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Différences entre les versions de « Antifascisme »

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On pourrait également mentionner [[Bruno Leoni]], juriste libéral italien, impliqué très tôt dans les mouvements de résistance antifasciste, dans lesquels il se fit remarquer par ses actes héroïques, ou [[Carlo Sforza]], diplomate et homme politique libéral italien, exilé de [[1927]] à la chute du fascisme.
On pourrait également mentionner [[Bruno Leoni]], juriste libéral italien, impliqué très tôt dans les mouvements de résistance antifasciste, dans lesquels il se fit remarquer par ses actes héroïques, ou [[Carlo Sforza]], diplomate et homme politique libéral italien, exilé de [[1927]] à la chute du fascisme.
[[Image:Antifascisme-Churchill.jpg|right|thumb|"Les antifascistes de demain s'appelleront eux-mêmes antifascistes." ([[Winston Churchill]])]]
[[Image:Antifascisme-Churchill.jpg|right|thumb|"Les fascistes de demain s'appelleront eux-mêmes antifascistes." (attribué à [[Winston Churchill]], mais écrit par Halford E. Luccock en 1938.)]]
 
== Instrumentalisation de l'antifascisme ==
== Instrumentalisation de l'antifascisme ==
Ce prestige moral de la lutte contre Hitler ou Mussolini fut instrumentalisé de façon durable par l'[[URSS|URSS]] et les différents partis communistes de par le monde. Le but en était simple : associer la lutte contre le communisme à la défense du [[fascisme]] et, partant, diaboliser facilement ses alliés. Dmitri Manouilsky, un des dirigeants du Komintern, le reconnut ouvertement :  
Ce prestige moral de la lutte contre Hitler ou Mussolini fut instrumentalisé de façon durable par l'[[URSS|URSS]] et les différents partis communistes de par le monde. Le but en était simple : associer la lutte contre le communisme à la défense du [[fascisme]] et, partant, diaboliser facilement ses alliés. Dmitri Manouilsky, un des dirigeants du Komintern, le reconnut ouvertement :  
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{{quote|L’antifascisme : avec ce mot, tout est dit de ce qui va faire le rayonnement du communisme dans l’après-guerre (…) les communistes n'ont cessé de militer sous ce drapeau, de préférence à tout autre. Ils n'ont jamais voulu d'autre territoire à leur action que cet espace à deux dimensions ou plutôt à deux pôles, dont l'un est figuré par les “fascistes”, l'autre par eux-mêmes.}}  
{{quote|L’antifascisme : avec ce mot, tout est dit de ce qui va faire le rayonnement du communisme dans l’après-guerre (…) les communistes n'ont cessé de militer sous ce drapeau, de préférence à tout autre. Ils n'ont jamais voulu d'autre territoire à leur action que cet espace à deux dimensions ou plutôt à deux pôles, dont l'un est figuré par les “fascistes”, l'autre par eux-mêmes.}}  


En 2000, le philosophe [[Jean-François Revel]] ne défendait pas autre chose dans ''La Grande parade'', il y écrit ainsi : "l’argument selon lequel le [[communisme]] serait démocratique parce qu’il a contribué à la lutte antifasciste n’est pas plus recevable que celui qui consisterait à dire que le [[nazisme]] fut démocratique parce qu’il a participé à la lutte contre le stalinisme."<ref>''La grande parade – Essai sur la survie de l’utopie socialiste'', Jean-François Revel, éd. Plon, 2000, p. 46</ref> Que le communisme ait participé au mouvement qui a fait tomber le nazisme ne doit pas empêcher une analyse sur les similitudes entre ces [[totalitarisme]]s et sur le caractère structurellement liberticide et inefficace du communisme.  
En 2000, le philosophe [[Jean-François Revel]] ne défendait pas autre chose dans ''La Grande parade'', il y écrit ainsi : "l’argument selon lequel le [[communisme]] serait démocratique parce qu’il a contribué à la lutte antifasciste n’est pas plus recevable que celui qui consisterait à dire que le [[nazisme]] fut démocratique parce qu’il a participé à la lutte contre le [[stalinisme]]."<ref>''La grande parade – Essai sur la survie de l’utopie socialiste'', Jean-François Revel, éd. Plon, 2000, p. 46</ref> Que le communisme ait participé au mouvement qui a fait tomber le nazisme ne doit pas empêcher une analyse sur les similitudes entre ces [[totalitarisme]]s et sur le caractère structurellement liberticide et inefficace du communisme.  


On peut également citer le philosophe [[Alain Finkielkraut]], qui considère que l'antifascisme a été transformé en instrument politique par l'[[URSS|Union soviétique]] de [[Staline]]. C'est [[Annie Kriegel]] qui avait la première souligné dans les milieux intellectuels français cette mythologie de l'antifascisme dans un article "Sur l'antifascisme", paru en [[1990]] dans la revue ''[[Commentaire]]''. Renzo De Felice, référence dans l'étude du fascisme, a lui aussi écrit dans le même sens. Les historiens Stefan Berger et Norman LaPorte ont pour leur part appliqué cette analyse au cas de l'Allemagne de l'Est. Ils écrivent ainsi :<ref>Stefan Berger et Norman LaPorte, "In Search of Antifascism : The British Left's Response to the German Democratic Republic during the Cold War", ''German History'' 26(4), 2008, pp.536-552</ref>.
On peut également citer le philosophe [[Alain Finkielkraut]], qui considère que l'antifascisme a été transformé en instrument politique par l'[[URSS|Union soviétique]] de [[Staline]]. C'est [[Annie Kriegel]] qui avait la première souligné dans les milieux intellectuels français cette mythologie de l'antifascisme dans un article "Sur l'antifascisme", paru en [[1990]] dans la revue ''[[Commentaire]]''. Renzo De Felice, référence dans l'étude du fascisme, a lui aussi écrit dans le même sens. Les historiens Stefan Berger et Norman LaPorte ont pour leur part appliqué cette analyse au cas de l'Allemagne de l'Est. Ils écrivent ainsi :<ref>Stefan Berger et Norman LaPorte, "In Search of Antifascism : The British Left's Response to the German Democratic Republic during the Cold War", ''German History'' 26(4), 2008, pp.536-552</ref>.
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Malgré la chute du mur de Berlin et le discrédit jeté sur le [[communisme]] par ses échecs systématiques et ses 100 millions de morts, le même mécanisme continue à fonctionner aujourd'hui. Crier au loup fasciste reste, malheureusement, une diabolisation efficace et une pratique courante, avec attaques verbales ou physiques<ref>« Accusée à tort de nazisme sur le net, elle crie son ras le bol », ''Le Matin'', {{lire en ligne|lien=http://www.lematin.ch/actu/suisse/accusee-tort-nazisme-net-crie-ras-bol-37463}}</ref>.  
Malgré la chute du mur de Berlin et le discrédit jeté sur le [[communisme]] par ses échecs systématiques et ses 100 millions de morts, le même mécanisme continue à fonctionner aujourd'hui. Crier au loup fasciste reste, malheureusement, une diabolisation efficace et une pratique courante, avec attaques verbales ou physiques<ref>« Accusée à tort de nazisme sur le net, elle crie son ras le bol », ''Le Matin'', {{lire en ligne|lien=http://www.lematin.ch/actu/suisse/accusee-tort-nazisme-net-crie-ras-bol-37463}}</ref>.  


La pertinence de cette appellation « antifasciste » a été logiquement remise en question, y compris à gauche, étant donné que la « menace fasciste » n'existe plus. C'est ce que déclarait l'ancien premier ministre socialiste français Lionel Jospin lors d'un entretien sur France Culture : ''« Pendant toutes les années du [[mitterrand]]isme, nous n’avons jamais été face à une menace fasciste. Donc tout l’antifascisme n’était que du théâtre. Nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste, même pas à un parti fasciste.»''<ref>Emission Répliques avec Lionel Jospin, émission animée par [[Alain Finkielkraut]] le 29 septembre 2007</ref>
La pertinence de cette appellation « antifasciste » a été logiquement remise en question, y compris à gauche, étant donné que la « menace fasciste » n'existe plus. C'est ce que déclarait l'ancien premier ministre socialiste français Lionel Jospin lors d'un entretien sur France Culture : ''« Pendant toutes les années du [[François Mitterrand|mitterrand]]isme, nous n’avons jamais été face à une menace fasciste. Donc tout l’antifascisme n’était que du théâtre. Nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste, même pas à un parti fasciste.»''<ref>Emission Répliques avec Lionel Jospin, émission animée par [[Alain Finkielkraut]] le 29 septembre 2007</ref>


D'autres analystes de premier plan soulignent la schizophrénie du mouvement « antifasciste » contemporain. Ainsi, pour Pierre-André Taguieff, philosophe et politologue, l'indignation des antifascistes vis à vis de certaines dictatures est bien davantage motivée par des motifs politiques que par un réel intérêt pour le sort des populations sous le joug de dictateurs. Il écrit ainsi que « depuis les années 1970, les « antifascistes » les plus résolus ne se mobilisent jamais contre les dictateurs en exercice dans le monde et ne semblent pas s'indigner devant les multiples régimes tyranniques qui privent de liberté des millions d'hommes »<ref>[[Pierre-André Taguieff]], ''Les contre réactionnaires'', 2005, p. 27.</ref>. Pour Taguieff, l'antifascisme tombe dans le manichéisme avec ses figures sacrées comme Fidel Castro ou Mao et ses obsessions comme les [[États-Unis]] ou l'extrême droite. Ainsi, « la posture antifasciste à force de se rigidifier, se confond avec le simplisme manichéen de la mentalité [[libertaire]] la plus sectaire et obtuse »<ref>Taguieff, ''ibid.'', p. 29.</ref>. Le silence complet de ces « antifascistes » sur les attaques répétées d'[[Hugo Chávez]] sur les libertés individuelles en est une vibrante illustration.
D'autres analystes de premier plan soulignent la schizophrénie du mouvement « antifasciste » contemporain. Ainsi, pour Pierre-André Taguieff, philosophe et politologue, l'indignation des antifascistes vis à vis de certaines dictatures est bien davantage motivée par des motifs politiques que par un réel intérêt pour le sort des populations sous le joug de dictateurs. Il écrit ainsi que « depuis les années 1970, les « antifascistes » les plus résolus ne se mobilisent jamais contre les dictateurs en exercice dans le monde et ne semblent pas s'indigner devant les multiples régimes tyranniques qui privent de liberté des millions d'hommes »<ref>[[Pierre-André Taguieff]], ''Les contre réactionnaires'', 2005, p. 27.</ref>. Pour Taguieff, l'antifascisme tombe dans le manichéisme avec ses figures sacrées comme Fidel Castro ou Mao et ses obsessions comme les [[États-Unis]] ou l'extrême droite. Ainsi, « la posture antifasciste à force de se rigidifier, se confond avec le simplisme manichéen de la mentalité [[libertaire]] la plus sectaire et obtuse »<ref>Taguieff, ''ibid.'', p. 29.</ref>. Le silence complet de ces « antifascistes » sur les attaques répétées d'[[Hugo Chávez]] sur les libertés individuelles en est une vibrante illustration.
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** b. Stefan Berger et Norman LaPorte, "In Search of Antifascism: The British Left's Response to the German Democratic Republic during the Cold War", ''German History'' 26(4), pp.536-552
** b. Stefan Berger et Norman LaPorte, "In Search of Antifascism: The British Left's Response to the German Democratic Republic during the Cold War", ''German History'' 26(4), pp.536-552


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=== Articles connexes ===
* [[Nazisme]]
* [[Nazisme]]
* [[Communisme]]
* [[Communisme]]
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* [[Willi Münzenberg]]
* [[Willi Münzenberg]]


=== Lien externe ===
=== Liens externes ===
* {{fr}}[https://www.contrepoints.org/Sur-l-antifascisme.html « Sur l'antifascisme »], ''[[Contrepoints]]''
* {{fr}}[https://www.contrepoints.org/2017/10/09/300469-qui-sont-les-antifas Qui sont les antifas ?], ''[[Reason]]''
* {{fr}}[https://www.contrepoints.org/2021/10/25/409543-zemmour-ressuscite-le-petit-theatre-antifasciste Zemmour ressuscite le petit théâtre antifasciste], [[Frédéric Mas]]


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