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[[Ernesto Galli della Loggia]] est un professeur renommé d’histoire moderne et contemporaine à l’université San Raffaele de Milan. Il s'est intéressé particulièrement à l'histoire du fascisme. Dans un article "Formes et fonctions de l’antifascisme dans la vie politique italienne : Légitimité ou légitimation ?", il expose la méthode employée par le PCI et Palmiro Togliatti, secrétaire du parti. A partir de [[1948]], « l’exploitation [..] de l’antifascisme et de la Résistance [..] devint le champ d’action privilégié du parti communiste et des partis de gauche en général [..] pour contrecarrer le bloc catholique-modéré qui avait gagné les élections de 1948 ». Il s'agit d'opposer à l'anticommunisme des partis modérés et démocrates l'antifascisme des partis communistes et donc de « placer au même niveau l’antifascisme et la démocratie ». Mais l'argument risquant de faiblir avec la dissolution dans les mémoires des souvenirs du fascisme, « le parti communiste orienta donc son action politique et culturelle de façon à [..] construire l’image d’un fascisme éternellement menaçant ». Alors que le fascisme s'est construit en réaction à la société moderne libérale, la propagande communiste répéta à l'envi que le fascisme était à l'inverse le fruit du [[libéralisme]] et du [[capitalisme]]. Cette erreur propagée sciemment par la propagande de l'époque reste encore présente dans les esprits 60 ans plus tard. Dès lors, comme le rappelle Galli della Loggia, en partant de ces postulats faussés, deux conclusions surviennent : il faut être [[Anticapitalisme|anticapitaliste]] pour être antifasciste et « toute prise de position contre les communistes, qu’elle fût ou non justifiée, était "objectivement" proche du fascisme et constituait une soumission face à celui-ci ». Galli della Loggia distingue donc deux antifascismes, pour mettre fin à cette déformation de l'histoire : un antifascisme avec un a minuscule qui est celui de tout démocrate, opposé ''de facto'' au fascisme, et un Antifascisme idéalisé qui appartient à la propagande communiste : | [[Ernesto Galli della Loggia]] est un professeur renommé d’histoire moderne et contemporaine à l’université San Raffaele de Milan. Il s'est intéressé particulièrement à l'histoire du fascisme. Dans un article "Formes et fonctions de l’antifascisme dans la vie politique italienne : Légitimité ou légitimation ?", il expose la méthode employée par le PCI et Palmiro Togliatti, secrétaire du parti. A partir de [[1948]], « l’exploitation [..] de l’antifascisme et de la Résistance [..] devint le champ d’action privilégié du parti communiste et des partis de gauche en général [..] pour contrecarrer le bloc catholique-modéré qui avait gagné les élections de 1948 ». Il s'agit d'opposer à l'anticommunisme des partis modérés et démocrates l'antifascisme des partis communistes et donc de « placer au même niveau l’antifascisme et la démocratie ». Mais l'argument risquant de faiblir avec la dissolution dans les mémoires des souvenirs du fascisme, « le parti communiste orienta donc son action politique et culturelle de façon à [..] construire l’image d’un fascisme éternellement menaçant ». Alors que le fascisme s'est construit en réaction à la société moderne libérale, la propagande communiste répéta à l'envi que le fascisme était à l'inverse le fruit du [[libéralisme]] et du [[capitalisme]]. Cette erreur propagée sciemment par la propagande de l'époque reste encore présente dans les esprits 60 ans plus tard. Dès lors, comme le rappelle Galli della Loggia, en partant de ces postulats faussés, deux conclusions surviennent : il faut être [[Anticapitalisme|anticapitaliste]] pour être antifasciste et « toute prise de position contre les communistes, qu’elle fût ou non justifiée, était "objectivement" proche du fascisme et constituait une soumission face à celui-ci ». Galli della Loggia distingue donc deux antifascismes, pour mettre fin à cette déformation de l'histoire : un antifascisme avec un a minuscule qui est celui de tout démocrate, opposé ''de facto'' au fascisme, et un Antifascisme idéalisé qui appartient à la propagande communiste : | ||
{{quote|L’antifascisme avec un a minuscule se pose plus sobrement comme conséquence logique de l’adhésion aux valeurs de la démocratie qui se dresse, par conséquent, contre le fascisme et contre toute autre forme de régime non libéral. Cependant, l’Antifascisme offre un avantage qui explique sa victoire : son application politique est pratiquement illimitée}} | {{quote|L’antifascisme avec un a minuscule se pose plus sobrement comme conséquence logique de l’adhésion aux valeurs de la démocratie qui se dresse, par conséquent, contre le fascisme et contre toute autre forme de régime non libéral. Cependant, l’Antifascisme offre un avantage qui explique sa victoire : son application politique est pratiquement illimitée.}} | ||
Cette analyse du cas italien peut être étendue à bien d'autres pays, comme l'a montré par exemple l'historien français [[François Furet]] dans ''[[Le Passé d'une illusion]]'' (1995). Furet, ancien communiste, analyse la propagande qui a entouré le mouvement antifasciste dans les chapitres 6 à 8 de son livre. Il déplore comme Galli della Loggia (qui écrit plus tard) le succès, toujours d'actualité, de cette [[propagande]] associant de façon fausse antifascisme et communisme. Il déplore en particulier que cette confusion volontaire ait bloqué toute analyse critique du communisme, puisque faire cette analyse reviendrait à défendre le fascisme. En 2000, le philosophe [[Jean-François Revel]] ne défendait pas autre chose dans ''La Grande parade'', il y écrit ainsi : "l’argument selon lequel le communisme serait démocratique parce qu’il a contribué à la lutte antifasciste n’est pas plus recevable que celui qui consisterait à dire que le nazisme fut démocratique parce qu’il a participé à la lutte contre le stalinisme."<ref>''La grande parade – Essai sur la survie de l’utopie socialiste'', Jean-François Revel, éd. Plon, 2000, p. 46</ref> Que le communisme ait participé au mouvement qui a fait tomber le nazisme ne doit pas empêcher une analyse sur les similitudes entre ces [[totalitarisme]]s et sur le caractère structurellement liberticide et inefficace du communisme. | Cette analyse du cas italien peut être étendue à bien d'autres pays, comme l'a montré par exemple l'historien français [[François Furet]] dans ''[[Le Passé d'une illusion]]'' (1995). Furet, ancien communiste, analyse la propagande qui a entouré le mouvement antifasciste dans les chapitres 6 à 8 de son livre. Il déplore comme Galli della Loggia (qui écrit plus tard) le succès, toujours d'actualité, de cette [[propagande]] associant de façon fausse antifascisme et communisme. Il déplore en particulier que cette confusion volontaire ait bloqué toute analyse critique du communisme, puisque faire cette analyse reviendrait à défendre le fascisme : | ||
{{quote|L’antifascisme : avec ce mot, tout est dit de ce qui va faire le rayonnement du communisme dans l’après-guerre (…) les communistes n'ont cessé de militer sous ce drapeau, de préférence à tout autre. Ils n'ont jamais voulu d'autre territoire à leur action que cet espace à deux dimensions ou plutôt à deux pôles, dont l'un est figuré par les “fascistes”, l'autre par eux-mêmes.}} | |||
En 2000, le philosophe [[Jean-François Revel]] ne défendait pas autre chose dans ''La Grande parade'', il y écrit ainsi : "l’argument selon lequel le [[communisme]] serait démocratique parce qu’il a contribué à la lutte antifasciste n’est pas plus recevable que celui qui consisterait à dire que le [[nazisme]] fut démocratique parce qu’il a participé à la lutte contre le stalinisme."<ref>''La grande parade – Essai sur la survie de l’utopie socialiste'', Jean-François Revel, éd. Plon, 2000, p. 46</ref> Que le communisme ait participé au mouvement qui a fait tomber le nazisme ne doit pas empêcher une analyse sur les similitudes entre ces [[totalitarisme]]s et sur le caractère structurellement liberticide et inefficace du communisme. | |||
On peut également citer le philosophe [[Alain Finkielkraut]], qui considère que l'antifascisme a été transformé en instrument politique par l'[[URSS|Union soviétique]] de [[Staline]]. C'est [[Annie Kriegel]] qui avait la première souligné dans les milieux intellectuels français cette mythologie de l'antifascisme dans un article "Sur l'antifascisme", paru en [[1990]] dans la revue ''[[Commentaire]]''. Renzo De Felice, référence dans l'étude du fascisme, a lui aussi écrit dans le même sens. Les historiens Stefan Berger et Norman LaPorte ont pour leur part appliqué cette analyse au cas de l'Allemagne de l'Est. Ils écrivent ainsi:<ref>Stefan Berger et Norman LaPorte, "In Search of Antifascism: The British Left's Response to the German Democratic Republic during the Cold War", ''German History'' 26(4), 2008, pp.536-552</ref>. | On peut également citer le philosophe [[Alain Finkielkraut]], qui considère que l'antifascisme a été transformé en instrument politique par l'[[URSS|Union soviétique]] de [[Staline]]. C'est [[Annie Kriegel]] qui avait la première souligné dans les milieux intellectuels français cette mythologie de l'antifascisme dans un article "Sur l'antifascisme", paru en [[1990]] dans la revue ''[[Commentaire]]''. Renzo De Felice, référence dans l'étude du fascisme, a lui aussi écrit dans le même sens. Les historiens Stefan Berger et Norman LaPorte ont pour leur part appliqué cette analyse au cas de l'Allemagne de l'Est. Ils écrivent ainsi:<ref>Stefan Berger et Norman LaPorte, "In Search of Antifascism: The British Left's Response to the German Democratic Republic during the Cold War", ''German History'' 26(4), 2008, pp.536-552</ref>. |