjà tenté de s'affranchir de l'autorité centrale. Ces précédents révolutionnaires avaient laissé une empreinte durable dans la mémoire collective des Parisiens, qui étaient enclins à réitérer ces expériences révolutionnaires en cas de crise. Les mouvements révolutionnaires à Paris étaient souvent associés à des idéaux radicaux, à la lutte pour l'égalité, la justice sociale et la participation populaire au gouvernement.

Ainsi, ces éléments du contexte historique, de la division entre les populations urbaines et rurales, ainsi que des précédents révolutionnaires à Paris, ont créé le climat propice à l'émergence de la Commune de Paris en 1871. Cette révolte était une tentative majeure de la population parisienne de s'affranchir de l'emprise de la France rurale et d'établir une nouvelle forme d'autonomie et de libre gouvernance.

Les Prémices de la Commune de Paris

La Commune de Paris trouve ses racines dans la Guerre franco-prussienne de 1870. Cette guerre a été déclenchée par les tensions entre la France de Napoléon III et la Prusse de Bismarck, et elle a abouti à la défaite française à la bataille de Sedan en septembre 1870. Cette défaite a eu un impact profond sur la politique et la société françaises, sapant la confiance envers le gouvernement impérial.

Après la défaite de Sedan, les forces prussiennes ont encerclé Paris, mettant la ville en état de siège. Le siège de Paris a duré du 19 septembre 1870 au 28 janvier 1871. Pendant cette période, la ville a été coupée du reste de la France, les approvisionnements de nourriture se sont raréfiés, et la population parisienne a souffert de la faim et du froid. Le siège a engendré un mécontentement croissant parmi les Parisiens et a renforcé le désir d'action radicale pour sauver la ville.

Sous le siège de Paris, des revendications pour l'établissement d'une commune autonome ont commencé à émerger. Les Parisiens, en particulier les membres du prolétariat, ont commencé à demander la formation d'une entité politique distincte pour gérer leurs propres affaires, indépendamment du gouvernement central. Cette idée de commune autonome a gagné en popularité au fur et à mesure que la situation à Paris devenait de plus en plus critique.

Le Comité Central de la Garde Nationale a joué un rôle clé dans la montée de la Commune de Paris. La Garde Nationale était une milice populaire composée principalement de citoyens parisiens. Pendant le siège de Paris, la Garde Nationale s'est renforcée et a commencé à soutenir l'idée d'une commune autonome. Des unités de la Garde Nationale, composées en grande partie de prolétaires, ont formé un Comité central de la garde nationale. Ce comité est devenu un acteur politique influent et a contribué à l'organisation de la future Commune de Paris.

Ainsi, la Guerre franco-prussienne, le siège de Paris, la demande d'une commune autonome et la formation du Comité Central de la Garde Nationale ont posé les bases de la Commune de Paris, en alimentant le mécontentement et la détermination des Parisiens à prendre leur destin en main.

Déclenchement de la Commune de Paris

Après la défaite de la France face à la Prusse en 1870, le gouvernement français, dirigé par Adolphe Thiers, a pris une série de mesures qui ont exacerbé les tensions à Paris. L'une de ces mesures a été la décision de transférer la capitale de la France de Paris à Versailles. Cette décision a été perçue comme une insulte à l'égard de la ville de Paris, qui avait joué un rôle central dans la politique française et qui était le cœur de la vie politique et sociale du pays.

La situation a atteint un point de rupture lorsque le gouvernement de Thiers a tenté de déplacer les canons de la Garde Nationale qui étaient stationnés à Montmartre, une colline au nord de Paris. Ces canons étaient considérés comme un symbole du pouvoir de la Garde Nationale et étaient perçus comme une garantie de la capacité de la population parisienne à se défendre. La tentative de les déplacer a été interprétée comme une tentative de désarmer les forces populaires de Paris.

Le 18 mars 1871, la tension a atteint son paroxysme lorsque des manifestations massives ont éclaté à Paris en réponse à la tentative de déplacement des canons. Ces manifestations ont rapidement évolué en une révolte populaire, et des membres de la Garde Nationale, des travailleurs et des habitants de Paris ont envahi les rues. Face à la montée du soulèvement populaire, les dirigeants du gouvernement ont ordonné à l'armée de réprimer les manifestations.

Les événements du 18 mars ont rapidement pris une tournure tragique. Les troupes gouvernementales ont fait face à la résistance des Parisiens, et des combats ont éclaté dans les rues. Face à cette situation, Thiers a pris la décision de fuir Paris et de s'installer à Versailles, emmenant avec lui les unités de l'armée qui lui étaient loyales. Cette fuite a laissé Paris aux mains des insurgés, et le Comité Central de la Garde Nationale est devenu la seule autorité dans la ville.

La fuite de Thiers à Versailles a marqué un tournant décisif dans le déclenchement de la Commune de Paris, laissant la ville sous le contrôle des forces révolutionnaires et créant un vide politique que la Commune allait rapidement remplir en appelant à des élections pour établir un gouvernement municipal libre et autonome.

Établissement de la Commune de Paris dans un credo libertaire

Après la fuite d'Adolphe Thiers à Versailles, la Commune de Paris a été officiellement proclamée le 28 mars 1871. Pour légitimer son autorité et sa gouvernance, la Commune a organisé des élections. Plus de 200 000 citoyens parisiens ont participé au scrutin, élisant 90 délégués. Parmi ces délégués, on retrouvait des travailleurs, des professionnels et des représentants de la classe moyenne inférieure, reflétant une certaine diversité sociale et politique parmi les élus.

La Commune de Paris avait des objectifs ambitieux et des réformes en tête. Elle aspirait à opérer des changements significatifs dans l'administration et l'économie de la ville pour répondre aux besoins de sa population. Parmi les réformes envisagées figuraient la suppression de l'armée permanente, la promotion de la laïcité avec la séparation de l'Église et de l'État, la nationalisation des terres appartenant aux institutions religieuses et l'abolition de la conscription obligatoire.

La Commune cherchait également à instaurer un gouvernement démocratique basé sur la participation populaire, notamment en organisant des élections locales et en appelant à une plus grande décentralisation du pouvoir. Le manifeste de la Commune, publié le 19 avril 1871, affirmait le droit de Paris à l'autonomie et à la liberté d'action, et prônait une fédération lâche de communes autonomes.

Malgré ses aspirations progressistes, la Commune de Paris a rapidement rencontré des difficultés et des limites. L'un des principaux obstacles auxquels elle a été confrontée était le manque de leadership et de coordination. De nombreux délégués de la Commune étaient des idéalistes ou des radicaux, mais ils manquaient souvent d'expérience politique et économique pour mettre en œuvre les réformes nécessaires. Cette inadéquation entre les objectifs et la capacité de gouvernance a contribué à la fragilité de la Commune.

Le Manifeste de la Commune de Paris, publié le 19 avril 1871, est un document essentiel qui a défini les principes et les objectifs de la Commune. Il soulignait l'autonomie de Paris, sa volonté de mettre en œuvre des réformes sociales et politiques, et sa vision d'une France décentralisée et fédérée. Cependant, la réalité de la Commune a souvent divergé de la vision énoncée dans le manifeste. Alors que le manifeste prônait une décentralisation, la Commune a été confrontée à des défis de coordination et de centralisation au niveau de la gouvernance.

En fin de compte, la Commune de Paris, malgré ses intentions progressistes, a eu une existence brève et a échoué à mettre en œuvre de nombreuses réformes promises. Elle a été confrontée à une opposition acharnée de la part des forces gouvernementales basées à Versailles, ce qui a conduit à la répression brutale de la Commune à la fin de mai 1871, mettant fin à cette expérience libertaire.

Explication de l'échec des principes libertaires dans le Contexte de la Commune de Paris

Déficit de leadership au sein de la Commune de Paris

L'un des principaux facteurs qui ont entravé la réussite des défis libertaires de la Commune de Paris a été le déficit de leadership au sein de l'administration communarde. Bien que les élections aient permis d'élire des délégués, ces représentants manquaient souvent d'une autorité et d'une vision cohérente pour diriger la ville. La diversité des membres de la Commune, représentant différents courants politiques, a conduit à des tensions et à un manque de leadership clair. Les rivalités internes et la fragmentation des responsabilités ont nui à la capacité de la Commune à prendre des décisions décisives et à mettre en œuvre des réformes efficacement.

Inexpérience des dirigeants et leurs conséquences

De nombreux délégués élus à la Commune de Paris étaient des citoyens engagés, mais ils manquaient souvent d'expérience politique et administrative. Leur manque de compétence pratique dans la gestion des affaires de la ville a eu des conséquences néfastes. Les réformes promises exigeaient une expertise considérable pour être mises en œuvre avec succès, mais les dirigeants communards avaient du mal à formuler et à exécuter des politiques cohérentes. En l'absence d'une administration efficace, de nombreux décrets et réformes sont restés lettre morte, ce qui a nui à la crédibilité de la Commune.

Opposition entre idéaux et réalités de gouvernance

Les idéaux libertaires de la Commune, tels que la décentralisation du pouvoir et la démocratie directe, étaient en opposition avec les réalités de la gouvernance d'une ville aussi complexe que Paris. La vision de décentralisation prônée par la Commune a souvent été mise à l'épreuve par la nécessité de coordination et de centralisation pour maintenir l'ordre et assurer une administration efficace. Les tensions entre l'autonomie communale et l'efficacité gouvernementale ont créé des obstacles majeurs à la mise en œuvre des réformes, car il était difficile de concilier ces idéaux avec les impératifs concrets de la gouvernance.

En somme, le manque de leadership et de compétence au sein de la Commune, combiné à l'inexpérience des dirigeants et à l'opposition entre idéaux libertaires et réalités de gouvernance, a entravé la capacité de la Commune de Paris à réaliser ses objectifs. Ces facteurs ont contribué à son échec bien que des principes libertariens, dans des circonstances différentes, auraient pu conduire à une expérience plus réussie de gouvernance autonome.

Les conditions des principes libertariens qui auraient pu mener au succès de la Commune de Paris

Dans des circonstances différentes, les principes libertariens auraient pu conduire à une expérience plus réussie de gouvernance autonome pour la Commune de Paris par rapport à la tentative de communisme libertaire. Les principes libertariens sont fondés sur l'idée de la liberté individuelle, la décentralisation du pouvoir, la démocratie directe, et la prise de décisions communautaires s'appuyant sur la propriété et la responsabilité individuelles. Voici comment ces principes auraient pu fonctionner plus efficacement dans un contexte favorable :

1. Liberté individuelle et autonomie : Les principes libertariens mettent l'accent sur la liberté individuelle et l'autonomie. Dans une Commune de Paris basée sur ces principes, les citoyens auraient joui d'une plus grande liberté pour façonner leur propre destin. Les décisions politiques auraient été prises de manière décentralisée, permettant aux communautés locales de déterminer leurs propres priorités économiques et politiques. Cela aurait pu créer un fort sentiment d'investissement et d'engagement de la part des citoyens dans la gouvernance de leur ville.

2. Démocratie directe : Les principes libertariens encouragent la démocratie directe, dans laquelle les citoyens participent directement aux processus décisionnels. Dans un contexte de Commune de Paris, cela aurait signifié que les citoyens auraient eu un rôle actif dans la prise de décisions locales. Les assemblées populaires et les référendums auraient été utilisés pour déterminer les politiques publiques, renforçant ainsi la légitimité démocratique des réformes.

3. Décentralisation du pouvoir : Les principes libertariens favorisent la décentralisation du pouvoir, ce qui signifie que l'autorité est répartie entre différentes unités locales ou communales. Dans le cas de la Commune de Paris, une décentralisation efficace aurait permis une plus grande autonomie pour les quartiers parisiens, favorisant une gestion des biens communs plus adaptée aux besoins locaux et une plus grande responsabilisation des élus locaux.

4. Responsabilité et transparence : Les principes libertariens prônent la responsabilité et la transparence gouvernementale. Dans un scénario basé sur ces principes, les dirigeants de la Commune auraient été tenus de rendre compte de leurs actions de manière plus approfondie. Cela aurait contribué à renforcer la confiance des citoyens dans le gouvernement local et d'éviter le sentiment de complots internes cachés à la population.

5. Prise de décisions communautaires basée sur la propriété et la responsabilité individuelles : Dans le cadre des principes libertariens, la prise de décisions communautaires repose sur la notion fondamentale de propriété et de responsabilité individuelles. Cela signifie que les membres de la communauté sont incités à coopérer volontairement pour répondre aux besoins communs en se basant sur leur propre propriété et responsabilité. Cette approche aurait pu renforcer considérablement le tissu social au sein de la Commune de Paris, en favorisant une activité entrepreneuriale individuelle et collaborative afin d'innover et trouver des solutions aux problèmes mutuels ressentis par les citoyens.

Cependant, il est important de noter que la réalité de la Commune de Paris était complexe. Les circonstances de l'époque, y compris la guerre franco-prussienne, le siège de Paris, l'opposition du gouvernement central de Versailles, le manque de leadership compétent, et d'autres facteurs, ont entravé la capacité de la Commune à mettre en œuvre ces principes de manière efficace. Malgré les idéaux de liberté, la Commune de Paris a été confrontée à des défis considérables qui ont contribué à son échec.

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