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Théorie du complot

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L’expression consacrée théorie du complot désigne péjorativement toute théorie irréfutable expliquant un évènement intéressant la sûreté de l'Etat par l'action d'une entité cachée, manipulatrice et omnipotente. Les théories du complot font intervenir des ensembles concertés, indifféremment réels ou fictifs, connus ou inconnus du grand public, dès lors que ces groupes sont perçus comme détenteur d’un pouvoir occulte et malfaisant.

L'explication des attentats du 11 septembre 2001 par une conspiration étendant ses complicités jusqu’au sein du gouvernement américain, qui ne repose sur aucune preuve mais sur des soupçons contre les puissants, est une théorie du complot. En revanche, l'explication officielle des attentats par l'action concertée de 19 terroristes, établie sur des preuves nombreuses et tangibles, n'est pas une théorie du complot.


Prodigalité des hypothèses

Les faits les plus manifestes, le sens le plus évident de l’évènement, sont écartés comme trompeurs car faisant écran à la manifestation d’une vérité sous-jacente qui met en jeu des mécanismes secrets que le conspirationiste entend mettre à jour.

Si c'est bien le rôle attendu de l’enquêteur ou de l’historien que de dévoiler par leurs travaux des faits méconnus et des relations cachées, il y procède en mobilisant des éléments tangibles et vérifiés.

Le caractère spécifique des théories du complot consiste à faire intervenir de façon gratuite, c’est-à-dire sans preuve, des hypothèses non nécessaires à l’explication des faits, à l'encontre du célèbre principe d’économie énoncé par Guillaume d’Occam.

Cette gratuité apparente se paye pourtant d’un paradoxe : plus la théorie s’élabore, plus elle demande d'énergie pour être maintenue. Ainsi, concernant les attentats du 11 septembre, la théorie du complot implique que soient impliquées un très grand nombre de personnes - les auteurs du complot, puis les témoins, puis les enquêteurs concernés (engagés par des centaines de compagnie d'assurances notamment) - qui auraient conservé un silence absolu jamais compromis par la moindre fuite, ce qui demanderait une énergie considérable. Le maintien du mensonge exigerait une activité permanente et soutenue, contrairement à la manifestation naturelle de la vérité.

Irréfutabilité et analyse hypercritique

La capacité de génération d’explications gratuites rend les théories du complot irréfutables, c’est-à-dire non scientifiques au sens de Popper. Elles sont un discours sur le monde de même valeur épistémologique que la fable ou le roman, puisque chaque élément opposable à la théorie fait naître son jeu d’hypothèses ad hoc qui permettront de le réinsérer dans la matrice explicative initiale, matrice d'ailleurs en général assez élastique. Au comble de l’absurde, et suivant un raisonnement circulaire assez classique, les éléments dirimants seront interprétés comme preuve de la toute puissance des comploteurs et donc comme preuve de l’existence du complot.

On identifie ainsi une théorie du complot au fait qu’elle est irréfutable par nature : chaque critique renforce la vision obsidionale et la cohésion des tenants du complot au lieu d'affaiblir la théorie du complot.

Sans pitié pour la moindre faiblesse qui se trouverait dans l'explication institutionnelle d'un évènement, les conspirationnistes se montrent en revanche intransigeants dans leur examen des documents public fournis par les autorités, les médias ou les experts. Suivant généralement en cela le principe de l’analyse hypercritique : si certains détails, même marginaux, s’avèrent inexacts, peu clairs ou contradictoires alors toute l'explication institutionnelle est considérée comme fausse. Les conspirationnistes sont aussi hypercritiques à l'égard des explications institutionnelles qu'ils sont complaisants à l'égard de leurs propres théories : ils attaquent l'explication institutionnelle en soulevant des faiblesses éparses, mais n'hésitent pas à fonder des systèmes entiers sur quelques bizarreries difficilement explicables aux non-spécialistes.

Planification parfaite et logique finaliste

Les événements passés sont analysés rétrospectivement à la lumière de leurs conséquences suivant une logique finaliste. Il n’y a pas de coïncidences, d’aléas historiques, de comportements opportunistes. L’Histoire, dans son acception complotiste, ne peut être pensée comme le fruit des interactions non-concertées de millions d'individus mettant en oeuvre leurs stratégies propres mais uniquement comme le résultat d'une planification sans faille des puissances de l'ombre. Il est dans ce cadre logique que le résultat renseigne donc ex post sur le projet initial de la conjuration. Le conspirationniste essaie péniblement de voir à qui profiterait un évènement et décide que ce bénéficiaire est à l'origine du complot.

Ainsi, suivant ce raisonnement, les attentats du 11 septembre ont servi la logique belliqueuse de l’administration Bush; ils ont justifié en partie aux yeux de l’opinion publique américaine l’intervention militaire en Irak. Ces attentats avaient donc pour but de permettre l’invasion de l’Irak.

On notera cependant que le caractère parfaitement exécuté du complot contraste avec la légèreté des indices parfois semés par les comploteurs. Les théories les plus naïves supposent l'existence et la dissémination de signes ésotériques qui renseignent l'initié sur la nature véritable des événements et lui permettent d'entrevoir un instant le mouvement du marionnettiste qui en tire les ficelles.