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Différences entre les versions de « Antifascisme »

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== Instrumentalisation de l'antifascisme ==
== Instrumentalisation de l'antifascisme ==
Ce prestige moral de la lutte contre Hitler ou Mussolini fut instrumentalisée de façon durable par l'[[URSS|URSS]] et les différents partis communistes de par le monde. Le but en était simple : associer la lutte contre le communisme à la défense du [[fascisme]] et, partant, diaboliser facilement ses alliés. Dmitri Manouilsky, un des dirigeants du Komintern, le reconnut ouvertement :  
Ce prestige moral de la lutte contre Hitler ou Mussolini fut instrumentalisé de façon durable par l'[[URSS|URSS]] et les différents partis communistes de par le monde. Le but en était simple : associer la lutte contre le communisme à la défense du [[fascisme]] et, partant, diaboliser facilement ses alliés. Dmitri Manouilsky, un des dirigeants du Komintern, le reconnut ouvertement :  
{{quote|Accusez vos adversaires de fascisme, le temps qu’ils se justifient, vous avez tout le loisir de leur porter de nouvelles attaques.}}
{{quote|Accusez vos adversaires de fascisme, le temps qu’ils se justifient, vous avez tout le loisir de leur porter de nouvelles attaques.}}


C'est une démarche qu'initia par exemple [[Willi Münzenberg]], propagandiste en chef du Komintern en Europe de l'Ouest. Cette manœuvre a été étudiée par nombre d'historiens. Prenons quelques exemples:
C'est une démarche qu'initia par exemple [[Willi Münzenberg]], propagandiste en chef du Komintern en Europe de l'Ouest. Cette manœuvre a été étudiée par nombre d'historiens. Prenons quelques exemples:


[[Ernesto Galli della Loggia]] est un professeur renommé d’histoire moderne et contemporaine à l’université San Raffaele de Milan. Il s'est intéressé particulièrement à l'histoire du fascisme. Dans un article "Formes et fonctions de l’antifascisme dans la vie politique italienne : Légitimité ou légitimation ?", il expose la méthode employée par le PCI et Palmiro Togliatti, secrétaire du parti. A partir de [[1948]], « l’exploitation [..] de l’antifascisme et de la Résistance [..] devint le champ d’action privilégié du parti communiste et des partis de gauche en général [..] pour contrecarrer le bloc catholique-modéré qui avait gagné les élections de 1948 ». Il s'agit d'opposer à l'anticommunisme des partis modérés et démocrates l'antifascisme des partis communistes et donc de « placer au même niveau l’antifascisme et la démocratie ». Mais l'argument risquant de faiblir avec la dissolution dans les mémoires des souvenirs du fascisme, « le parti communiste orienta donc son action politique et culturelle de façon à [..] construire l’image d’un fascisme éternellement menaçant ». Alors que le fascisme s'est construit en réaction à la société moderne libérale, la propagande communiste répéta à l'envi que le fascisme était à l'inverse le fruit du [[libéralisme]] et du [[capitalisme]]. Cette erreur propagée sciemment par la propagande de l'époque reste encore présente dans les esprits 60 ans plus tard. Dès lors, comme le rappelle Galli della Loggia, en partant de ces postulats faussés, deux conclusions surviennent : il faut être [[Anticapitalisme|anticapitaliste]] pour être antifasciste et « toute prise de position contre les communistes, qu’elle fût ou non justifiée, était "objectivement" proche du fascisme et constituait une soumission face à celui-ci ». Galli della Loggia distingue donc deux antifascismes, pour mettre fin à cette déformation de l'histoire : un antifascisme avec un a minuscule qui est celui de tout démocrate, opposé ''de facto'' au fascisme, et un Antifascisme idéalisé qui appartient à la propagande communiste :
[[Ernesto Galli della Loggia]] est un professeur renommé d’histoire moderne et contemporaine à l’université San Raffaele de Milan. Il s'est intéressé particulièrement à l'histoire du fascisme. Dans un article "Formes et fonctions de l’antifascisme dans la vie politique italienne : Légitimité ou légitimation ?", il expose la méthode employée par le PCI et Palmiro Togliatti, secrétaire du parti. À partir de [[1948]], « l’exploitation [..] de l’antifascisme et de la Résistance [..] devint le champ d’action privilégiée du parti communiste et des partis de gauche en général [..] pour contrecarrer le bloc catholique-modéré qui avait gagné les élections de 1948 ». Il s'agit d'opposer à l'anticommunisme des partis modérés et démocrates l'antifascisme des partis communistes et donc de « placer au même niveau l’antifascisme et la démocratie ». Mais l'argument risquant de faiblir avec la dissolution dans les mémoires des souvenirs du fascisme, « le parti communiste orienta donc son action politique et culturelle de façon à [..] construire l’image d’un fascisme éternellement menaçant ». Alors que le fascisme s'est construit en réaction à la société moderne libérale, la propagande communiste répéta à l'envi que le fascisme était à l'inverse le fruit du [[libéralisme]] et du [[capitalisme]]. Cette erreur propagée sciemment par la propagande de l'époque reste encore présente dans les esprits 60 ans plus tard. Dès lors, comme le rappelle Galli della Loggia, en partant de ces postulats faussés, deux conclusions surviennent : il faut être [[Anticapitalisme|anticapitaliste]] pour être antifasciste et « toute prise de position contre les communistes, qu’elle fût ou non justifiée, était "objectivement" proche du fascisme et constituait une soumission face à celui-ci ». Galli della Loggia distingue donc deux antifascismes, pour mettre fin à cette déformation de l'histoire : un antifascisme avec un a minuscule qui est celui de tout démocrate, opposé ''de facto'' au fascisme, et un Antifascisme idéalisé qui appartient à la propagande communiste :
{{quote|L’antifascisme avec un a minuscule se pose plus sobrement comme conséquence logique de l’adhésion aux valeurs de la démocratie qui se dresse, par conséquent, contre le fascisme et contre toute autre forme de régime non libéral. Cependant, l’Antifascisme offre un avantage qui explique sa victoire : son application politique est pratiquement illimitée.}}
{{quote|L’antifascisme avec un a minuscule se pose plus sobrement comme conséquence logique de l’adhésion aux valeurs de la démocratie qui se dresse, par conséquent, contre le fascisme et contre toute autre forme de régime non libéral. Cependant, l’Antifascisme offre un avantage qui explique sa victoire : son application politique est pratiquement illimitée.}}


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En 2000, le philosophe [[Jean-François Revel]] ne défendait pas autre chose dans ''La Grande parade'', il y écrit ainsi : "l’argument selon lequel le [[communisme]] serait démocratique parce qu’il a contribué à la lutte antifasciste n’est pas plus recevable que celui qui consisterait à dire que le [[nazisme]] fut démocratique parce qu’il a participé à la lutte contre le stalinisme."<ref>''La grande parade – Essai sur la survie de l’utopie socialiste'', Jean-François Revel, éd. Plon, 2000, p. 46</ref> Que le communisme ait participé au mouvement qui a fait tomber le nazisme ne doit pas empêcher une analyse sur les similitudes entre ces [[totalitarisme]]s et sur le caractère structurellement liberticide et inefficace du communisme.  
En 2000, le philosophe [[Jean-François Revel]] ne défendait pas autre chose dans ''La Grande parade'', il y écrit ainsi : "l’argument selon lequel le [[communisme]] serait démocratique parce qu’il a contribué à la lutte antifasciste n’est pas plus recevable que celui qui consisterait à dire que le [[nazisme]] fut démocratique parce qu’il a participé à la lutte contre le stalinisme."<ref>''La grande parade – Essai sur la survie de l’utopie socialiste'', Jean-François Revel, éd. Plon, 2000, p. 46</ref> Que le communisme ait participé au mouvement qui a fait tomber le nazisme ne doit pas empêcher une analyse sur les similitudes entre ces [[totalitarisme]]s et sur le caractère structurellement liberticide et inefficace du communisme.  


On peut également citer le philosophe [[Alain Finkielkraut]], qui considère que l'antifascisme a été transformé en instrument politique par l'[[URSS|Union soviétique]] de [[Staline]]. C'est [[Annie Kriegel]] qui avait la première souligné dans les milieux intellectuels français cette mythologie de l'antifascisme dans un article "Sur l'antifascisme", paru en [[1990]] dans la revue ''[[Commentaire]]''. Renzo De Felice, référence dans l'étude du fascisme, a lui aussi écrit dans le même sens. Les historiens Stefan Berger et Norman LaPorte ont pour leur part appliqué cette analyse au cas de l'Allemagne de l'Est. Ils écrivent ainsi:<ref>Stefan Berger et Norman LaPorte, "In Search of Antifascism: The British Left's Response to the German Democratic Republic during the Cold War", ''German History'' 26(4), 2008, pp.536-552</ref>.
On peut également citer le philosophe [[Alain Finkielkraut]], qui considère que l'antifascisme a été transformé en instrument politique par l'[[URSS|Union soviétique]] de [[Staline]]. C'est [[Annie Kriegel]] qui avait la première souligné dans les milieux intellectuels français cette mythologie de l'antifascisme dans un article "Sur l'antifascisme", paru en [[1990]] dans la revue ''[[Commentaire]]''. Renzo De Felice, référence dans l'étude du fascisme, a lui aussi écrit dans le même sens. Les historiens Stefan Berger et Norman LaPorte ont pour leur part appliqué cette analyse au cas de l'Allemagne de l'Est. Ils écrivent ainsi :<ref>Stefan Berger et Norman LaPorte, "In Search of Antifascism : The British Left's Response to the German Democratic Republic during the Cold War", ''German History'' 26(4), 2008, pp.536-552</ref>.
{{quote|Afin de renforcer sa crédibilité, la RDA s'est présentée délibérément comme le seul État allemand antifasciste et comme l'exact opposé de la RFA, présentée elle comme un État encore dominé par d'anciens fascistes.}}
{{quote|Afin de renforcer sa crédibilité, la RDA s'est présentée délibérément comme le seul État allemand antifasciste et comme l'exact opposé de la RFA, présentée elle comme un État encore dominé par d'anciens fascistes.}}


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